Dimanche 22 avril 1877

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1877-04-22 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-04-22 pages 2-3.jpg


Paris le 22 Avril 1877.[1]

Mon Père chéri,

Que fais-tu en ce moment ? comme il fait un bon soleil peut-être es-tu dans le jardin à écouter les petits oiseaux ou bien dans la serre à chercher une place pour ton laboratoire.
N’importe, ma lettre saura toujours bien te trouver. Il est 4 heures je ne sais trop comment s’est passée la journée ; nous nous sommes levées tard ; nous avons été à la grand’messe puis chez bonne-maman[2], nous avons goûté, Marthe[3], sa mère[4] et Mme Dumas[5] sont arrivées ; j’ai dessiné pendant environ une heure tout en écoutant la lecture que tante[6] nous faisait enfin me voilà ; je suis dans ma chambre car tout le monde est au salon et j’aurais peur de te [  ] par trop de bêtises en parlant.

Nous sommes bien contentes car on espère avoir des billets pour l’Institut et nous irons demain écouter M. Dumas[7] qui prononcera l’éloge des Messieurs Brongniart[8]. Oncle[9] y viendra aussi de sorte qu’il nous nommera beaucoup de monde.

Hier nous avons eu une journée très compliquée et très occupée ; d’abord Mlle Bosvy[10] ; puis nous nous sommes habillées et sommes parties au cours de géographie par une pluie battante ; heureusement qu’au Collège de France tante s’est laissée attendrir et qu’elle a pris une voiture. On m’a déposée rue du Bac, tante a conduit Emilie[11] chez Mme Roger[12] puis elle est revenue me chercher à la fin du cours et à mon tour j’ai eu ma leçon de piano ; à 4h nous nous sommes précipitées en voiture et nous avons été à l’autre bout de Paris chez nos amies Berger[13] que nous n’avions pas encore vues chez elles. Elles vont très bien et paraissent enchantées de leur séjour de Paris ; l’appartement de leur tante[14] est très joli grand pour Paris et parfaitement arrangé.

Mais il se faisait tard et comme tu sais nous dînions chez Mme Vaillant[15]. Tante qui nous avait laissées un moment pour aller faire visite à Mme Clavery[16] vient nous reprendre en toute hâte, il était déjà 6h moins ¼ ; juge du mauvais sang que nous avons fait pendant ce long trajet voyant l’heure qui avançait toujours et notre voiture traînée par un cheval squelette qui n’avançait pas du tout, cette pauvre tante était désespérée. Nous arrivons au Jardin il était 6h1/2 c’est à peine si nous avions le temps de nous habiller pour le dîner de 7h ; nous descendons en toute hâte et que voyons-nous ? Oncle et M. Edwards[17] tout prêts qui montaient en voiture ; nous avions tous crû le dîner pour 7h et le matin même oncle nous l’avait répété mais en regardant les invitations ils avaient vu [18h30] ils nous attendaient donc depuis longtemps et désespérés ils partaient en avant ; tu comprends notre ennui nous nous sommes habillées en 5 minutes heureusement que tout était prêt et nous sommes arrivées les dernières à 7h moins 10.

La soirée s’est très bien passée, tout le monde a été très aimable, nous avons retrouvé les Bureau[18] et après le dîner M. Vaillant et oncle se sont mis à jouer avec nous une partie de cheval blanc très animée qui a duré jusqu’à 11h heure à laquelle nous avons regagné le logis.

Nos amies[19] nous ont annoncé aussi le mariage de Jeanne H.[20] mais je vois d’après ta dernière lettre que la chose est loin d’être décidée, je m’abstiens donc d’en parler. J’aurais encore bien des choses à te dire, mon Père chéri, mais l’heure me presse je t’embrasse donc comme je t’aime mon bon petit Papa, je suis là à écrire devant ta photographie et il me semble que je te vois.
Comme tu es gentil de nous écrire si souvent, si seulement tu voyais le plaisir que tes lettres nous font.

Je te charge de bien des baisers pour bon-papa et bonne-maman[21].
ta fille qui t’aime a great deal,
Mary

Je t’envoie 2 petites violettes de Montmorency cueillies le jour de mes 18 ans.


Notes

  1. Papier à monogramme.
  2. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  3. Marthe Pavet de Courteille.
  4. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  5. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  6. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  7. Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  8. Adolphe Brongniart († 1876) et son père Alexandre Brongniart († 1847), membres de L’Académie des sciences.
  9. Alphonse Milne-Edwards.
  10. Marguerite Geneviève Bosvy, professeur de Marie Mertzdorff.
  11. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  12. Pauline Roger, veuve de Louis Roger, professeur de piano.
  13. Marie et Hélène Berger, à Paris.
  14. Julie André, épouse de Léonce Berger ?
  15. Henriette Jeanne Hovius, épouse de Léon Vaillant.
  16. Amica Le Roy de Lisa, veuve d’Amédée Clavery (plutôt que sa belle-fille).
  17. Henri Milne-Edwards, père d’Alphonse (« oncle »).
  18. Edouard Bureau et son épouse Marie Decroix.
  19. Les demoiselles Berger.
  20. Jeanne Henriet, qui doit épouser Paul Baudry.
  21. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 22 avril 1877. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_22_avril_1877&oldid=39502 (accédée le 14 août 2022).

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