Vendredi 23 novembre 1877 (A)

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1877-11-23A pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-11-23A pages 2-3.jpg


[23 9bre 77]

Ma chère Marie

Merci ma chérie pour ton excellente lettre que j’ai reçue hier matin ; tes deux lettres[1] sont au Moulin[2] pour le moment !

Si j’étais un peu fatigué le jour de mon arrivée je t’assure qu’il n’en est plus question depuis longtemps & que ma santé ne laisse rien à désirer si ce n’est toutefois une ancienne maladie que j’ai peine à guérir.
Je me couche trop tard par contre ne sais pas me lever comme je le voudrais. Mon lit me paraît si bon le matin lorsque la cloche, que je n’entends pas toujours, sonne, je me tourne me retourne, m’allouant 10 minutes sur 10 mn puis 5. Si bien que le jour souvent paraît et me trouve encore où je ne devrais plus être depuis une heure. Tu connais aussi cette triste faiblesse & tu sais comme moi que le matin le lit est par trop bon ; les gourmands !!!.

Marie[3] est toujours dans son lit. Léon me dit qu’elle n’a pas passé une trop bonne nuit. D’après sa mère[4] si elle est souffrante ce sont ses tracas de cuisinière qui ne fait pas comme elle le voudrait.
Du reste une fille qui n’a fait que deux places en 40 ans ne doit pas être si mauvaise & je crois qu’il y a aussi un peu de la faute de la petite débutante. L’on s’occupe d’une remplaçante & la cuisinière doit encore quitter ce mois-ci ce qu’elle a dit à ma chambrière Emilie[5].
Ces dames n’ont pas dit que l’on cherchait à la remplacer & la fille a trouvé place à ce qu’il paraît sans prévenir d’avantage. De ce côté tu vois qu’il y avait entende parfaite. Je crains seulement que la petite malade ne s’en ressente encore lorsque cette fille lui dénoncera.
Marie n’est décidément pas forte & avec cela excessivement nerveuse ce qui n’est pas fait pour se remettre vite. C’est le docteur Bornèque[6] qui la soigne & l’on en est fort content.

Toute la journée petite pluie & grand vent ce qui n’est pas charmant, & ce qui n’a pas empêché Tante Heuchel[7] d’aller à Mulhouse avec sa bonne, assister à [la] Noce d’Or de son frère[8] (50 ans de ménage) & bon-papa de venir du moulin ici prendre les nouvelles & les lettres. Il ne fait pas froid, cependant c’est la seconde fois que le Rossberg[9] est couvert de neige ; était-il beau hier, aujourd’hui il est resté caché.
Le nouveau thermomètre n’a pas encore constaté de gelée : depuis qu’il est à sa place, il a de nombreux visiteurs.

Depuis mon retour j’ai pas mal travaillé les plans de la teinturerie dans ma nouvelle bibliothèque, qui est assez facile à chauffer & je ne crois pas qu’elle soit humide comme je le craignais un moment. Mon étude est en ce moment chez Legay[10] pour la mise au net, après seulement je la reprendrais de nouveau en sous-œuvre.

Le nouveau Jardin des écoles est déjà fort avancé, les chemins comblés l’on se mettra à planter. Il ne sera pas mal & bien suffisant pour ces Dames qui sont ravis du voisinage du [ ] Vogt.

Comme Oncle Georges était seul à la maison, il a dîné avec nous hier, au grand bonheur de Thérèse[11], qui aime bien faire quantité de petits plats, ce qu’elle a rarement occasion de faire au grand bonheur de son vieux patron.
Mon Oncle était fort gai & nous a raconté quantité d’histoires du bon vieux temps, il conserve toujours sa bonne gaîté. Nous sommes ici dans la saison des concerts, Bâle, Mulhouse Thann & même Vieux-Thann a donné son philharmonique le jour de mon arrivée, mais je l’ignorais & étais trop fatigué pour l’entendre.
M. Jaeglé[12] m’assure que les progrès sont constatés depuis l’année passée, ce qui me fait grand plaisir. Cette fois la sœur des écoles n’a pas fait l’ombre de résistance pour donner ses salons.

A la fabrique toujours pénurie de pièces ; mais chez M.Berger[13] c’est pire encore, jamais cette usine n’avait si peu de commandes qu’aujourd’hui. forcément il faudra renvoyer des ouvriers, l’on a réduit le travail journalier de 2 h mais c’est insuffisant

voici deux nuits que Marie passe assez souffrante, il ne peut encore être question de se lever. Il y a déjà quelques jours que je n’étais la voir, cet après-midi je compte faire une petite visite.

Ce jour, de la pluie ; mais pas de grandes Eaux ; Rossberg a perdu son bonnet blanc.

Bien des amitiés à tous & quantité de baisers aux grandes filles[14] de leur père qui, qui, qui les aime
ChsMff


Notes

  1. Celles du 19 et du 21 novembre.
  2. Les lettres sont lues par les grands-parents, Louis Daniel Constant Duméril (« bon-papa ») et son épouse Félicité Duméril.
  3. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  4. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  5. Émilie Sussenthaller.
  6. Le docteur Pierre Léon Bornèque.
  7. Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel (« oncle Georges »).
  8. Gustave Schirmer, époux de Marie Louise Malaine.
  9. Le Rossberg culmine à presque 1 200 mètres.
  10. Probablement Eustache Legay.
  11. Thérèse Neeff, cuisinière chez Charles Mertzdorff.
  12. Frédéric Eugène Jaeglé.
  13. Louis Berger.
  14. Marie et sa sœur Emilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 23 novembre 1877 (A). Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_23_novembre_1877_(A)&oldid=35921 (accédée le 11 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.