Vendredi 18 juin 1875

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) avec un ajout d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards


original de la lettre 1875-06-18 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-06-18 pages 2-3.jpg


Mon petit père chéri,

Voilà bien bien longtemps que je ne t’ai plus écrit je ne sais trop pourquoi tandis que toi au contraire tu nous écris si régulièrement en ce moment. Je crois que la dernière lettre d’Emilie[1] datait de Mardi soir et a dû t’être expédiée Mercredi quoique elle ait bien failli ne pas l’être grâce à l’étourderie si connue de tes grandes filles. Depuis ce temps il ne s’est rien passé de remarquable et nous ne pouvons pas dire les jours se suivent et ne se ressemblent pas car bien au contraire ils se ressemblent à peu près tous. Mercredi nous avons été à la messe de 7h ½ puis j’ai eu avec Mlle Duponchel[2] avec laquelle je dessine une petite tête de Néron enfant qui certes elle si elle était ressemblante promettrait quelque chose de mieux que ce qui a été plus tard cependant il a déjà un [certain] petit air entêté qui ne présage rien de bon.

J’ai déjeuné puis suivant la coutume du Mercredi matin je me suis agitée ouvrant et refermant successivement tous mes livres car la leçon que je repasse me paraît toujours la moins utile de toutes et alors je me précipite sur une autre. Enfin l’heure du départ est arrivée. Nous devions y aller au cours avec Maria[3] car tante[4] était au mariage de Mlle Duquenne[5] (la sœur de Mmes Violet[6], Ducroquet[7], Parisot[8] &, une jeune demoiselle de 30 et quelques années je crois) et Cécile[9] à Montmartre ; mais il pleuvait à torrent aussi avons-nous été en voiture.

Le cours s’est bien passé je suis naturellement bien en retard cependant j’ai vu avec plaisir que je ne serai pas la dernière car j’ai un peu dépassé Caroline de Champeaux qui n’a pas manqué un cours et Marie Des Cloizeaux qui elle est partie depuis longtemps. Nous sommes rentrées à pied en reconduisant Marie Flandrin et le soir nous avons eu le grand dîner de famille c’est je ne te donnerai pas de détails sur cette assemblée que tu connais bien et dont les menus et les plaisirs ne varient pas souvent.

Hier matin nous avons eu Mlle Poggi[10] puis Mlle Bosvy[11] avec laquelle tante a eu de longues conversations, le moment décisif approche et Mlle Des Essarts[12] [a] même demandé à ce que nous lui disions toutes Mercredi nos intentions pour l’année prochaine. Elle ouvre un cours d’examen seulement d’après ce qu’elle a dit à tante elle aura pour chaque branche un professeur particulier et dans ce choix de professeurs elle a l’air de ne songer ni à Mlle Violet ni à Mlle Bosvy ce qui nous ennuie beaucoup et ce qui va certainement lui faire le plus grand tort ; il s’agit de savoir comment ce nouveau cours sera fait et c’est pourquoi, bien qu’on soit maintenant décidé à me faire passer mon examen l’année prochaine puisque Mlle Bosvy dit qu’en travaillant énormément je puis y arriver, tante ne donnera pas de réponse formelle et ne promettra pas du tout à Mlle Marie Des Essarts que je suivrai son cours. Mlle Bosvy a été mise au courant de toutes ces nouvelles combinaisons par tante car quoique tout soit organisé [ ] en avait parlé ni à elle ni à Mlle Violet.

A 3h nous tous en bande été chez M. Dewulf[13] qui nous a tous revaccinés car il avait en ce moment de très beau vaccin et qu’il y avait assez longtemps que nous ne l’avions tous été, cette expédition nous a beaucoup amusées ; oncle[14] en a rapporté pour Krabe[15] car il veut essayer de le préserver ainsi de la maladie mais M. s’est tellement débattu que je crois que l’opération n’a pas réussi. Dans la soirée nous avons eu un grand orage.

Aujourd’hui il pleut et il a même fait de l’orage. Mme Lima[16] vient de venir et cette après-midi nous attendons nos amies si toutefois le mauvais temps ne les empêche pas de se mettre en route ; tante vient de partir chez bonne-maman Desnoyers[17] qui est allée hier à l’exposition[18] ce qui [ ] prouve qu’elle ne va pas trop mal en ce moment. La grande maison est louée depuis hier.

Adieu mon bon petit papa que j’aime si tu savais combien je désirerais t’embrasser. Il y a aujourd’hui un an que nous étions tous réunis ici pour la 1re communion d’Emilie à laquelle on aime tant à repenser, comme le temps passe vite ! Je t’embrasse de toutes mes forces. Ta fille qui pense beaucoup à toi.

Marie Mertzdorff

Je profite de cette petite place, mon cher Charles, pour vous dire ce que vous savez déjà c'est-à-dire que les santés sont bonnes et qu’on parle bien souvent de vous. Marie n’a pas encore repris bonne mine mais elle mange bien, marche sans jamais trouver une course trop longue, dort parfaitement et n’a jamais mal à la tête ; aussi ne devons-nous pas nous plaindre des joues un peu trop pâles.     

Est-il nécessaire que je vous redise qu’elles sont bien bien gentilles et raisonnables et que je suis bien contente de ces chéries[19]. Mille amitiés. AME


Notes

  1. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  2. Marie Louise Duponchel, professeur de dessin.
  3. Maria, domestique chez les Milne-Edwards.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. « Mlle Duquesne » : Pauline Duquenne épouse Adolphe Charles Vautrin le 16 juin 1875.
  6. Cécile Zoé Duquenne, épouse de Paul Violet.
  7. Eugénie Fanny Duquenne, épouse d’Alfred Ducroquet.
  8. Laure Duquenne, épouse d’Alphonse Eugène Parisot.
  9. Cécile Besançon, bonne des demoiselles Mertzdorff.
  10. Mlle Poggi, professeur de piano.
  11. Marguerite Geneviève Bosvy, professeur d’arithmétique.
  12. Mlle Des Essarts, directrice du cours après le décès de Mme Charrier.
  13. Louis Joseph Auguste Dewulf, médecin.
  14. Alphonse Milne-Edwards.
  15. Krabe, le chien d’Alphonse Milne-Edwards.
  16. Mme Lima, professeur d’allemand.
  17. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  18. L'exposition annuelle de tableaux, au palais de l'Industrie, sur les Champs-Élysées.
  19. Marie et Emilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 18 juin 1875. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) avec un ajout d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_18_juin_1875&oldid=42813 (accédée le 29 juin 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.