Vendredi 26 avril 1878

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) avec un ajout de sa sœur Emilie

original de la lettre 1878-04-26 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-04-26 pages 2-3.jpg


Paris 26 Avril 1878.

Que tu es bon, mon Père chéri, de m’avoir écrit une si longue lettre après celle que tu avais adressée déjà à Emilie[1] et tout cela pour répondre à une horreur que j’aurais mieux fait de ne pas t’envoyer tant elle était sale[2] ; je suis vraiment très honteuse et je te demande bien pardon tout en te remerciant et en reconnaissant que tu es le meilleur papa du monde et que tu nous gâtes trop.

Je pense qu’Emilie t’aura expliqué pourquoi j’avais été si pressée Mardi ; elle t’aura donné aussi un compte-rendu de la journée de Mercredi je ne te parlerai donc que d’hier. Nous n’avions pas de cours en l’honneur du Jeudi de Pâques aussi avions-nous projeté d’aller passer notre après-midi à Bellevue. Par malheur c’est la semaine des Sociétés savantes, tous les savants de province sont à Paris et ces Messieurs[3] en avaient invité trois à déjeuner à 11h. Ils sont venus en effet et sont restés si si longtemps que non seulement nous avons renoncé d’abord à prendre le train d’une heure mais qu’en nous dépêchant beaucoup nous sommes arrivées à la gare juste à temps pour voir filer celui de 2 heures ! Tu vois d’ici notre contrariété et l’heure d’attente passée dans la gare pestant contre nos ennuyeux convives. Enfin à 3h1/2 nous arrivons à Bellevue et nous allons directement chez Mme Baudrillart[4] ; nouveau désappointement ! après nous avoir attendus à tous les trains, désespérant de nous voir arriver si tard ils venaient tous de sortir et nous avons été obligés par une pluie battante, d’aller les chercher Avenue Mélanie chez Mme Audouin[5]. Tu vois que c’était une journée de malheur car après avoir trouvé Henriette[6] nous n’avons pu passer que fort peu de temps avec elle.
Paule[7] est toujours à Saint-Gobain j’ai reçu ce matin une longue et gentille lettre d’elle.

Hier soir nous avons enfin reçu nos photographies[8] car tu qui se sont fait attendre bien longtemps car tu sais que ce que tu as ce ne sont que les épreuves nous allons donc pouvoir maintenant en distribuer et en envoyer à Vieux-Thann.

Emilie m’a dit que par erreur elle t’avait écrit que tu avais reçu un billet de mort de la famille [des Messieurs] ; c’est à M. Edwards[9] qu’il était adressé. Marie Des Cloizeaux a perdu ces jours-ci son oncle M. Gosset[10] qui demeurait près de Bayeux.

J’ai été émerveillée ce matin en recevant le programme de concert que contenait ta lettre c’est admirable pour Vieux-Thann ; je ne me savais pas membre de la société philharmonique mais je suis enchantée d’en faire partie puisque ce n’est pas à mon talent qu’on fait appel je crois que comme membre actif les Vieux-Thannois me chasseraient honteusement et ils auraient raison.

Nous nous réjouissons beaucoup à la pensée de voir bientôt bon-papa et bonne-maman[11] mais et il me semble comprendre d’après ta lettre que c’est un bonheur qui ne se fera plus longtemps attendre surtout si le mariage de Georges[12] est tellement avancé car ils voudront être de retour pour ce moment-là.
Nous attendons aussi prochainement le retour nos voyageurs de Cannes[13] ; leur retour est fixé au 7 Mai. Serons-nous encore ici ? Je crois que la pauvre Marthe aura un gros chagrin de ne pas nous trouver aussi n’avons-nous pas encore osé lui en parler peut-être serons-nous encore ici ? Dans ce cas nous n’avons pas voulu lui faire de peine à l’avance. J’ai encore trois cours de littérature.

Adieu, mon Père chéri que j’aime je t’embrasse aussi fort que je le peux.
Ta fille, Marie

Ci-joint le papier qu’oncle[14] a reçu ce matin de Bâle et qu’il te prie de vouloir bien faire toucher. Je profite de ce que je tiens la plume pour t’embrasser mon père chéri,  
Emilie


Notes

  1. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  2. Lettre du 23 avril.
  3. Henri Milne-Edwards et son fils Alphonse.
  4. Félicité Silvestre de Sacy, épouse d’Henri Baudrillart.
  5. Antoinette Silvestre de Sacy, épouse de Paul Audouin.
  6. Henriette Baudrillart.
  7. Paule Arnould. Son beau-frère Alfred Biver est directeur général des Glaceries Saint-Gobain.
  8. Voir la lettre du 28 mars.
  9. Henri Milne-Edwards.
  10. Théophile Gosset.
  11. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  12. Georges Duméril va épouser Maria Lomüller.
  13. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas et Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille séjournent à Cannes avec leurs enfants Jean Dumas et Marthe Pavet de Courteille.
  14. Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 26 avril 1878. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) avec un ajout de sa sœur Emilie », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_26_avril_1878&oldid=35959 (accédée le 7 août 2022).

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