Samedi 7 décembre 1878

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1878-12-07 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-12-07 pages 2-3.jpg


Samedi soir 7 Xbre 78.

Ma chère Marie

Malgré froid pluie & temps détestable, malgré bien des heures longues & ennuyeuses il me semble que les semaines passent comme des instants. Il n’y a pas longtemps que j’ai passé un Dimanche & en voici un nouveau à la porte. Lorsque je me me demande comment ces longues journées ont été employées, la réponse n’est pas toujours facile pour tous.
Cette semaine qui vient de s’écouler, fait cependant pour moi grande exception car Jeudi Dîner en ville & Vendredi c’est-à-dire hier soirée hors de chez moi.
Toutes les semaines ne sont pas aussi riches en plaisirs mondains & franchement n’en suis pas fâché.

Il me semble que j’ai déjà eu occasion de vous parler de mon dîner chez les G. D[1]. Au tour de ma soirée d’hier chez Léon[2] où je ne pouvais pas me dispenser d’assister. L’on était peu nombreux, la famille Berger[3] avec Mlle Zeller d’Oberbruck qui est en visite pour une 15aine les Georges D. Mme Stackler[4].
En arrivant à 8 ½ j’ai trouvé tout le monde déjà réunis. Vers 9 h Mlles Berger[5] ont fait de la musique, elles chantent comme tu sais, très agréablement, leurs voix vont très bien ensemble. le premier morceau de Gounot ?[6] m’a fait grand plaisir ; puis Marie Duméril[7] nous a donné une belle valse jouée avec beaucoup de goût & de talent.
Le dernier morceau que Mlles Berger ont chanté du pré aux Clercs[8] qui est très joli est un peu trop grivois pour des Demoiselles ; chanté par le théâtre très bien, mais franchement, je n’aurais pas voulu vous entendre, malgré toute la beauté du morceau, chanter ainsi ; c’est l’effet que cela a fait au papa, qui n’était pas trop content de cette chanson bachique.
La maman devrait mieux diriger ses filles, non qu’au fond il y ait grand inconvénient pour ces Demoiselles mais certainement il y a là une petite faute.
Après la musique le thé & l’on s’est mis à jouer aux Schwarzer Peter[9] etc. Je n’ai pas pris part à ce dernier divertissement me couvrant de mon rôle de grand-papa. L’on était animé & l’on a varié le plaisir des cartes. Il était 11 h lorsque l’on servait du vin chaud, j’en ai profité pour me retirer & peu de minutes m’ont suffit pour être endormi. L’on s’est retiré ver 1 h ce qui est, à mon avis, un peu tard.

Cet après-Midi Léon Marie M. & Mme Berger avec toute leur famille ont quitté vers 2 h pour monter à la Rangen, ils y sont arrivé mais non sans s’être trompé de chemin, faisant un long circuit grimpant sur une montagne derrière plus haute que leur but, l’on est descendu par le Keltenbach & Marie n’était à ce que m’assure Léon pas trop fatiguée, ce qui m’a fait le plus grand plaisir. C’était une promenade de 3 heures dans les Montagnes.
Pour Demain un autre tour du côté de Rammersmadt est organisé.
Ces deux Messieurs n’avaient jamais l’intention de grimper. La jeunesse était plus forte que leur volonté.
Tu vois que nous n’avons pas encore trop de neige dans nos montagnes mais il ne faut pas trop tarder car le baromètre n’est pas rassurant. Il ne fait pas froid le soleil est même chaud lorsqu’il parvient à nous, ce qui est assez rare.

D’aujourd’hui Mme Stackler est à Sélestat.
Toute cette semaine je n’ai pas quitté la fabrique et ne suis pas sorti de sa cour. J’ai cependant par bon-papa[10] des nouvelles du Moulin & sais que l’on y va bien. Une lettre de Flers dit que toute la famille[11] va bien sauf Adèle qui a beaucoup souffert d’un Abcès aux gencives. Mme Emile Cumont[12] va de plus en plus mal, pour elle plus d’espoir.
La Pastourellerie est vendue, Mme Fröhlich[13] est rentrée dans ses fonds sans perte aucune. Je ne sais pas ce que se proposent de faire la famille Vasseur[14].
Pas de nouvelles de Nancy[15], je vais en demander.
l’Oncle Georges[16] ne sort toujours pas & voici plusieurs jours que je ne l’ai vu.

Les pièces commencent à nous manquer, il n’est pas sûr que nous puissions toute cette semaine travailler sans chômer. Il est vrai que l’année passée à pareille époque, nous étions au moins aussi pauvres. Mais ce qui me console, c’est qu’à Vieux-Thann l’on ne connaît pas la misère & est bien facile d’aider les quelques malades ou pauvres.

Il est 10 ½ le temps d’aller se coucher, bonne nuit vous devez être dans vos lits & peut-être déjà dormir quoique le soleil se lève 20 minutes en retard d’ici. Je t’embrasse de tout cœur. Ton père
ChsMff

en me réveillant ce matin j’ai trouvé la cour couverte de 20 centimètres de Neige. Malgré cela il fait beau. ce serait une belle journée de traîneau. Mais il faudra renoncer à la promenade du Rosenberg.


Notes

  1. Georges Duméril et son épouse Maria Lomüller.
  2. Léon Duméril.
  3. La famille de Louis Berger et son épouse Joséphine André.
  4. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  5. Marie et Hélène Berger.
  6. Charles Gounod (1818-1893).
  7. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  8. Le Pré aux Clercs, opéra-comique en trois actes de Ferdinand Hérold (1791-1833), sur un livret d’Eugène de Planard, d’après Chronique du règne de Charles IX de Prosper Mérimée. créé en décembre 1832.
  9. Schwarzer Peter : jeu de cartes (le Pouilleux).
  10. Louis Daniel Constant Duméril, époux de Félicité Duméril.
  11. Adèle Duméril, son époux Félix Soleil et leurs enfants.
  12. Florence Van der Noot de Vreckem, épouse d’Emile Cumont.
  13. Eléonore Vasseur, veuve d’André Fröhlich.
  14. Charles écrit : « la famille Levasseur ».
  15. Nancy où vivent Emilie Mertzdorff et son époux Edgar Zaepffel.
  16. Georges Heuchel.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 7 décembre 1878. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_7_d%C3%A9cembre_1878&oldid=35653 (accédée le 19 août 2022).

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