Samedi 3 novembre 1877

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1877-11-03 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-11-03 pages 2-3.jpg


Paris 3 Novembre 1877

Mon Père chéri,

A mon tour aujourd’hui de venir t’embrasser et de t’embrasser doublement fort que c’est demain le 4 Novembre cette chère fête que nous aimons tant[1]. Combien je voudrais pouvoir m’infiltrer dans le papier et passer un petit moment avec toi puisque tu n’as pu venir nous voir ; mon petit papa chéri si tu savais comme nous t’aimons et comme nous pensons à toi ; je voudrais te le dire plus encore aujourd’hui mais tu le sais bien n’est-ce pas ? Nous voudrions tant te rendre un peu du bonheur que tu as perdu mais je vois qu’il n’y a que le bon Dieu qui peut te le rendre ce bonheur-là et je le lui demande bien je t’assure.
Que deviens-tu ? Il y a huit jours que nous n’avons reçu de lettre de toi et tu sais ce que cela veut dire on ne peut pas t’appliquer le proverbe pas de nouvelles, bonnes nouvelles c’est tout le contraire avec toi pas de nouvelles cela veut dire que tu es triste, fatigué, ennuyé ou souffrant ; nous le savons bien va.

Nous aurions voulu te montrer que nous n’oublions pas le 4 Novembre mais tu sais que nous ne pouvons pas grand-chose tu recevras cependant un petit paquet contenant un spécimen de notre talent naissant ; si tu n’étais pas si bon jamais nous ne t’enverrions ces horreurs ; mais tu es un papa et quel papa encore ! c’est pourquoi nous ne craignons pas de t’envoyer nos œuvres ; j’ai fait ma tête toute seule, Mlle Duponchel[2] n’y a fait que quelques corrections assez insignifiantes, inutile de te dire que c’est d’après la bosse ; c’est mon premier essai je veux qu’il soit pour toi. Je devais le porter Mercredi à M. Flandrin[3] mais tant pis j’en referai un autre j’aime mieux que celui-là prenne la route de Vieux-Thann.

Nous aurons aujourd’hui notre premier cours d’anglais ce qui me réjouit beaucoup quoique je sois un peu intimidée de me trouver dans le grand cours. Mercredi j’ai eu une longue leçon de MmeFoussé[4] qui est toujours bien gentille et bien bonne pour nous aussi est-elle déjà une de mes maîtresses préférées.
Hier nous avons assisté aux examens qui étaient assez difficiles ; c’est je crois un très bon exercice mais qui prend toute la journée. Aujourd’hui j’irai peut-être avec tante[5] chez Mme Lafisse[6].

Ah ! mon petit papa que tu es gentil voilà une lettre de toi je viens de la lire quelles bonnes nouvelles elle renferme ! tu nous demande notre avis ? Voilà la réponse : Viens, viens, viens le plus tôt possible, cela vaut bien mieux ; n’attends pas le 19, tu serais peut-être retenu encore puis ensuite tu trouverais que Noël est bien près et tu finirais par ne pas venir. Quel bonheur de te voir ! mon petit papa chéri que tu es gentil, viens bientôt ; si j’étais toi je partirais au commencement de la semaine, il ne faut pas perdre de temps, le 19 ce sera bientôt, il ne fait pas froid encore : c’est exprès pour t’engager à venir. Tu sais nous t’attendons.

J’approuve beaucoup la place de la fresque elle ne saurait être mieux placée. J’ai écrit Jeudi à tante Zaepffel[7], j’écrirai prochainement à Marie Berger mais je te dirai qu’elle aussi a été très paresseuse.

Adieu, mon bon père, je t’embrasse de tout mon cœur je te souhaite une bonne fête et bon voyage !
Ta fille qui t’aime de toutes ses forces.
Marie

Le dessin d’Emilie[8] a été fait seule et en deux leçons seulement ; c’est sa 2e tête n’est-ce pas qu’elle est très bien.


Notes

  1. La Saint Charles.
  2. Marie Louise Duponchel, professeur de dessin.
  3. Le peintre Paul Flandrin donne quelques leçons à Marie Mertzdorff.
  4. Céline Silvestre de Sacy, épouse de Frédéric Foussé.
  5. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  6. Constance Prévost, épouse de Claude Louis Lafisse.
  7. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel.
  8. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 3 novembre 1877. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_3_novembre_1877&oldid=35586 (accédée le 16 août 2022).

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