Lundi 6 décembre 1875

De Une correspondance familiale



Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1875-12-06 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-12-06 pages 2-3.jpg


Marie

Lundi soir 6 Xbre 75.

Ma grosse chérie je ne m’attendais pas à trouver hier Dimanche soir, en rentrant de mon dîner Berger, une si bonne et longue lettre de toi. Je sais très bien que tant que les examens durent, tu as pas de temps à toi, & certes mon intention n’était pas en écrivant à ta Mumele[1] chérie de te faire un reproche de ne pas m’avoir écrit ;
[Tant] que ton travail t’intéresse & t’amuse je ne crains plus la fatigue pour toi.
Etre assuré que vos santés à tous sont bonnes, mon cœur est satisfait.

Si j’avais pu savoir que vous passiez votre soirée du Vendredi à l’opéra je me serais certainement réjoui avec vous & en même temps que vous, car généralement depuis que je suis seul je me couche assez tard & tout ce temps j’aurais vu par vos yeux.
Je ne connais pas Haydée[2], mais peu importe, je vous savais là & cela me suffit grandement pour être au moins aussi heureux que vous.

Tante Zaepffel[3] m’a écrit il y a 2 jours pour vous annoncer le futur mariage de sa nièce Marie Zaepffel avec un ingénieur civil[4], sous-directeur d’une verrerie à ... Jeune homme de 28 ans que l’on dit fort bien, ayant de l’avenir & la tante paraît très contente de cette décision, de sorte que pour l’année prochaine il y aura 2 mariages dans la famille M. Henry & sa sœur Marie.
Ma sœur en me l’annonçant me prie de vous en faire part, mais comme la nouvelle n’est pas encore publique elle vous prie de ne pas en écrire à vos amies d’Alsace.

J’ai donc dîné hier Dimanche chez Mme Berger[5] & avais pour voisine Marie Berger qui est fort gentille & sait très bien causer. elle m’a beaucoup parlé de vous, savoir ce que tu fais en ce moment & je lui ai dit que tu continuais à suivre un cours de littérature & d’études générales ?? elle paraissait toute étonnée car elle croyait que tu avais fini avec les leçons.
Ces demoiselles[6], je crois ne prennent plus que des leçons de Musique, elles ont abandonné le dessin faute de bon maître & très probablement aussi parce qu’elles n’ont pas grand goût pour cela ; car autrement l’on trouve toujours moyen de se perfectionner.
Je ne lui ai pas donné raison de laisser ainsi un moyen de distraction charmant & très agréable. Ces Demoiselles s’occupent beaucoup du ménage & des petits[7] qui sont du reste très bien élevés.

Etaient auprès d’elles une Demoiselle Zeller & une autre Demoiselle Berger de Nancy. La 1ère est très jolie & très gaie, la seconde est par contre fort laide, mais très bien élevée, très simple mais fort instruite.

De plus M. & Mme Léonce[8], Zimmermann & Léon[9] & moi. Tu vois que l’on était assez nombreux & aussi le dîner était-il en conséquence. Les petites Demoiselles m’ont demandé à venir voir la fabrique & ce matin j’ai eu le plaisir de les faire passer par le blanchiment & une partie des salles des apprêts.
Malheureusement Midi ont sonné & il a fallu remettre le reste du voyage à travers les ateliers à un autre jour.
Mlle André[10] était de la partie.

Ces dames m’ont dit que les Dames Scheurer[11] sont encore ici, elles n’iront à Paris que vers la fin de ce mois. Il paraît que Jeanne est très gentille & a complètement changé depuis un an. Comment & en quoi c’est ce que je n’ai pas demandé & c’est à vous à le deviner.

Je vous ai dit que Vendredi j’ai vu bonne-maman & bon-papa[12] à Morschwiller. J’ai fait la proposition de la maison de l’Oncle Georges[13] mais bonne-maman préfère le Moulin, il reste donc décidé que l’on ira au Moulin pour 2 années. Le déménagement ne se fera qu’au printemps prochain & entre temps l’on ira à Paris. Voilà donc une chose décidée, je logerai très probablement Léon & Georges[14] dans la maison de ma mère[15] ils seront ainsi ensemble & dîneront avec moi. Ils auront ainsi un peu de liberté & un petit chez eux.

Tante Georges[16] va de mieux en mieux le docteur est satisfait & tout cela se guérit. Nanette[17] & la femme Kohler[18] vont mieux aussi. Je viens de rencontrer ma cuisinière avec un panier de poires toutes mangées par les souris, aussi leur fait-elle une guerre continuelle, avec assez de succès.

Il est tombé pas mal de neige depuis 2 jours & sans qu’il fasse bien froid, mes voyages au moulin ne sont pas agréables. J’attends qu’une partie de cette neige ait disparu pour faire une tournée dans la vallée visiter quelques barrages, car me voici Ingénieur très ignorant & si je ne prends pas en main cette construction au Moulin je vois qu’elle ne se fera pas & c’est au contraire cet hiver que je voudrais le faire.

Je m’étonne que vous n’ayez pas encore reçu la visite de Messieurs Duméril Ingénieur[19] ; nous ne savons rien de ces Messieurs qui n’écrivent pas.

Te voilà bien au fait de tout ce qui se passe ici, il ne me reste que juste la place pour vous embrasser tous.

ton père     Charles Mff

Léon est ici, il mettra cette lettre à la poste, de sorte que vous la recevrez demain matin.


Notes

  1. « Mumele », l’un des surnoms d’Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  2. Haydée, opéra-comique en trois actes, livret de Scribe, musique d’Auber, créé en 1847.
  3. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel et sœur de Charles.
  4. René Verdelet, sous-directeur de la cristallerie de Vallérysthal.
  5. Joséphine André, épouse de Louis Berger.
  6. Marie et Hélène Berger.
  7. Charles (10 ans) et Julie Berger (7 ans).
  8. Léonce Berger et son épouse Julie André.
  9. Léon Duméril.
  10. Marie André.
  11. Céline Kestner, épouse d’Auguste Scheurer, et mère de Jeanne et Suzanne Scheurer-Kestner.
  12. Félicité Duméril et son époux Louis Daniel Constant Duméril.
  13. Georges Heuchel.
  14. Georges Duméril.
  15. Marie Anne Heuchel (†), veuve de Pierre Mertzdorff.
  16. Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel.
  17. Annette, cuisinière chez Charles Mertzdorff.
  18. Possiblement Christine Augustin, veuve Kohler.
  19. Charles Auguste Duméril, et son fils Georges Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 6 décembre 1875. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_6_d%C3%A9cembre_1875&oldid=54038 (accédée le 19 août 2022).

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