Lundi 8 et mardi 9 août 1870

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (Paris)

original de la lettre 1870-08-08B page1.jpg original de la lettre 1870-08-08B page2.jpg


CHARLES MERTZDORFF

AU VIEUX-THANN

Haut-Rhin[1]

8 Août 70 Lundi

Ma chère Eugénie

Je ne sais, mais je doute que tu reçoives mes lettres régulièrement. Aujourd'hui pas un seul courrier n'est arrivé. Et une dépêche affichée qu'il y a pas d'ennemis de Belfort à Strasbourg & 4 lieues au-delà.

Mais l'on est sobre en nouvelles, elles sont si mauvaises !

J'ai reçu une lettre de papa Duméril[2], ils vont bien, sont comme moi bien heureux de vous savoir loin du théâtre de la guerre. De même que M. Auguste[3] ne se soit plus trouvé ici. Félix[4] est nommé caissier à Chaumont.

Jamais notre caisse n'a été aussi pauvre. Je voudrais faire la paie Mercredi soir & je n'ai pas de quoi, craignant ne pas en trouver à Mulhouse, la banque ayant déménagé sa succursale

Je réunis les pompiers pour qu'ils ne soient pas tentés de se servir de leurs armes si l'ennemi devait venir. Réunion du Conseil municipal. Quelle galère que ces fonctions de maire.

J'ai constaté que notre provision de farine est minimum, par Léon[5] je tente d'avoir 100 sacs.

Les chambres se réunissent le 11 Jeudi ? Tachard vient de partir avec sa femme[6], laissant grand-mère[7] & tous les enfants[8] à Morschwiller les recommandant aux Duméril[9] la pauvre jeune femme pleurait bien m'écrit bon-papa.

Par toutes les routes les voitures emportent des familles de Mulhouse & environ. beaucoup vont en Suisse par les montagnes. d'autres dans les Vosges.

Les Kestner Dames[10] restent m'a dit ce matin Risler[11]. Jaeglé va probablement demain meubler les chambres vides des Zaepffel[12] & s'y installer. J'ai mis l'argenterie & de côté & quelques papiers. Il me tarde tu le comprends de recevoir de tes nouvelles. La dernière est de Vendredi Jeudi, tu ne faisais pas encore tes paquets & vous voilà à Paris.

L'excitation était si grande ici. Les plus anciens amis du Gouvernement le maudissant, plus énergiquement peut-être que ses anciens adversaires. Je dis si Paris apprend ces tristes nouvelles, lui qui vient de donner son dernier enfant, que sera-ce. Une Révolution & vous y êtes tous.

Impossible de bouger d'ici… Maudite mairie !

Lorsque je te saurai loin de la ville des villes - - - je serai bien content. Car franchement maman & papa[13] peuvent bien quitter. Peut-on travailler lorsque tant d'émotions vous énervent. Heureusement ma santé est bonne, je me trouve un peu fatigué ce soir, car depuis mon arrivée ici, je ne me suis pas donné assez de temps au sommeil je compte me coucher de bonne heure ce soir.

Vers 3 h une petite alerte du feu, les pompiers sont sortis, ce n'était qu'un feu de cheminée. Il faut encore de ces émotions-là. Georges[14] est un peu souffrant il a de la peine à marcher, je crains qu'il ne puisse venir demain tellement il allait péniblement ce soir.

Par les JournauxAnglais & Allemands vous devez déjà être au Courant de ce qui s'est passé, tandis que nous sur les lieux ne savons rien. Chacun est à la chasse de nouvelles si contradictoires que l'on n'en sort pas. A 10 h, une dépêche annonce, dit-on, l'occupation par de Mulhouse par l'ennemi. Le Préfet[15] nous dit une heure après qu'il n'y en a pas eu dans le département. Les jeunes conscrits de cette année partent aujourd'hui… Quel départ ! Je réclame des nouvelles de Julien[16]. il doit vous écrire souvent ? Nous n'avons pas encore commencé les lits. Nos pauvres blessés vont être soignés en Allemagne ! Pauvres gens, pauvre France ! Je laisse ce blanc pour demain matin il va être 7 h, & à 8 h je voudrais être à la mairie.

Matin. notre réunion a été calme, généralement l'on n'est pas content de ma retraite de Mairie. M. Berger & autres ont fait des démarches, je tiens bon, chacun son tour. Embrasse bien fort enfants[17] & tout ce qui t'entoure

ton dévoué

Charles Mertzdorff


Notes

  1. En-tête imprimé.
  2. Louis Daniel Constant Duméril (bon-papa), à Morschwiller.
  3. Auguste Duméril, qui a quitté Morschwiller pour Chaumont.
  4. Félix Soleil, gendre d’Auguste Duméril.
  5. Léon Duméril.
  6. Wilhelmine Grunelius, épouse d’Albert Tachard.
  7. Marie Koechlin, veuve de Pierre Tachard.
  8. Maurice, Marie, André Pierre, Adèle et Pierre Albert Tachard.
  9. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  10. Marguerite Rigau, épouse de Charles Kestner et ses filles : possiblement Mathilde, veuve de Jean Baptiste Charras et Céline épouse d’Auguste Scheurer.
  11. Camille Risler veuf d’Eugénie Kestner.
  12. Edgar Zaepffel et son épouse Emilie Mertzdorff ; il est question de la maison de feue Marie Anne Heuchel, épouse de Pierre Mertzdorff.
  13. Jeanne Target et son époux Jules Desnoyers.
  14. Georges Heuchel.
  15. M. Salles.
  16. Julien Desnoyers.
  17. Marie et Emilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 8 et mardi 9 août 1870. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_8_et_mardi_9_ao%C3%BBt_1870&oldid=40621 (accédée le 14 août 2022).

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