Samedi 5 novembre 1870 (B)

De Une correspondance familiale


Lettre d’Emilie Mertzdorff (à Morschwiller chez ses grands-parents) à sa mère Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)



Samedi 5 Novembre 1870

Chère mère Hélène[1] et moi nous nous sommes déjà battues. Hier soir j'ai pleuré en lisant tes chères lettres, je suis montée chez Cécile[2] et elle m'a consolée en me racontant des histoires de Marie Bornèque. Ce matin nous nous sommes très bien amusées en nous habillant Marie B. n'est pas venue me réveiller car je l'étais déjà, c'est elle qui m'a coiffée d'une nouvelle manière ce qui est très joli, je suis descendue faire ma dictée, mais il n'était pas encore 8 heures et demi, puis après nous avons fait une partie de jeu d'oie et je me suis mise à t'écrire, non sans peine car nous bavardions et nous riions tant qu'il était impossible d'écrire une lettre. Maintenant tout est tranquille et je peux très bien t'exprimer ma pensée, cette pensée que je ne dit qu'à ma mère est : qu'elle vienne me chercher avec père[3] pour me ramener à Vieux-Thann, et me faire travailler car le travail est une chose si belle qu'avec le travail on peut tout faire, d'ailleurs tu le sais plus que moi et mieux.

M.M.[4] fait une analyse, M.B.[5] écrit à sa maman, H. écrit à Mlle A[6]. et moi oh ma chère mère je te dis combien je t'aime et t'embrasse ainsi que ce père chéri à qui nous avons souhaité une si agréable fête[7]. Mais moi qui veux avoir du courage pardonne moi mère. Nous venons de dessiner chacune un pot de chambre ce qui était très amusant. Oh quel affreux pâté j'ai fait des bêtises et voilà ce qui en résulte. Ma lettre est bien sale mais avec sa mère ne doit-on pas faire tout ce que l'on peut faire de gentil même des pâtés. Mon cher père je t'embrasse beaucoup. On dit des horreurs sur mon pâté on dit qu'il ressemble à un crocodile, moi je réponds cela m'est égal. Adieu chère mère adieu mon cher père. Nanette et Thérèse[8] vont-elle bien. Nos pots c'est-à-dire les fleurs poussent-elles bien. Ta petite fille qui t'adore

Emilie Mertzdorff

Bien des amitiés de la part de Cécile. Je t'embrasse les lettres vont partir adieu. Ma petite amie chérie t'embrasse bien fort.

Maman nous venons de dîner avec Mme T[9] et nous avons déjà joué au jardin.

Bonne-maman[10] va très bien, elle n'a pas changé depuis que tu l'as vue.

Cécile dit que nous sommes très sages.


Notes

  1. Hélène Berger, sa « petite amie chérie ».
  2. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
  3. Charles Mertzdorff.
  4. Marie Mertzdorff.
  5. Marie Berger, fille de Louis et de Joséphine André.
  6. Mlle Augusta, institutrice de Marie et Hélène Berger.
  7. La Saint Charles est le 4 novembre.
  8. Annette et Thérèse Neeff, employées chez les Mertzdorff.
  9. Marie Koechlin, veuve de Pierre Tachard.
  10. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 5 novembre 1870 (B). Lettre d’Emilie Mertzdorff (à Morschwiller chez ses grands-parents) à sa mère Eugénie Desnoyers (épouse de Charles Mertzdorff) (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_5_novembre_1870_(B)&oldid=35623 (accédée le 25 juin 2022).

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