Dimanche 7 mars 1875

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1875-03-07 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-03-07 pages 2-3.jpg


Dimanche 7e jour du mois de Mars

de l’année 1875e de l’ère chrétienne

Mon cher petit Père,

Tu es vraiment trop bon et trop indulgent pour nos[1] lettres et tu es bien gentil de nous répondre si longuement et si gentiment si tu savais quel plaisir tes lettres nous font.

Voilà bien longtemps que tu n’as reçu de lettre de nous et j’espère bien que tu ne t’en es pas tourmenté car nous allons tous parfaitement bien ce n’ c’est parce que tous ces jours-ci nous avons fait pas mal de choses.

Jeudi d’abord nous avons eu Mlles Poggi[2] et Bosvy puis Paule[3] est venue et nous avons passé ensemble un bon moment. Enfin l’heure du départ est arrivée et il a été question de partir nous devions aller avec Cécile[4] car tante[5] attendait sa coiffeuse car elle allait le soir à l’observatoire et chez Mme Delacre[6] où il y avait un bal à l’occasion du mariage de Mlle Delacre avec M. Offroy[7]. Mais nous étions fort embarrassés car oncle[8] était venu dans la journée journée nous demander d’aller avec lui à 5h pour acheter une pèlerine chaude pour tantine afin qu’elle n’est pas froid étant décolletée. Enfin après bien des <  > nous nous sommes décidées à aller trouver oncle au laboratoire c’est ce que nous avons fait ; il se disposait justement à venir nous chercher ; alors il nous a emmené toutes les trois nous avons déposé Paule en route et nous avons continué jusqu’au bon marché où oncle a acheté une très jolie petite pèlerine en satin blanc ouatée et garnie de cygne avec <des manches pareilles> ; cela a f nous sommes revenus comme nous étions venus c’est à dire à pied. Le soir nous avons eu la famille à dîner.

Cette semaine nous avons bien marché, Lundi nous sommes revenus à pied de chez le dentiste[9] et Samedi de chez Mme Lafisse[10] seulement au Palais royal nous avons laissé tante à l’omnibus et nous avons pris avec oncle nos jambes à notre cou si bien que nous n’avons pas mis 25 min pour venir du palais royal ici[11].

Vendredi matin nous avons commencé nos analyses puis après le déjeuner nous avons eu Mme Lima[12] nous nous sommes habillées puis avons retravaillé un peu, à 1h ½ Hortense[13] est arrivée et nous sommes parties avec elle chez bonne-maman Desnoyers[14] où on a fini la toilette de la poupée qui est ravissante.

Décidément mon bon père il est dit que je ne pourrai pas t’écrire posément une lettre même au bout de quatre jours, je t’ai quitté ce matin pour que tante me peigne à fond puis nous sommes parties au catéchisme de là nous avons été chez Mme Pavet[15] où nous devions passer 1h avec Jeanne Brongniart puis rentrer ; à 3h ½ en effet Maria[16] est venue nous chercher mais nous avions une partie de croquet si bien en train et si débattue que ce n’est qu’à 4h ½ que nous nous sommes mises en route et encore aucune partie n’était vainqueur. Voilà pourquoi je suis encore si en retard bien qu’aujourd’hui Dimanche j’aie eu la ferme intention de t’écrire longuement et tranquillement.

Le temps a complètement changé depuis deux jours et il fait extrêmement doux bien qu’aujourd’hui il pleuve un peu.

Emilie vient d’avoir le cachet d’or (c’est son cinquième).

Nous travaillons toujours beaucoup pour le cours[17] Mercredi dernier nous avons fait pour les prix un style, la prière du matin dans une forêt, une dictée, et de la cosmographie où je crois m’être heureusement tirée des éclipses si je n’ai pas fait d’étourderie suivant mon habitude.

Demain nous irons chez le dentiste pour Emilie et au mariage de Mlle Delacre.

Adieu mon bien aimé petit père je t’embrasse de toutes toutes mes forces et je me réjouis bien de le faire pour vrai.

Ta fille

Marie

J’embrasse bien fort bon-papa et bonne-maman Duméril[18].


Notes

  1. Lettres de Marie Mertzdorff et sa sœur Emilie.
  2. Mlle Poggi, professeur de piano.
  3. Paule Arnould.
  4. Cécile, bonne des demoiselles Mertzdorff.
  5. « Tante », « tantine » : Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  6. Mary Elisabeth Gill, épouse d’Eugène Auguste Delacre.
  7. Marie Delacre épouse Jules Offroy le 6 mars 1875 à la mairie du IXe arrondissement (Paris).
  8. Alphonse Milne-Edwards.
  9. E. Pillette, dentiste.
  10. Constance Prévost, épouse Claude Louis Lafisse.
  11. Au Jardin des Plantes.
  12. Mme Lima, professeur d’allemand.
  13. Hortense Duval.
  14. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  15. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  16. Maria, domestique chez les Milne-Edwards.
  17. Le cours des dames Charrier-Boblet.
  18. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 7 mars 1875. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_7_mars_1875&oldid=52114 (accédée le 19 août 2022).

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