Jeudi 10 juin 1875

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1875-06-10 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-06-10 pages 2-3.jpg


Paris le 10 Juin 1875

Mon bon petit père,

Nous[1] avons reçu ce matin ta bonne lettre te voilà donc en pleine saison de Wattwiller et ta combinaison nous paraît excellente si toutefois tu es assez bien logé là-bas et si ces voyages continuels ne te fatiguent pas trop ; mais ce qui nous plaît beaucoup moins et ce qui nous déplaît même fort c’est de voir que tu renonces tout à fait à venir nous voir car sais-tu mon petit papa chéri qu’il y a 37 jours que tu nous a quittés et que cela commence à être bien long d’autant plus que les bains vont te tenir encore un mois. Pourvu au moins qu’ils te fassent énormément de bien.

Nous n’avons rien fait d’intéressant depuis Mardi ; hier nous avions le cours[2], j’ai été 1re en analyse logique et 2e en orthographe ; nous avons fait aussi de l’histoire verbale et de la grammaire au tableau noir.

Pendant le cours après avoir souffert toute la matinée d’une chaleur étouffante, le temps s’est subitement assombri puis il y a eu un tourbillon de vent extrêmement violent et un orage affreux nous il a fait tellement sombre qu’on a été obligé d’allumer le gaz dans toutes les classes à 3h ½, heureusement que cela a eu le temps de se calmer jusqu’à l’heure de la sortie, tante[3] a été chercher une voiture et nous sommes rentrées ainsi sans souffrir nullement du temps, seulement en rentrant nous devions toutes les deux aller prendre une douche mais nous avons préféré rentrer en voiture jusqu’ici craignant la pluie qui en effet est arrivée peu après. Le soir oncle et tante (splendide en robe rose couverte de dentelles noires) ont été à une soirée au ministère chez M. et Mme Wallon[4] c’était très joli et très bien arrangé paraît-il, tante ne s’est pas trop ennuyée car elle a trouvé plusieurs personnes de connaissance, du reste ils sont rentrés de bonne heure avec M. Edwards[5] qui y dînait.

Aujourd’hui nous avons été rue du Regard à une messe pour Mme Charrier[6] cela nous a fait une bonne petite course mais aussi nous n’avons rien fait avant le déjeuner. A 10h nous avons eu Mlle Poggi[7] et en ce moment c’est Mlle Bosvy qui est là moi j’ai déjà pris une leçon et je t’écris en attendant tante qui est chez bonne-maman[8] et qui va venir me chercher pour me conduire à ma 1re douche mais puis nous devions aller faire quelques courses et finir par le bain froid où on avait rendez-vous avec Jeanne Brongniart et Marthe[9] mais en ce moment il tombe une forte pluie d’orage le vent souffle avec force et je crains bien qu’il ne vienne renverser tous nos projets. C’est bien ennuyeux cette pluie qui arrive sans cesse.

En ce moment on discute ce que je ferai l’année prochaine et il est décrété que je suivrai le cours de révision ou alors un cours d’examen qui s’organiserait ; moi je serais plus pour ce dernier seulement Mlle Bosvy craint (avec raison) que je ne sois pas assez forte en arithmétique [car] on en demande pas mal. Il faut cependant que tout cela se décide prochainement car nous n’avons plus que 4 cours sérieux et dès le 7 Juillet nous serons en vacances, il est fort probable que je ferai la même chose que les autres et qu’ainsi je ne serai pas séparée de mes compagnes, c’est ce que je désire avant tout.

Au revoir mon petit papa que j’aime je t’embrasse de tout mon cœur. Je te charge de mille baisers pour bon-papa et bonne-maman[10].

Ta fille

Marie Mertzdorff


Notes

  1. Marie Mertzdorff et sa sœur Emilie.
  2. Le cours des dames Charrier-Boblet.
  3. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  4. Henri Wallon (1812-1904), ministre de l'Instruction publique, des cultes et des beaux-arts et sa seconde épouse, Pauline Boulan (1820-1878).
  5. Henri Milne-Edwards.
  6. Caroline Boblet (†), veuve d’Edouard Charrier.
  7. Mlle Poggi, professeur de piano.
  8. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  9. Marthe Pavet de Courteille.
  10. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 10 juin 1875. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_10_juin_1875&oldid=42456 (accédée le 15 août 2022).

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