Vendredi 21 juillet 1876

De Une correspondance familiale


Lettre de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à sa petite-fille Marie Mertzdorff (Cauterets), avec un ajout de son épouse Félicité Duméril


original de la lettre 1876-07-21 pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-07-21 pages 2-3.jpg


Morschwiller 21 Juillet 1876

Ma chère petite Marie

Nous avons bien reçu lundi, la bonne lettre de ta chère tante[1] qui s’est croisée avec celle que je lui ai adressée Dimanche. Depuis nous avons encore reçu de vos bonnes nouvelles par une lettre de votre Père[2] à son Oncle[3] dont Oncle Léon[4] nous a dit le contenu en venant coucher ici mercredi soir. Nous voyons avec plaisir que vous êtes bien installés que le traitement que tu suis est fort peu fatigant que votre talent de natation rend le bain agréable & qu’Emilie[5] en prend sa part. Nous espérons bien que tu vas dire adieu définitivement à cette ennuyeuse toux qui ne voulait pas te quitter & qui était fort taquinante par sa ténacité quoiqu’elle n’altérât en rien ta santé.

Ici nous passons notre temps moins agréablement, mais nous ne pouvons pourtant pas nous plaindre car nos meubles arrivent au Moulin en fort bon état grâce aux soins que Paul[6] & Vogt[7] leur donnent en les chargeant, & nous n’avons pas à regretter de ne nous être pas soumis aux exigences de l’entrepreneur de déménagements qui a voulu, je crois, un peu trop nous exploiter. Nous voilà bien avancés ; demain la voiture emporte notre bois à brûler & quelques autres objets ; point de meubles & lundi nous chargeons nos lits & les quelques meubles indispensables jusqu’au dernier moment & nous allons coucher à Vieux-Thann comme ton bon père nous l’a proposé. Ta bonne-Maman[8] est bien fatiguée & comme elle le dit un peu ahurie mais elle dort bien & elle ne se plaint pas de sa santé : aujourd’hui elle fait emballer ses provisions de bouche & divers petits objets. Quant à moi je n’ai plus rien à faire & je profite de mon loisir pour vous tenir au courant de notre labeur. J’ai eu la précaution de garder de quoi écrire, ce dont je me félicite, mais tu serais étonnée de voir à quoi se restreint notre mobilier actuel & tu trouverais les pièces bien grandes, bien nues & passablement tristes.

Il faut avouer que les Alsaciens sont fanatiques des bains de toutes sortes & quelles que soient les eaux où vous envoie un médecin vous êtes sûr d’y trouver des Alsaciens, à moins que vous vous rendiez à Wattwiller où ils sont quelquefois assez rares. Nous avons été surtout étonnés que vous ayez trouvé Jules Roederer[9] à Cauterets : nous espérons que ce n’est pas pour quelque chose de grave.

Quand vous avez un moment, écrivez-nous, par vous j’entends nos petites-filles[10] ; Tante Aglaé a laissé son mari & ses parents[11] à Paris : c’est à eux qu’elle doit écrire, ces pauvres abandonnés qui doivent trouver le temps long. Parlez-nous de vos promenades du beau pays que vous voyez : oncle Léon nous a parlé de courses à cheval ; cela vous permettra de faire de plus longues excursions entre vos différents [  ]. Correspondez-vous avec les amies que vous avez laissées à Paris ?

Des Duméril Brémontier[12] nous n’avons aucune nouvelle ; cette branche ne se ruinera pas en papier & en encre : nous supposons que Clotilde[13] & son père sont à Vichy, comme c’était leur projet, mais nous n’en savons rien & n’avons pas leur adresse pour les relancer. Quant à Paul[14] est-il toujours à Perpignan ou s’est-il décidé à aller prendre la place offerte à Moulins, nous l’ignorons : Georges[15] n’est pas plus au courant que nous de ce qui concerne les siens &, sous prétexte qu’il ne sait pas où adresser ses lettres, il n’écrit pas non plus : il est bien de la famille.

Nous n’avons pas eu de nouvelles de Flers[16] ces derniers temps, nous pensons qu’on doit être à Granville ; Jules Roederer vous aura sans doute donné quelques détails sur la nouvelle installation de notre chère famille de la Banque, puisqu’il a été la voir avec sa femme[17].

M. Tachard[18] qui devait garder la maison en l’absence de sa femme qui prend les eaux de [Ripaldson] est parti au bout de quelques jours pour l’Angleterre : c’est je crois le sort de l’Alsace qu’il espère décider : en attendant c’est Marie[19] qui tient la maison ; Adèle[20] prend les bains de mer, je crois en Belgique avec sa tante[21] ; il lui faut la mer du Nord.

Rosalie[22] a rencontré deux fois Marie seule à Mulhouse y faisant ses affaires & repartant seule avec leur brave cocher. Bonne-Maman m’a demandé une petite place, je vois que je la lui laisse bien petite & je me hâte de vous envoyer mille choses tendres que tu sauras distribuer.

C. Duméril

Ma bonne, ma chère petite Marie, si je ne t’écris pas, je n’en suis pas moins bien souvent avec toi par la pensée qui va vous trouver, qui vous suit dans l’emploi de votre temps et cela m’est facile grâce aux bonnes lettres du cher papa et de la chère tante qui nous mettent si parfaitement au courant de vos occupations. Je suis si contente de savoir que cette ennuyeuse toux s’est enfin décidée à se taire et que notre chère petite Marie nous reviendra telle que nous le désirons. Je te quitte en t’embrassant bien fort ainsi que ton cher entourage.    

F. Duméril


Notes

  1. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  2. Charles Mertzdorff.
  3. Georges Heuchel.
  4. Léon Duméril.
  5. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  6. Paul, employé par les Duméril.
  7. Ignace Vogt, cocher de Charles Mertzdorff.
  8. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  9. Jules Emile Roederer.
  10. Marie et Emilie Mertzdorff.
  11. Jules Desnoyers et son épouse Jeanne Target.
  12. Charles Auguste Duméril, veuf d’Alexandrine Brémontier, père de Clotilde, Paul et Georges.
  13. Clotilde Duméril, épouse de Charles Courtin de Torsay.
  14. Paul Duméril.
  15. Georges Duméril.
  16. Flers où réside la famille de Félix Soleil.
  17. Marie Delaroche, épouse de Jules Emile Roederer.
  18. Albert Tachard, époux de Wilhelmine Grunelius.
  19. Marie Tachard.
  20. Adèle Tachard.
  21. Probablement Bertha Grunelius.
  22. Rosalie employée par les Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 21 juillet 1876. Lettre de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à sa petite-fille Marie Mertzdorff (Cauterets), avec un ajout de son épouse Félicité Duméril », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_21_juillet_1876&oldid=35878 (accédée le 18 août 2022).

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