Samedi 6 avril 1878

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1878-04-06 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-04-06 pages 2-3.jpg


Samedi soir 6/4/78

Ma chère Marie, je t’écris ce soir, car il serait fort possible que je ne puisse le faire demain Dimanche attendu que j’ai invité à dîner une jeune personne de 63 ans, Mlle Piquet[1] qui vient me demander avis & plus peut-être au sujet de sa sœur[2] toujours souffrante à l’orphelinat. Pour peu que je m’occupe un peu des livres du bureau la journée se passera & si je puis vous donner mes pensées impossible de les mettre sur papier.

J’étais dans se monde cet après-midi, rendant ma visite au Kreisdirector[3] j’ai profité pour aller voir les Henriet, madame[4] est souffrante depuis 3 semaines, en effet elle n’a pas aussi bonne mine. ses filles vont bien & l’on compte comme les autres années passer l’été à Wattwiller ils sont là un peu plus près de leurs enfants[5] à Cernay, l’on se voit un peu plus souvent ; dans la vie c’est bon facteur comme dirait un math[ématicien].

Je vous ai dit que vos portraits ont été les bienvenus. Généralement l’on en est content, les trouvant bien & le papa fait chorus. Mais aussi quelles demandes. Bonne-Maman[6] tante Marie[7], tante Georges[8] & double édition pour le papa car il veut les voir partout de crainte d’oublier ses chéries ?? Il ne faut pas qu’il m’arrive comme au père de Thérèse[9] qui attendait son fils hier à la gare & ne l’a pas reconnu après 6 ans d’Amérique !

En ce moment outre ma femme de chambre Emilie[10], il y a une couturière à la maison, la machine travaille du matin au soir pour réunir de nouveau les tentures des pièces du haut, c’est un gros travail il y a 4 chambres, il a fallu tout défaire pour laver & repasser au glaçage, mais ce sera comme neuf maintenant & ces chambres qui étaient si sales seront au moins propres, si elles ne sont pas élégantes comme à Paris.
Mon Jardinier a passé un bon hiver il a pu travailler à peu près tout le temps & s’il n’est pas vif il est toujours à sa besogne & sait bien travailler son entourage, aussi ses jardins ne sont-ils pas [  ] sa femme par contre est toujours souffrante.

Comme mon second portier Bruckmann quitte son logement pour aller habiter sa maison dans le village, ce sera la Jardinière qui fera un peu attention à cette sortie, qui du reste va pouvoir être supprimée cet automne ce qui sera un grand bien pour nous.

la végétation n’est pas avancée pour la saison, il y a bien quelques feuilles aux à quelques arbres, mais il fait si chaud maintenant que tout va partir du coup & d’ici 15 jours ce sera vert, mais aussi serons-nous assez près de Mai.

Marie Duméril avec Léon[11] vont passer leur journée de Dimanche à Mulhouse grande joie pour la jeune Dame qui n’a plus été en ville depuis 4 à 5 mois.
son bébé[12] ne va pas mal il est fort mais très pâle. Lorsque la petite se fâche & pleure bon-papa[13] prétend qu’elle ressemble à tante Eugénie[14]. Demain jour anniversaire du Mariage civil de Léon, vous étiez donc ici & cela me paraît déjà si loin.

l’Oncle Georges[15] ainsi que sa femme vont bien il sont en ce moment inquiets pour la santé de leur nièce[16] d’Altkirch.
Jules[17] passera ses vacances de Pâques chez ses grands-parents, il continue à très bien travailler, tout fait espérer qu’il réussira pour ses examens de Saint-Cyr.

J’ai reçu hier une lettre bien triste de Mme Paul[18] il paraît que son mari est toujours bien malade donnant de grandes inquiétudes, elle-même est malade ce qui se voit du reste à son écriture, Mme Laroze[19] va passer toutes les deux nuits à Saint Prix. Elle comprend maintenant un peu tard qu’elle a mal fait de s’isoler comme elle l’a fait. elle a bien une bonne voisine qui lui donne ses soins mais que cela doit être pénible pour ces pauvres amis.

Ne vous parlant pas de ma santé c’est qu’elle laisse peu à désirer, je tousse encore un peu, mais cela passera sans tarder.

Il est tard embrasse bien tante[20] & Emilie[21] & [ ]
ChsMff

Je sais par Marie[22] que la petite Institutrice a écrit à Hélène B[23].


Notes

  1. Adèle Piquet.
  2. Joséphine Piquet.
  3. Directeur de district.
  4. Célestine Billig, épouse de Louis Alexandre Henriet.
  5. Probablement Marie Henriet épouse de Léopold Zurcher et Jeanne Henriet, épouse de Paul Baudry.
  6. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  7. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  8. Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel.
  9. François Neeff, père de Thérèse Neeff et de Joseph et Xavier Neeff, partis en Amérique (l’un des frères est revenu dès 1874).
  10. Émilie Sussenthaller.
  11. Léon Duméril.
  12. Hélène Duméril.
  13. Louis Daniel Constant Duméril.
  14. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  15. Georges Heuchel, époux d’Elisabeth Schirmer.
  16. Une parente d’Elisabeth Schirmer.
  17. Jules Heuchel.
  18. Stéphanie Duval, épouse de Paul Nicolas.
  19. Pauline Nicolas, épouse de Jean François Laroze.
  20. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  21. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  22. Marie Stackler-Duméril.
  23. Emilie Mertzdorff, qui vient de réussir l’examen, a écrit à Hélène Berger.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 6 avril 1878. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_6_avril_1878&oldid=35631 (accédée le 14 août 2022).

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