Mercredi 9 avril 1879 (A)

De Une correspondance familiale

Lettre de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à sa petite-fille Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1879-04-09A pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-04-09A pages 2-3.jpg


Vieux-Thann 9 Avril 1879

Ma chère Marie

Puisque c’est par toi que nous avons appris le brillant succès de ton excellent Oncle Alphonse[1], c’est toi aussi que nous voulons charger de lui présenter nos bien sincères compliments sur cet heureux évènement, qui devait toujours lui arriver mais dont il jouit bien jeune & ce doit être bien doux pour son père[2] d’être témoin de cette récompense dont jouissent rarement ensemble deux générations. Le labeur est dur pour arriver à ce sommet qu’atteint un si petit nombre de ceux qui essaient l’ascension & il est beau d’y arriver à temps pour pouvoir y faire un long séjour.

Mon premier mouvement était de lui écrire directement hier pour lui faire mon compliment, mais dans la crainte qu’il se crût obligé de me répondre j’ai préféré me servir de ton entremise pour lui témoigner la grande part que ta bonne-maman[3] & moi prenons à cette vive satisfaction de famille : je crois qu’il ne se plaindra pas d’en recevoir l’assurance par une bouche qu’il affectionne tant.

J’ai remis à aujourd’hui pour t’écrire parce que je voulais en même temps te donner des nouvelles de l’arrivée de ton père[4] : je viens de le voir mais un instant seulement parce qu’il était monté dans sa chambre pour faire sa toilette & que je ne voulais pas le déranger : ce n’est qu’après la cloche de midi que je suis monté le voir ; il finissait à peine sa toilette, mais je lui ai trouvé bien bonne mine : jamais on ne lui donnerait son âge & sa physionomie ouverte indiquait bien qu’il avait fait provision de bonheur auprès de vous & il m’a dit qu’il avait laissé tout le monde en bien bonne santé. Dès que nous le reverrons nous lui demanderons plus de détails & ta bonne-maman, qui s’y entend en tirera plus que je ne le saurais faire.

D’ici les nouvelles sont bonnes quoique la santé de Marie[5] ne se remette pas aussi vite que nous le voudrions, car on est impatient & on ne fait pas assez la part qu’il faut laisser au temps pour consolider une santé qui a été réellement ébranlée. Quant à Hélène[6] elle est jusqu’ici bien solide & n’a jamais rien qui puisse préoccuper & elle est généralement bien gaie & bien gentille pourvu, surtout qu’on s’occupe d’elle. La voilà qui prononce bien des mots & quand on compte jusqu’à trois & elle pousse un petit quatre & après cinq un petit six tout à fait harmonieux. Quand vous viendrez au mois de Mai, je crois que vous vous en amuserez bien toutes deux[7] & elle vous recherchera toujours.

Nous autres à notre moulin nous avons très bien passé l’hiver & jouissons de voir revenir le printemps. Madame Stackler[8] est bien fatiguée & bien reprise de ses névralgies ; elle espère du soulagement du voyage qu’elle compte faire incessamment à Sélestat[9], Dijon & la Tour du Pin ; là elle se reposera & l’air lui conviendra mieux que celui de Vieux-Thann.
Vous jouirez bien aussi, ici, de vous trouver tant avec votre tante Marie qu’avec votre cousine Maria[10], qui est aussi une charmante jeune femme que nous apprécions beaucoup : ces deux cousines voient beaucoup les dames Berger[11] dans l’intimité & tout le monde jouit de cette réunion : jamais Vieux-Thann n’avait eu semblable réunion de jeunesse.
Lundi de Pâques nous devons aller dîner chez les Miquey[12] avec les Léon[13], Hélène comprise, Mme Stackler bien entendu, les Georges[14] étaient aussi invités, mais ils doivent faire avec les Berger une expédition au ballon de Guebwiller, ou si le temps ne le permet pas aller à Sélestat : c’est sous prétexte d’assister au passage d’une cavalcade que nous sommes invités à Mulhouse.

Fais nos bien tendres amitiés à ta chère Tante Aglaé[15] qui doit prendre une bien grande part au succès de son mari : cela va sans dire & recevez Emilie & toi nos bons baisers de vos grands-parents.

C. Duméril


Notes

  1. Alphonse Milne-Edwards vient d’être élu à l’Académie des sciences après le décès de Paul Gervais.
  2. Henri Milne-Edwards.
  3. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  4. Charles Mertzdorff revient d’un séjour à Paris.
  5. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril (« votre tante Marie »).
  6. Hélène Duméril.
  7. Marie et sa sœur Emilie Mertzdorff.
  8. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  9. Louis Daniel Constant Duméril écrit « Schlestadt ».
  10. Maria Lomüller, épouse de Georges Duméril.
  11. Joséphine André, épouse de Louis Berger et ses filles.
  12. Étienne Miquey et son épouse Joséphine Fillat.
  13. Léon Duméril, son épouse Marie Stackler et leur fille Hélène Duméril.
  14. Georges Duméril et son épouse Maria Lomüller.
  15. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 9 avril 1879 (A). Lettre de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à sa petite-fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_9_avril_1879_(A)&oldid=35258 (accédée le 14 août 2022).

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