Mardi 19 avril 1910

De Une correspondance familiale



Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Montreuil-sur-Mer), à son fils Louis Froissart (Douai)


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19 Avril

Mon cher Louis,

J’ai trouvé ta lettre hier en rentrant de Paris où j’étais allée avec Madeleine[1] pour voir ta tante Marie[2] et les Dumas qui venaient de rentrer l’une de Cannes[3], les autres d’Arcachon[4] et encore d’autres personnes qui nous ont été enchantées de nous voir. Inutile de te dire que l’on fait des vœux ardents pour qu’il n’y ait pas de ballottage[5] ! En rentrant ici hier soir, j’ai trouvé tous ces messieurs contents de leurs deux journées, Étaples a été un vrai succès et Montreuil en réunion privée hier soir très bon et consolant aussi. On va donner cette semaine un dernier coup de collier. M. Gayet[6] retournera dans les endroits douteux pour réchauffer, M. Tréca[7] se démène pour trouver dans toutes les communes où le maire n’est pas pour nous des gens dévoués qui prennent l’engagement d’honneur de ne pas quitter l’urne. C’est un point très emportant. Enfin on peut dire, je crois, que les choses s’annoncent assez bien.

Mais parlons de ton intéressante personne, pauvre enfant. Te voilà un peu souffrant, j’espère que ce ne sera rien et je vois avec plaisir que ton malaise du matin ne t’a pas empêché hier d’aller chez les Petites  Sœurs des Pauvres et de les divertir les bons vieux.

En effet, je n’ai pas encore renvoyé Françoise[8] parce que sa présence était utile à Brunehautpré, Pauline[9] étant souffrante et en même temps si attristée par la mort de son petit-fils. En mon absence, c’est Françoise qui pouvait le mieux s’occuper d’elle. Mais elle va mieux maintenant et rien ne s’oppose à ce que Françoise regagne Douai. Germaine[10] est guérie et j’espère pouvoir, dans peu de jours, fermer ma maison de Montreuil ce qui permettra à Louise[11] et à Albert[12] de revenir à Brunehautpré. J’ai versé un pleur sur tes ongles, car je pense ne pas les revoir, mais je salue la génération nouvelle qui les remplacera.

J’ai fait sortir Dimanche Michel et Pierre[13] de midi à 5h. Leur emballement pour les élections continue et toi es-tu refroidi ?

Je t’embrasse tendrement, cher enfant et te souhaite prompte guérison.

Émilie


Notes

  1. Madeleine Froissart.
  2. Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville.
  3. Hypothèse : Cécile Milne-Edwards, veuve d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  4. Hypothèse : Louise Marie Dumas-Milne-Edwards et sa mère Marthe Pavet de Courteille, veuve de Jean Dumas.
  5. Damas Froissart se présente aux élections législatives à Montreuil-sur-Mer.
  6. L’avocat Marcel Gayet.
  7. Albert Tréca.
  8. Françoise Maurise Giroud, veuve de Jean Marie Cottard, employée par les Froissart à Douai.
  9. Pauline Levecque, veuve de Philibert Vasse, et grand-mère d’Auguste Vasse.
  10. Germaine Legrand, employée par les Froissart à Douai.
  11. Louise Bruche, épouse de Georges Bénard.
  12. Albert Bruche, cocher à Dommartin chez les Froissart.
  13. Michel et Pierre Froissart, pensionnaires.

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer cette page

« Mardi 19 avril 1910. Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Montreuil-sur-Mer), à son fils Louis Froissart (Douai) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_19_avril_1910&oldid=56407 (accédée le 17 août 2022).

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