Vendredi 11 et dimanche 13 juin 1875

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1875-06-11 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-06-11 pages 2-3.jpg


Ma grosse chérie[1] je viens de recevoir ta bonne lettre qui me dit que ton rhume est passé puisque tu devais prendre une douche avec ta petite sœur[2]. Cette nouvelle seule me fait le plus grand plaisir & plus de bien que la douche prise ce matin.

A qui dis-tu qu’il y a 38 jours que je ne vous ai pas embrassées ; je crois que ces jours me paraissent infiniment plus longs qu’à vous toutes, mais il y a des raisons & il faut être raisonnable !

Comme je vous l’ai écrit je vais coucher tous les 2 jours à Wattwiller & je m’en trouve mieux que d’aller tous les matins à 5h & ne rentrer que vers 11h. Je perds moins de temps en quittant ici à 5h du soir je puis être à 9h & avant à la maison & s’il le faut un jour ou l’autre dès 8h je puis être ici.

Hier au soir je voulais vous écrire dans ma soirée de Wattwiller mais j’ai fait une visite aux Henriet, ne suis rentré qu’à 9h ½ un peu fatigué & surtout je n’avais qu’une misérable bougie, ce qui fait que je me suis couché de bonne heure, du reste les bains me fatiguent un peu & mon lit à Wattwiller est excellent. L’on m’a aussi donné une bonne chambre & M. Lehmann a quantité d’amabilités pour moi.

C’est peut-être un peu intéressé puisqu’il est très en retard pour me payer les intérêts.

Cependant il n’est pas mécontent & se donne, lui, sa femme & ses 2 filles[3] bien du mal.

La campagne souffre beaucoup de la sécheresse, mêmes les bonnes terres. quant à l’Ochsenfeld la récolte est faite tout est sec & brûlé, nous ne ferons pas le 1/3 de foin des autres années & serons très embarrassés pour cet hiver si Morschwiller ne peut venir à mon aide, de mémoire d’homme l’on n’a pas vu aussi misérable récolte. bien des gens ne fauchent même pas, trouvant que cela ne vaut la peine.

Par contre la vigne est très belle, ses fleurs parfument tous les environs. C’est absolument comme les roses, jamais je ne les ai vus si belles ; aussi ai-je vu votre père faire leur toilette pour la première fois de sa vie.

Nous avons en ce moment un serrurier monteur de Mulhouse. Je pense que la semaine prochaine la machine que nous attendons avec impatience marchera, pourvu qu’elle rende ce qu’elle promet car nous en avons grand besoin.

Mais l’Eau dans le canal est bien rare & il y a des heures dans la journée où elle manque complètement & nous arrêtons. Par suite du déboisement des montagnes les rivières sont bien plus sèches en été.

Le bruit a couru au bureau que MmeKestner[4] est très souffrante d’une fluxion de poitrine, une dépêche a appelé les 2 gendres[5] qui se trouvaient par hasard ici. Je ne sais si Mme & Mlles Scheurer[6] sont aussi retournées à Paris.

Dimanche j’aurai tous les Stoecklin, les Heuchel[7], Duméril[8] nous serons onze à table. Tu vois que ce sera un grand dîner aussi les meubles de la grande salle à manger étaient tous à se faire faire leur toilette. Quant au Menu c’est l’affaire de Nanette[9] & en décline toute responsabilité.

Jeanne[10] était ici hier & je lui ai prêté 4 petits livres d’images qu’elle vous rendra contre d’autres livres de son âge. elle est bien gentille & quoique bien timide elle cause un tout petit peu. Depuis qu’elle est à Vieux-Thann elle a perdu son chat ce qui la désole beaucoup. Il paraît du reste qu’il est très beau. Je prétends qu’il sera retourné à Morschwiller & l’on ne veut pas me croire. C’est comme les pigeons que l’on a expédiés à Epinal & qui ont aussi disparu.

Je comprends, ma chérie ton embarras pour la continuation de tes études, heureusement que tante[11] & Mlle Bosvy sont là pour te donner plus d’un bon conseil. Je ne doute pas que les Mamans de tes amies ne s’entendent pour cela avec tantine.

En une année tu dois pouvoir faire beaucoup d’arithmétique & il me semble que cela ne doit pas t’empêcher de suivre le cours d’examen, s’il s’en crée un.

Dimanche matin. Voilà 2 jours que ce commencement a vu le jour, J’arrive de Wattwiller, ai fait toilette & attends à chaque instant les Duméril, puis le reste de mes hôtes. Il ne me reste que le temps de t’embrasser si ma lettre doit partir encore aujourd’hui.

Embrasse bien tout ton monde pour ton père qui t’aime de tout cœur

CharlesMertzdorff

13 Juin 75.


Notes

  1. L’en-tête professionnel de la feuille se trouve page 3 de la lettre.
  2. Emilie Mertzdorff.
  3. Caroline Rubler, épouse de Charles Xavier Lehmann ; l’une de leurs filles se prénomme Marie Rosalie.
  4. Marguerite Rigau, veuve de Charles Kestner.
  5. Probablement Camille Risler, veuf d’Eugénie Kestner et Auguste Scheurer-Kestner, époux de Céline Kestner.
  6. Jeanne et Suzanne Scheurer-Kestner.
  7. Probablement Georges Heuchel et son épouse Elisabeth Schirmer.
  8. Louis Daniel Constant Duméril, son épouse Félicité Duméril, et probablement leur fils Léon Duméril et Georges Duméril.
  9. Annette, cuisinière chez Charles Mertzdorff.
  10. Jeanne Heuchel.
  11. Tante, tantine : Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 11 et dimanche 13 juin 1875. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_11_et_dimanche_13_juin_1875&oldid=51752 (accédée le 15 août 2022).

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