Mercredi 31 octobre 1877

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie et Emilie Mertzdorff (Paris) à leur père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1877-10-31 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-10-31 pages 2-3.jpg


Paris 31 octobre 77.

Il faut aujourd’hui, mon cher papa, que je commence par des excuses ; ayant voulu toutes deux[1] t’écrire hier matin nous avons laissé passer toute la journée comptant l’une sur l’autre et le soir est venu sans que nous soyons venues causer avec toi ; j’espère que tu nous pardonneras et que ce retard d’un jour ne t’aura pas inquiété. Je t’écris en poste il ne me reste que 20 minutes avant le déjeuner et après nous filerons pour toute la journée ; d’abord leçon de M. Flandrin[2] où je passe 2 h, puis leçon de Mme Foussé[3] enfin cours d’Emilie qui a lieu aujourd’hui à cause de la fête de demain, tu vois que ce sera une journée bien remplie. Ce soir nous aurons la famille ce sera le dernier dîner des Camille[4] ils partent tous demain soir pour Saint-Claude.

Hier nous avons eu une foule de leçons et nous avons travaillé toute la journée ; tante[5] nous a seulement promenées un peu dans la ménagerie. Il fait un temps superbe on se croirait de nouveau en été si les arbres voulaient bien reprendre leurs feuilles par contre il pleut sans cesse et quand on sort il faut patauger dans la boue ce qui est peu agréable. J’oubliais de te parler de notre expédition au Jardin d’acclimatation ; elle a été des plus amusantes et le voyage a été plein de péripéties nous avons mis plus de 2 heures à rentrer ici, nous n’étions de retour qu’à 7 h ! (Quel bonheur que tu n’aies pas été là je suis sûre que tu te serais inquiété comme le jour du grand [Colet]). Nous avons été d’abord en bateau jusqu’aux Champs-Élysées. ([Quelle] sale lettre, mon papa chéri encore un pâté ! ma plume ou refuse énergiquement d’écrire ou bien par moments elle fait ce que tu viens de voir). Nous sommes montés à pied à l’arc de triomphe où nous avons pris le tramway qui nous a mis directement au Jardin. Nous avons commencé par faire visite à Mme Geoffroy[6], visite trop longue à l’avis de Jean[7], puis nous sommes entrés dans le jardin tout de suite nous allons aux Esquimaux.

Mon papa chéri, Marie m’a confié sa lettre avec prière de la terminer, et elle est partie avec tante pour prendre sa leçon de dessin. Pauvre Marie ! On m’a laissée à la maison pour travailler mais je vais partir moi aussi dans quelques minutes avec Cécile[8] pour aller retrouver Marie chez Mme Foussé. J’aurai mon cours aujourd’hui au lieu de demain Jeudi, car c’est la Toussaint, mais on n’a pas eu égard à la suppression de cette journée de travail de sorte qu’il a fallu travailler encore plus vite que d’habitude et mettre les morceaux triples. Marie est trop indulgente au commencement de sa lettre en mettant nous avons laissé passer la journée sans t’écrire, car c’est bel et bien moi qui étais chargée de le faire, je l’avais promis et ne l’ayant pas fait au moment opportun, la journée a passé sans que je puisse venir causer un peu avec toi.     

Il faut cependant que je continue le récit de la visite au Jardin d’acclimatation. Les esquimaux sont si jolis, si attrayants que la foule compacte occupée à les regarder nous empêchait complètement de les voir… [Mais on] nous a fait la faveur toute spéciale de nous laisser pénétrer auprès d’eux et là nous avons joui du spectacle sans entrave, charmant spectacle d’ailleurs. Représente-toi de petits hommes, gros, trapus, aux cheveux noirs, avec de grosses figures joufflues et sans barbe ; ils sont vêtus d’un pantalon de peau de phoque et d’une espèce de tunique de laine, ils ont de belles bottes, c’est ce qu’il y a de plus beau sur toute leur personne ! La femme a une culotte également de peau de phoque, avec bottes en peau rouge et sur le dos un grand capuchon [ ] dans lequel se trouve son enfant. Le bébé est le plus joli spécimen, quoiqu’il soit fort brun et un peu sale.    

Adieu mon père chéri, il faut que je te quitte car j’ai encore bien des choses à faire avant de partir et il faut que dans 10 minutes je me mette en route ! horrible !   
J’espère, demain pourvoir t’écrire plus longuement car on nous a fait assez travailler depuis Samedi pour que nous ayons droit à un jour de repos.

Ta fille,
Emilie


Notes

  1. Marie Mertzdorff et sa sœur Emilie.
  2. Le peintre Paul Flandrin.
  3. Céline Silvestre de Sacy, épouse de Frédéric Foussé, professeur d’anglais.
  4. Antoine Camille Trézel, son épouse Louise Ida Martineau et leurs enfants Henri et Félix Jean Trézel.
  5. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  6. Probablement Marthe Ravisy, épouse d’Albert Geoffroy Saint-Hilaire, qui est directeur du Jardin d’acclimatation.
  7. Jean Dumas.
  8. Cécile Besançon, bonne des demoiselles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 31 octobre 1877. Lettre de Marie et Emilie Mertzdorff (Paris) à leur père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_31_octobre_1877&oldid=42804 (accédée le 14 août 2022).

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