Samedi 30 mars 1878

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1878-03-30 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-03-30 pages 2-3.jpg


30 mars 1878[1]

Ma chère Marie

Te dire que ta bonne lettre m’a fait grand plaisir est inutile.
En effet mon enrouement ne s’est pas bien trouvé du régime que je lui ai fait subir en wagon. Mais le voilà presque loin, je l’ai bien bafoué pendant ces 2 jours & me voici avec ma voix ordinaire & qui plus est je ne tousse presque pas

Nous avons un temps magnifique depuis 2 jours, aussi Marie[2] en est allé profiter pour se promener au Jardin avec son bébé qui se trouvait très à son aise au grand air. Nous avons pendant une heure arpenté toutes les allées, jusqu’à ce que Marie se trouvait assez fatiguée pour rentrer.
Ce matin j’ai fait un bon tour de la fabrique pour me rendre compte de ce que l’on a fait pendant mon absence & j’ai constaté que je n’ai pas trouvé grand changement, ce qui ne m’étonne pas.
je prends encore quelques petites précautions, habits chauds, bonne chaussure double & j’évite les courants d’air. Avec tant de soins cette petite guerre de rhume ne sait pas persister & je suis sûr que dans 2 ou 3 jours il n’en sera plus question.

J’étais invité hier à prendre le Café chez Marie, j’y ai trouvé bonne-Maman[3] qui a bonne mine & ne rêve plus que Hélène. Du reste la petite est mignonne, mais une belle enfant. La nuit c’est la grand-mère Stackler[4] qui la soigne dans l’ancienne chambre de ma mère[5], pour laisser à la Maman qui a besoin de beaucoup de sommeil un bon repos. C’est Mme Stackler qui a le moins bonne mine, elle a été souffrante ces derniers jours, c’est encore un peu, car elle ne sort pas, mais enfin ce n’est rien de grave.
Ce je crois vous l’avoir dit déjà Marie a bonne mine ; même, bien bonne mine & lui en ai fait mon sincère compliment. Elle a la permission de sortir en voiture & elle fera une bonne promenade Dimanche prochain mais ce qui lui vaudra mieux c’est de se fatiguer un peu à pied pour qu’elle retrouve bon appétit.
Je t’assure qu’elle est encore un peu gauche à porter son bébé, mais l’habitude lui viendra.

Vous avez bien fait de vous faire photographier ailleurs & j’espère que bientôt vous allez m’adresser les premières épreuves, ce sera pour moi une petite satisfaction de vous voir là à côté de moi. Si les grands portraits sont bons, vous me ferez encadrer les deux pour les mettre dans ma chambre. De même pour tante & bonne-Maman.
Je ne sais vraiment pas pourquoi nous avons attendu si longtemps pour avoir vos portraits, maintenant me voici très impatient de les voir & surtout de les Avoir.

Depuis 15 jours la petite Emilie  Sussenthaller est à la maison, elles ont lavé tous les rideaux de vos chambre, Broesch les a remontés, c’est propre maintenant & comme neuf.
Même opération a été faite avec les chambres du haut, il a fallu tout découdre pour laver & après passer au glaçage - mes bonnes sont en train de recoudre le tout & le tapissier les remontera, tout cela était dégoûtant depuis 15 ans que c’est monté & le voici de nouveau tout à fait mis à neuf. Aussi Broech n’en revenait pas et a-t-il  demandé le procédé, indiqué par Pétrus qui lui l’a pris de la fabrique, mais quel travail ; aussi n’est-il pas fini. l’on a fait une petite lessive de rideaux blancs, qui sont dans le plus triste état ; votre maman[6] avait acheté quelques pièces qui sont encore là & qu’il faudra faire faire mais ce sera insuffisant & à l’occasion je vais en acheter lorsque vous les aurez choisies.

Je n’ai pas encore vu ma tante[7] mais l’Oncle[8] m’a dit qu’elle va bien.

Embrasse ma chérie, tante Oncle[9] & sœurette[10] bien aimée pour cela je t’adresse mes meilleurs baisers
ton père
ChsMff

les marchands du midi se sont fait annoncer, c’est encore moi qui vais faire la liste de ce qu’il faut ce qui ne m’amuse pas beaucoup.


Notes

  1. Papier à en-tête professionnel.
  2. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril et mère d’Hélène Duméril.
  3. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  4. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  5. Marie Anne Heuchel (†), veuve de Pierre Mertzdorff.
  6. Eugénie Desnoyers (†), seconde épouse de Charles Mertzdorff.
  7. Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel.
  8. Georges Heuchel.
  9. Aglaé Desnoyers et son époux Alphonse Milne-Edwards.
  10. Emilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 30 mars 1878. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_30_mars_1878&oldid=35595 (accédée le 17 août 2022).

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