Samedi 22 février 1873

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)


original de la lettre 1873-02-22 pages1-4.jpg original de la lettre 1873-02-22 pages2-3.jpg


Morschwiller 22 février 1873.[1]

Pourrai-je bien te dire, ma bien chère Aglaé, le bonheur que me donnent tes lettres, j’y retrouve l’expression des sentiments de nos bien aimées[2] qui sont au Ciel.

A la mort de ma pauvre Caroline, Eugénie nous a apparu comme un ange envoyé de Dieu pour nous soutenir tous dans la douloureuse épreuve que nous subissions. Un second malheur pareil au premier nous frappe de nouveau, et toi, ma chère enfant, comme ta tendre sœur[3], tu viens à nous, tu viens auprès de nos chères petites[4] qui retrouvent en toi une troisième mère.

Il y aura des personnes, il faut s’y attendre, qui trouveront à critiquer, mais ne nous en inquiétons pas, quant aux vrais amis, ils comprendront les actions de grâce que nous rendons à Dieu de savoir nos chères petites auprès de toi et de ton bon mari[5], dont nous connaissons le cœur et toutes les qualités. Nous ne les aimerions pas comme nous les aimons si nous avions cherché à les retenir ici. Combien mon père[6] avait raison quand il disait : Il faut aimer ses enfants pour eux, et non pour soi, et savoir faire des sacrifices en vue de leur bonheur à venir. Ce que j’ai éprouvé à la mort d’Eugénie[7], je l’avais éprouvé à celle de ma chère fille[8]. Manque d’air, oppressions, étouffements, je souffrais beaucoup. A présent je repasse mieux dans ma mémoire les douces et fortifiantes paroles d’Eugénie. Elle ne voulait pas qu’on se laissât abattre, Caroline ne le voulait pas non plus ; pour elles deux que ne doit-on pas faire ? Je sens leur approbation et leur encouragement dans les efforts pour remplir les devoirs qui nous sont imposés. Que de fois je songe à ta mère et à ton père[9]. Je m’incline devant leur douleur et devant leurs vertus.

Léon[10] en rentrant hier de Vieux-Thann nous a annoncé que nous verrions demain matin notre cher Charles[11], ceci est l’indication que les santés sont bonnes, mais chère Aglaé, au risque de t’ennuyer, il faut que je te répète de te bien soigner, de mettre un frein à ton courage, à ton énergie qui te font souvent aller trop loin. Il ne faut pas jouer avec la santé. Au reste je suis sûre que nos chéries sont bien attentives pour leur petite maman Aglaé qu’elles aiment tant. En pensée je vous vois toutes trois et je suis sûre que notre bon Charles éprouve quelque soulagement dans le cœur en vous regardant.

Je savais bien que les lettres que je t’ai envoyées te feraient plaisir[12]. Madame Tachard[13] sentait et comprenait tout le mérite de notre chère Eugénie, ce qu’elle dit à ce sujet est si touchant, si bien exprimé, puis quelle tendre sympathie pour les cœurs affligés et quelle parfaite confiance en Dieu.

Adieu chère et bonne Aglaé je t’embrasse comme je t’aime ainsi que nos chéries qui, je l’espère, seront bientôt débarrassées de leurs rhumes.

Ne nous oublie pas, je te prie, auprès de ton bon mari.

Félicité Duméril

Je regarde souvent la jolie tapisserie de ma petite Marie.

Le cours[14] que suivent nos chères petites présente bien des avantages que nous savons apprécier.

Un petit mot d’amitié à Cécile[15], François et Pauline[16].

Notre chère Eugénie a réuni ses forces pour te faire comprendre qu’elle te léguait ses enfants. Jusqu’au dernier soupir elle a fait le bien.

J’ai de bonnes nouvelles de Chaumont, ma sœur[17], Adèle[18] et les enfants[19] ont dû partir aujourd’hui pour Besançon.


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Caroline Duméril (†) et Eugénie Desnoyers (†), première et seconde épouses de Charles Mertzdorff.
  3. Aglaé est la sœur d’Eugénie Desnoyers (†).
  4. Marie et Emilie Mertzdorff (« nos chéries »).
  5. Alphonse Milne-Edwards.
  6. .Auguste Duméril (l’aîné).
  7. Eugénie Desnoyers (†),épouse de Charles Mertzdorff.
  8. Caroline Duméril (†) épouse de Charles Mertzdorff.
  9. Jeanne Target et son époux Jules Desnoyers.
  10. Léon Duméril.
  11. Charles Mertzdorff.
  12. Lettres reçues par Félicité et retransmises.
  13. Wilhelmine Grunelius, épouse d’Albert Tachard.
  14. Le cours des dames Boblet.
  15. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
  16. François et Pauline, domestiques chez les Desnoyers.
  17. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  18. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil.
  19. Marie, Léon, Pierre et Louise Soleil.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 22 février 1873. Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_22_f%C3%A9vrier_1873&oldid=56996 (accédée le 12 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.