Mardi 16 mars 1875

De Une correspondance familiale

Lettre d’Emilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1875-03-16 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-03-16 pages 2-3.jpg


Mardi 16 Mars 1875.

Mon bon petit papa chéri.

Nous allons tous bien, depuis Dimanche je n’ai que de bonnes nouvelles à te donner. M. Dewulf m’a dit Dimanche que je pouvais sortir et j’en ai profité hier pour aller jouer chez tante Louise[1].

Dimanche comme tu le sais Hortense[2] est venue après avoir fait répété notre pièce, nous avons dîné. Ensuite nous avons fait des charades avec oncle[3] c’était excessivement amusant il n’y avait que tantine[4] qui devinait.

Hier matin nous avons travaillé pendant qu’Hortense dessinait. Après le déjeuner oncle l’a reconduite. Nous sommes allées jouer chez tante Louise dans la journée puis nous avons eu notre leçon de Mlle Bosvy.

Ce matin nous avons travaillé, à midi nous avons été jouer chez tante L. et nous sommes rentrées à 1h ½.

Marthe[5] est avec nous parce que sa maman[6] est sortie et nous travaillons toutes, tante n’a encore eu personne aujourd’hui[7]. Tu nous vois d’ici dans notre chambre, moi je suis à mon pupitre qui par extraordinaire est du côté du vestibule, Marie[8] est au sien, du côté de la cheminée, Marthe apprend ses leçons près de la table et tante taille je ne sais quoi, je crois que c’est un oreiller, à sa table entre nos deux pupitres.

Et toi mon papa chéri où es-tu ? Cours-tu dans la fabrique ? Est-tu à ton [bureau] ? ou bien es-tu dans le village ou ailleurs ? Es-tu déjà bien sûr que tu ne pourras pas venir pour Pâques ? ce serait si agréable, si délicieux de t’avoir pendant nos vacances mon bon petit père chéri. Ce vilain inventaire, il se trouve toujours pendant les vacances et il vient chaque année nous enlever notre papa au moment où nous voudrions le plus l’avoir.

Mon petit papa je suis terrifiée de mon étourderie, chaque jour je commets une nouvelle bêtise. A l’instant, comme je descendais, Marthe m’a demandé de lui remonter du pain. Il n’y a pas de [doute] que j’y ai pensé une fois en bas, je suis donc remontée sans le pain. Cela commence à devenir inquiétant je crois vraiment que je suis un peu toquée. Enfin espérons qu’en grandissant je me guérirai.

Nous avions beaucoup à faire cette semaine et j’ai encore à peu près la moitié de mes leçons à apprendre aussi faut-il que je me dépêche beaucoup de travailler. J’ai encore 50 pages de grammaire et à peu près 20 de zoologie, je n’ai donc pas de temps à perdre. Comme je feuilletais ma grammaire pour voir combien j’en avais tante croyait que j’allais te la copier pour te distraire, une jolie distraction n’est-ce pas ? pour l’écrivain et pour le lecteur.

Mon doux papa je n’ai vraiment pas de nouvelles à t’annoncer si ce n’est que je t’aime beaucoup, mais cela, ce n’est pas une nouvelle car tu les sais depuis longtemps.

Bonne-maman[9] va bien, bon-papa[10] aussi. Oncle Alfred[11] est à Nancy pour donner son avis sur une usine.

A propos de Nancy, as-tu des nouvelles de tante Z.[12] je veux toujours écrire et puis je n’ai pas le temps et je suis un peu paresseuse surtout le dimanche le jour où je pourrais écrire.

Je ne sais pas si la réunion de Mlle Poggi[13] n’aura lieu dimanche prochain car nous n’avons pas eu notre leçon aujourd’hui, elle est probablement souffrante. Ces pauvres réunions n’ont décidément pas de chances.

La petite teigneuse partira demain avec une sœur, pour Alise-Ste-Reine, cette petite tante à force de se remuer arrive toujours à faire ce qu’elle veut.

Adieu mon doux papa chéri je ne puis continuer mon bavardage plus longtemps car le temps avance et ma grammaire n’avance pas ; si elle pouvait m’entrer dans la tête pendant que je te parle ce serait très amusant de continuer notre conversation. Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi bonne-maman et bon-papa[14].

Ta fille qui t’aime énormément

Emilie Mertzdorff

P.S. Bien des amitiés de la part de tante, d’oncle, de Marie, de bonne-maman[15] && tout le monde t’aime tant doux papa.


Notes

  1. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  2. Hortense Duval.
  3. Alphonse Milne-Edwards.
  4. Tante, tantine : Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Marthe Pavet de Courteille.
  6. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  7. Pas encore de visites à son « jour ».
  8. Marie Mertzdorff, sœur d’Emilie.
  9. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  10. Jules Desnoyers.
  11. Alfred Desnoyers.
  12. Emilie Mertzdorff, sœur de Charles et épouse d’Edgar Zaepffel.
  13. Mlle Poggi, professeur de piano.
  14. Félicité Duméril et son époux Louis Daniel Constant Duméril.
  15. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 16 mars 1875. Lettre d’Emilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_16_mars_1875&oldid=40736 (accédée le 17 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.