Samedi 7 octobre 1865

De Une correspondance familiale

Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa sœur Aglaé, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)

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Vieux-Thann

7 Octobre 65

Samedi soir

Ma chère petite Gla,

Comme il y a longtemps que je suis venue causer avec toi. Et j’ai été si près de Paris[1] que j’aurais bien aimé aller t’embrasser (Mimi[2] apprend en ce moment la géographie et Founi[3] en l’entendant dire la France capitale Paris, répète tant haut qu’elle peut, Paris, Paris pays de maman !!) mais on n’y va pas souvent dans ce pays, c’est que nous avions hâte de rentrer. Maman[4] t’aura dit que Charles et moi nous étions un peu éclopés, moi par la joue et Charles par l’influence cholérine, mais depuis que nous sommes à la maison ça va tout à fait bien et chacun se remet à sa petite besogne.

Toi tu es un parfait modèle de sagesse, tu restes fidèlement à ton poste sans bouger mais le jour où le manuscrit[5] sera remis quelle jolie danse vous ferez à vous deux Alphonse[6].

J’ai quitté maman bien portante. Cette bonne mère m’a bien soignée et était contente de nous garder quelques jours de plus; Alfred[7] a été très gentil, de bonne humeur, il nous avait très bien installés tous dans sa maison.

Notre Julien[8] va rentrer le 10 avec l’intention de passer le 12 l’examen d’admission à l’Ecole centrale, mais le pauvre garçon paraissait si triste lorsqu’il était question de renoncer à l’école polytechnique qu’à la fin Charles et moi, nous avons fini par vouloir le faire causer et il est bien convenu que si il croit pouvoir réussir à cette seconde école il faut qu’il travaille encore cet hiver dans ce but, que pour lui l’école polytechnique n’a pas les inconvénients que souvent elle a pour d’autres, que notre Julien n’en sortirait qu’avec un peu plus d’aplomb et que alors il aurait ce qui lui manquait et qu’il serait un garçon tout à fait charmant. Mais Alfred à force de lui dire qu’il n’est pas comme les autres pourrait finir par lui faire faire quelques bêtises qu’il regretterait ensuite toute sa vie.

Demain nous avons la famille Duméril[9].

Lundi je fais la lessive pour profiter de ces derniers beaux jours, le temps est si animé qu’on pourrait se croire menacé déjà de gelées. Aujourd’hui nous sommes allés au moulin en nous promenant avec les enfants. Comme elles m’ont paru gentilles quand je les ai aperçues au chemin de fer, qui voulaient éloigner tout le monde pour nous embrasser plus tôt.

Nous avons recommencé nos leçons à la grande joie des fillettes. Je me recommande à toi si tu entends parler de quelque chose de bon pour m’aider dans mes leçons, prends-le par écrit.

Ma nouvelle cuisinière[10] est ici depuis Lundi, j’espère que ça ira.

Et toi, ton nouvel arrangement te va-t-il ? Louise se met-elle bien à la cuisine ? On doit être contente de trouver un visage dont tu peux être sûre.

Adieu, ma Gla chérie, je t’embrasse beaucoup fort, les fillettes en font autant. Mimi dit : « Tante Aglaé doit venir pour longtemps ici, elle se reposerait bien et je l’embrasserais sur les 2 joues ainsi que l’oncle Alphonse. » Charles vous envoie à tous deux ses <tendres> amitiés.

Ne m’oublie pas auprès de Cécile[11], je lui adresse des fameuses pantoufles. Encore mille amitiés, ton affectionnée EM.

Nous avons fait un gentil voyage en Suisse[12], surtout Villeneuve nous a plu ; c’est là où on a envie de retourner. Je n’ai pas reçu ta lettre, je le regrette bien ; c’est étonnant car nous en avons eu 2 de la maison à l’hôtel Byron. Enfin, nous avons bien pensé à toi en <face de> ce beau pays que tu avais parcouru il y a 3 ans.


Notes

  1. Eugénie Desnoyers et son époux Charles Mertzdorff reviennent d’un voyage à Ancy-le-Franc, dans l’Yonne.
  2. Marie Mertzdorff, fille de Charles.
  3. Emilie Mertzdorff, petite sœur de Marie.
  4. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  5. Possiblement le manuscrit du Rapport sur diverses communications relatives à la paléontologie et à la faune actuelle du Mexique, qui paraît en 1866.
  6. Alphonse Milne-Edwards, époux d’Aglaé Desnoyers.
  7. Alfred Desnoyers, frère aîné d’Eugénie et Aglaé ; il habite Ancy-le-Franc.
  8. Julien Desnoyers, jeune frère d’Eugénie et Aglaé.
  9. Félicité et son époux Louis Daniel Constant Duméril et leur fils Léon.
  10. Thérèse.
  11. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas et belle-sœur d’Aglaé.
  12. Voir les lettres précédentes, des 23 et 25 septembre.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 7 octobre 1865. Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa sœur Aglaé, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_7_octobre_1865&oldid=35658 (accédée le 9 août 2022).

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