Mardi 27 novembre 1877

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1877-11-27 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-11-27 pages 2-3.jpg


Paris le 27 Novembre 1877.

Mon Père chéri,

Je commence avant tout par te remercier pour la bonne et longue lettre que tu m’as écrite il y a quelques jours et dans laquelle tu nous donnais tant de détails sur tout ce qui se fait à Vieux-Thann ; j’ajoute à ces 1ers remerciements une seconde édition pour les non moins bonnes nouvelles reçues ce matin et adressées à Emilie[1] ; le seul défaut de cette lettre-là était d’être trop courte cependant tu es bien bon de nous l’avoir écrite ; en arrivant au déjeuner j’ai crié à oncle[2] que nous avions reçu un mot de toi : comment un mot seulement ? m’a-t-il répondu ; j’ai dit oui un mot de deux pages et oncle a trouvé que c’était plus qu’un mot à moins que ce ne soit de l’allemand, alors un seul mot composé.

Depuis Dimanche rien de bien intéressant ne s’est passé ; le soir nous avons joué aux dames et en nous coalisant toutes les deux nous avons battu oncle ; c’était un bien beau succès et qui nous a donné du mal à obtenir ; j’étais si contente de voir que nous gagnions que dans l’excès de ma joie j’ai failli faire comme Perrette et renverser le damier avant que la partie ne fût achevée ; c’eût été affreux heureusement qu’Emilie a prévenu le coup de genou.

Hier Lundi, j’ai étudié mon piano puis j’ai été avec tante[3] chez M. Flandrin[4] ; la bosse était changée et à mon grand désespoir il m’a fallu faire mon esquisse toute seule ; je ne m’en suis cependant pas trop mal tirée et M. Flandrin n’a eu à me faire que quelques corrections assez importantes pour une autre mais vraiment peu grandes pour moi aussi j’ai été très contente et tante aussi quoique je prétende qu’elle me voit toujours avec les yeux du hibou ; tu sais : Mes petits sont mignons, beaux, bien faits, &.
J’étais tout à fait en pays de connaissances entre Mlle Gosselin[5] et Jeanne Buffet. Aujourd’hui il fait un temps affreux, nous allons sortir cependant. Nous avons déjà pris trois leçons : une ce matin de Mlle Duponchel[6], Emilie et Marthe[7] ont fini leur bébé ; moi j’ai travaillé à la jolie tête que je t’ai montrée (pas une bosse). Nous avons déjeuné, tante Cécile[8] est venue et oncle a exercé ses fonctions de dentiste ; M. Pillette[9] est dans l’admiration des pansements qu’il fait et ne voulait pas croire que ce fût lui qui avait enfoncé les petits cotons. Alors, a-t-il ajouté, il faut que M. Edwards soit bien adroit, et tante Cécile n’a pas dit le contraire.

Mlle Bosvy[10] et Mlle Poggi sont venues ensemble de sorte que nous avons été occupées toutes les deux[11] en même temps. J’ai récité ce que j’ai déjà appris de littérature et je ne le savais pas trop mal. Je lis maintenant les Géorgiques[12] mais elles m’amusent bien moins que l’Enéide[13] je t’avouerai que cela m’est assez égal de savoir quand il faut semer le blé et labourer la terre, le tout dit très poétiquement.

On met les tapis c’est un bouleversement général dans toute la maison et un je ne comprends pas comment cela pouvait être autrefois pour nous une partie de plaisir.

Adieu mon Père chéri, je t’embrasse de toutes mes forces comme je t’aime, à bientôt une plus longue lettre. J’embrasse beaucoup bonne-maman et bon-papa[14] sans oublier ma tante[15].
ta fille qui t’aime de tout son cœur,
Marie


Notes

  1. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  2. Alphonse Milne-Edwards.
  3. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  4. Le peintre Paul Flandrin donne des leçons.
  5. Adrienne Gosselin.
  6. Marie Louise Duponchel, professeur de dessin.
  7. Marthe Pavet de Courteille.
  8. Cécile Milne-Edwards, épouse de Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  9. E. Pillette, dentiste.
  10. Marguerite Geneviève Bosvy.
  11. Marie et sa sœur Emilie.
  12. Les Géorgiques, long poème didactique de Virgile.
  13. L’Énéide, épopée de Virgile.
  14. Félicité Duméril et son époux Louis Daniel Constant Duméril.
  15. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 27 novembre 1877. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_27_novembre_1877&oldid=40918 (accédée le 16 août 2022).

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