Samedi 20 août 1842

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son fils Auguste Duméril (Arras)

lettre du 20 août 1842, recopiée livre 6, page 169.jpg lettre du 20 août 1842, recopiée livre 6, page 170.jpg lettre du 20 août 1842, recopiée livre 6, page 171.jpg lettre du 20 août 1842, recopiée livre 6, page 172.jpg


Reçue à Arras

de Mme Constant Duméril Mère.

20 Août 1842.

Je te remercie beaucoup, mon cher Auguste, de la bonne lettre que j’ai reçue de toi ce matin et que ton frère[1] a vu de suite, car n’étant pas encore parti quand le facteur est venu, il m’a montré ton épître et me l’a lu : j’ai gémi, comme tu le penses bien, en songeant à cette masse de poussière dont tu as été accablé, par les voies respiratoires, et sur ta personne : le bain a dû te faire un grand plaisir. J’ai bien pris part aussi à l’autre ennui, pour lequel tu as enrichi la langue française d’un mot nouveau. Tu ne retourneras pas volontiers dans la rotonde, quand tu auras quelque autre voyage à faire.

Les choses si affectueuses que te dit ton cousin[2] doivent te faire un très grand plaisir, et je jouis bien pour toi de ces quelques jours que tu passes auprès de lui et de sa femme, mais ton bonheur doit être, par moments, un peu troublé, par l’incertitude où tu es sur la manière dont te recevra ta tante[3]. Espérons que les choses se passeront bien, surtout si Adine est du voyage. Eugénie[4] doit être bien émue, ces jours-ci et je pense que tu lui trouveras bien mauvaise mine ; mais si on a le bonheur de voir sa mère calme, et qu’elle te montre de l’amitié, son visage prendra bientôt un autre air.

Ici, nous allons bien, hors l’abattement que donne la chaleur, que voilà pourtant un peu moins forte, depuis hier, que nous avons eu un peu de pluie. Jeudi le dîner s’est bien passé : lorsqu’on est aussi peu nombreux, on est plus à son aise et A. Decandolle[5] a beaucoup causé : il est vraiment bien plus simple qu’on ne croirait ; tout cela n’empêchait pas que je ne regrettasse de n’avoir pas quelques personnes de plus, et nous lui avons expliqué nos désappointements à cet égard.

C’était bien ennuyeux de ne pas t’avoir : ton papa[6] a pensé que si tu n’avais pas été absent, c’eût été bien à propos d’inviter M. Flourens. Le soir, nous faisions des vœux en nous-mêmes pour qu’il nous vînt un certain nombre de visites, mais ils ont été fort peu exaucés : nous n’avons eu que Mme Rainbeaux[7], M. Lélut, et tard, M. Bourdon. Alfred[8] est parti au moment du thé. Enfin, voilà : tout cela n’est pas un grand malheur, et je ne me suis pas par trop tourmentée. Cette semaine, j’espère bien n’avoir pas un chat à dîner. Je porte mes pensées sur demain en huit, et je me réjouis largement de la perspective de revoir tout mon monde autour de moi. Constant n’est pas en reste pour cela : hier, il était singulièrement hébété comme il dit : pourtant, après le dîner, il est allé avec ton papa savoir des nouvelles de cette pauvre dame Bibron, qui, à huit heures et demie, avait encore son dîner en perspective, parce que son mari faisait une leçon, le soir, et était retenu à son école, pour ranger des objets d’histoire naturelle, que cette école venait de recevoir en cadeau. Notre aimable voisine n’était pas tout à fait exempte de ses douleurs, mais allait mieux. Quant à Mme de Tarlé[9], ton papa l’a revue jeudi, avant dîner : elle allait mieux, et comptait partir pour Sceaux à 7 heures du soir : depuis, je ne sais aucune de ses nouvelles, mais j’aime à espérer que cette indisposition n’aura point eu de suite. Je me fais fête de la voir demain et les amis[10], chez lesquels elle est, mais tu sais ce que c’est pour moi qu’une journée de campagne.

Toujours maladroite, comme de coutume, la pendule me fait trembler ; je n’ai que le temps de te charger des choses les plus affectueuses pour tes hôtes, et de t’embrasser tendrement.

A. Duméril.


Notes

  1. Louis Daniel Constant Duméril.
  2. Charles Auguste Duméril et sa femme Alexandrine Brémontier, dite Adine, résident à Arras.
  3. Alexandrine Cumont, épouse d’Auguste Duméril l’aîné.
  4. Eugénie Duméril, cousine et fiancée d’Auguste.
  5. Alphonse Louis Pierre Pyramus de Candolle (1806-1893), fils d’Augustin Pyramus.
  6. André Marie Constant Duméril.
  7. Cécilia Sévelle, épouse d’Emile Rainbeaux.
  8. Alfred Duméril, fils de Florimond (l’aîné).
  9. Suzanne de Carondelet, épouse d’Antoine de Tarlé.
  10. La famille Baleste.

Notice bibliographique

D’après le livre de copies : lettres de Monsieur Auguste Duméril, 1er volume, « Lettres relatives à notre mariage », p. 169-172

Pour citer cette page

« Samedi 20 août 1842. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son fils Auguste Duméril (Arras) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_20_ao%C3%BBt_1842&oldid=35444 (accédée le 14 août 2022).

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