Mercredi 3 octobre 1917 (A)

De Une correspondance familiale


Gazette multigraphiée n° 7,d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Brunehautpré) à son fils Louis Froissart (Fontainebleau) – incomplète


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G.D.B.[1] N°7          3 Octobre 1917.

J’espère être moins maladroite qu’à la dernière édition.

Je commence par vous transmettre les nouvelles de Georges Dumas que j’ai reçues hier. La pauvre Marthe[2] a été bien inquiète étant restée 8 jours sans nouvelles ; Georges a pris part à sa première grave affaire qui paraît avoir coûté assez cher à sa compagnie. Il a été comme de juste fort ému et n’épargne à sa pauvre mère aucune de ses émotions ni aucun de ses risques. Elle m’a copié des passages de sa lettre qui m’ont fait bénir mes fils[3] de ne pas me tenir aussi minutieusement au courant de tous les périls qu’ils courent. Il est vrai que les fantassins sont plus exposés que les artilleurs et puis l’émotion de Georges a dû être intense et je le comprends bien ! Il est près du fort de Vaux. Le voilà un peu moins exposé, pas encore au repos, mais en soutien.

Les Vandame nous ont quittés vendredi à 1h. Votre père[4] les a accompagnés à Rang du Fliers[5] et est allé de là à Montreuil où il a fait de nombreuses visites : à l’Archiprêtre[6], à M. Hallette[7], chez qui il a vu surtout Mme Masiée[8] ; elle lui a donné des nouvelles des Aubry toujours étranges, plus ou moins brouillés avec la famille suivant les moments. Elise[9] a écrit un ouvrage sur l’Albanie ! je ne pense pas qu’elle y ait jamais été. Pas rencontré les de Lhomel ; il paraît que l’infirmière que nous avions amenée de la gare est partie et que l’hôpital va être ou est déjà fermé. Il devenait trop coûteux pour le petit nombre de malades qui y étaient soignés.

Samedi votre père est resté tranquille à Brunehautpré. Tranquillité relative bien entendu et maints greniers ont reçu sa visite ? Nous avons expédié le fusil de Michel[10] et les accessoires savamment emballés, le tout formant 2 colis. J’espère qu’il les recevra sans tarder et qu’il se livrera à de nombreux et intéressants exploits. Plus modeste dans mes ambitions, je ne me livre qu’à la chasse aux mouches, le gibier ne manque pas dans la chapelle surtout.

Dimanche messe basse pour la dernière fois à 9h. Le retard de l’heure légale aura pour effet d’avancer pour nous tous les offices d’une heure.

Dîner à Bamières exquis comme toujours et en compagnie de M. Géry[11] inchangé et de Horace[12] triste ; très blanchi mais il a bonne mine et est bien courageux ; toujours bon. On a de bonnes nouvelles de Jean[13] qui, après quelques rudes journées est au repos. En revenant, visite aux Duflos de Lambus[14]. Quel bonheur de n’y plus trouver le nez rouge de l’ex-locataire et ses jérémiades ! Le fils Duflos téléphoniste dans l’infanterie a une citation. Compliments ;

Lundi long séjour à Campagne pour visiter de plus près nos ruines. Si je ne craignais de manquer de larmes pour des objets plus tristes encore je pleurerais ! Je pleurerais entre autre mon poêle alsacien qui a été complètement étripé, il n’a plus rien dans le corps et presque plus rien qui tienne à l’extérieur. Je ne m’appesantirai pas sur ces tristesses, je passerai à d’autres déboires. Ceux-là se rencontrent au Ménage où votre pauvre père a bien des « ruses » pour arriver à faire une toiture à la place de la terrasse. Il a eu lundi une séance avec Ronfort[15], ce qui ne l’a pas pourvu d’un maçon ni enflammé le zèle des charpentiers. Clovis se fait tirer l’oreille et prétend ne travailler qu’à la journée à 9F. La toiture se fera tout de même grâce à la persévérance qu’y met votre père. Hier mardi nous avions la messe anniversaire pour les grands-parents. Paul[16] y est venu avec Laure[17], Cécile[18] et Marguerite[19] seulement. Céline[20] y était aussi, naturellement et suivant l’usage nous avons ramené M. le Doyen[21] pour dîner. Michel[22] sera bien aise de savoir que M. Poupart fait usage du système d’aiguille en bois pour utiliser les ficelles des bottes que l’on délie ; il a donné à votre papa un petit instrument et on va généraliser le système. Cela vous intéressera aussi de savoir que l’aîné des Poupart[23] qui est revenu définitivement chez lui était occupé lundi à prendre au Ménage une leçon d’harmonium avec M. le Curé de Brimeux[24] ; il en joue dès maintenant à l’église. Savez-vous aussi que les Poupart ont une auto où l’on peut caser toute la famille[25] ?

Pour terminer je vous dirai que Pauline[26] avec l’aide de Philibert a fait ce matin la récolte du miel. Je regrette que Guy[27] ne soit pas ici pour se délecter.

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Notes

  1. Gazette De Brunehautpré.
  2. Marthe Pavet de Courteille, veuve de Jean Dumas et mère de Georges.
  3. Jacques, Michel, Pierre et Louis Froissart.
  4. Damas Froissart.
  5. Gare de Rang du Fliers.
  6. Jean François Bailliet, archiprêtre de Montreuil.
  7. Le médecin Alfred Hallette.
  8. Probablement Antonine Zélie Hallette, épouse de Louis Marie Masiée.
  9. Une Élise Béatrix Amélie Aubry est née le 28 octobre 1892 à Montreuil.
  10. Michel Froissart, frère de Louis.
  11. Géry Dambricourt.
  12. Horace Dambricourt.
  13. Jean Froissart, époux de Marguerite Dambricourt.
  14. Lambus, hameau de Mouriez.
  15. Alfred Ronfort, architecte.
  16. Paul Froissart.
  17. Laure Froissart, épouse de Jules Legentil et fille de Paul.
  18. Cécile Dambricourt, épouse de Maximilien Froissart et bru de Paul.
  19. Marguerite Dambricourt, épouse de Jean Froissart et bru de Paul.
  20. Céline Dambricourt, épouse de Paul Florentin Joseph Droulers.
  21. Jean Baptiste Legay, doyen de Campagne-les-Hesdin.
  22. Michel Froissart, frère de Louis.
  23. Edouard Poupart.
  24. Félix Routier, curé de Brimeux.
  25. Charles Poupart, son épouse Eugénie Trollé et leurs enfants (au moins quatre : Edouard, Charlotte, Emile, Andrée).
  26. Pauline Levecque, veuve de Philibert Vasse et son fils Aristide Benoît Philibert Vasse, employés par les Froissart.
  27. Guy Colmet Daâge.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 3 octobre 1917 (A). Gazette multigraphiée n° 7,d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Brunehautpré) à son fils Louis Froissart (Fontainebleau) – incomplète », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_3_octobre_1917_(A)&oldid=56662 (accédée le 17 août 2022).

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