Dimanche 31 mars et mardi 2 avril 1878

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1878-03-31/02-04 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-03-31/02-04 pages 2-3.jpg


Paris 31 Mars 78.

Je ne veux pas, mon Père chéri, que nous arrivions toutes les deux demain matin[1]
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Hélas ! je ne voulais pas, mais nous n’en sommes pas moins arrivées toutes seules. Je reprends aujourd’hui Mardi, cher Père, cette lettre commencée Dimanche et si je reprends cette vieille feuille de papier c’est pour te prouver qu’au moins l’intention y était ; quel malheur que l’intention ne suffise pas pour faire les choses ; si cela la était je serais déjà une personne bien accomplie car l’intention de bien faire ne me manque pas ; c’est dans la pratique que j’échoue. Mais laissons là la philosophie ; j’espère que je vais pouvoir causer un peu tranquillement avec toi, cependant c’est Mardi et je sais qu’Hortense[2] et sa tante[3] doivent venir, j’écoute donc la sonnette. J’ai bien des excuses à te faire de ne pas t’avoir écrit hier, mais tante[4] a eu la bonté de réparer ma faute (ce qui arrive toujours, du reste) et je suis sûre que tu sais plus de choses que je ne t’en aurais pu dire. Es-tu content de nos portraits ? Je les trouve ressemblants au moins celui d’Emilie car moi je ne me reconnais pas du tout et je déteste voir mon image. Je crois qu’on voit un peu sur nos figures que nous attendions depuis longtemps[5].

Je ne t’ai pas encore parlé de notre dîner de Samedi chez Mme de Quatrefages[6] nous nous y sommes pourtant bien amusées, il y avait Mlle Wurtz[7] que tu as vue ici (en rose) c’est une jeune fille charmante qui me plaît beaucoup et qui est très aimable. Nous avons parlé de l’Alsace, de Thann, des Scheurer qu’elle connaît assez bien et j’ai appris de la sorte une grande nouvelle : il paraît que Jeanne[8] est fiancée depuis 8 jours avec un député dont malheureusement Mlle Wurtz ignorait le nom. Je ne me doutais pas que je serais une des 1ères à le savoir et que ce serait moi qui te l’apprendrais ; il paraît aussi que les Wurtz sont cousins de la jeune dame Albert Scheurer[9].

Hier j’ai été à l’atelier[10] et je me suis beaucoup amusée car la bosse était facile et je ne l’ai pas trop mal commencée. J’étais à côté de Mlle de Souancé[11] qui habite un château près de Nogent de sorte que nous avons beaucoup parlé du Perche. Elle est très gaie et très spirituelle.

Je ne sais si Emilie t’a déjà annoncé la mort du pauvre petit chameau[12] ; oncle[13] était désolé et un peu découragé de faire des élèves.

J’allais te parler du temps mais me voilà un peu embarrassée si j’avais commencé par là ma lettre j’aurais dit : ciel bleu, soleil éblouissant presque trop chaud, fenêtres ouvertes && je lève maintenant les yeux qu’est-ce que je vois : ciel gris, grosses gouttes de pluie, temps laid et sombre. Et c’est ainsi toute la journée ; les giboulées nous arrivent jusqu’en avril et sont fort peu agréables ; aussi ne voit-on que gens enrhumés.

On a reçu ce matin une lettre de Mme Camille[14] qui va probablement venir passer quelques jours ici avant de retourner à Saint-Claude.

Me voilà à la fin de mon papier et je ne t’ai point encore remercié de ta longue lettre ce que je voulais faire tout d’abord ; si tu savais pourtant combien elle m’a fait plaisir ! je suis ravie de voir que tante Marie[15] et baby vont bien. Quant à toi, mon Père chéri, j’espère que ce vilain rhume va bientôt te quitter ; si mes baisers pouvaient te l’enlever tu en trouverais assez dans cette lettre.

Adieu mon Père chéri, chéri, tu sais comme ta petite fille t’aime.
Marie
J’embrasse de tout mon cœur bon-papa et bonne-maman[16].


Notes

  1. Marie et sa sœur Emilie écrivent alternativement à leur père.
  2. Hortense Duval.
  3. Constance Prévost, épouse Claude Louis Lafisse.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Voir la séance chez les photographes (lettre du 28 mars).
  6. Emma Ubersaal, épouse d’Armand de Quatrefages.
  7. Lucie Wurtz.
  8. Jeanne Scheurer-Kestner, qui va épouser Marcellin Pellet.
  9. Fanny Zuber, épouse d’Albert Scheurer.
  10. Marie Mertzdorff prend des leçons de dessin avec Paul Flandrin.
  11. Probablement Gabrielle de Souancé, née en 1862.
  12. Chameau du Jardin des Plantes.
  13. Alphonse Milne-Edwards.
  14. Louise Ida Martineau, épouse d’Antoine Camille Trézel.
  15. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril et mère d’Hélène Duméril.
  16. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 31 mars et mardi 2 avril 1878. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_31_mars_et_mardi_2_avril_1878&oldid=39649 (accédée le 13 août 2022).

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