Lundi 5 février 1877

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)

original de la lettre 1877-02-05 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-02-05 pages 2-3.jpg


Lundi 5 février 1877.

Ma bien chère Aglaé,

Je commencerai par t’adresser mille remerciements pour toutes les peines que tu as prises au sujet de la parure de mosaïques. Je suis tourmentée de penser que j’ai encore ajouté à ton travail de chaque jour déjà si chargé en te donnant cette commission, mais mon excuse se trouve dans le désir de faire plaisir à une personne qui nous est déjà bien chère[1] et puis parce que j’agis avec toi comme avec une fille chérie. Après avoir lu ta bonne lettre voici ce que je décide pour la susdite parure : de ne plus penser aux vieilles boucles d’oreilles puisque le raccommodage en serait cher et peu solide, de renoncer également au bracelet, je me bornerai à une broche et aux boucles d’oreilles avec les plaques de mosaïque que nous avons, mais si ces plaques sont considérées comme trop lourdes, pouvant fatiguer les oreilles, j’y renoncerais et me contenterais de la seule broche, il me semble que ce serait alors le parti le plus convenable à prendre. Plus tard les plaques pourraient être employées pour quelque objet que la mode indiquerait. Je ne saurais te dire, ma bonne Aglaé, à quel point les lettres de nos chéries[2] sont charmantes et intéressantes à lire, c’est un vrai journal qui nous permet de les suivre dans tout ce qu’elles font, nous sommes informés des moindres détails concernant la soirée de Madame Ravaisson[3]. La conclusion de cette soirée, tout en laissant un agréable souvenir de l’affabilité des maîtres de la maison, est qu’il n’est rien de tel que de se retrouver chez soi au milieu de visages amis, cependant il est bon et même utile de voir la société et de savoir se conformer à ses exigences. Le ton et les manières des personnes distinguées laissent une impression favorable à la jeunesse. Quel doux contentement pour nous, ma bien chère Aglaé, de penser que nous te verrons ici avec nos chéries dans cette petite maison du Moulin qui est telle que nous pouvions le souhaiter. Marie Stackler l’a vue avec sa mère[4] et l’a trouvée fort bien ; plus nous voyons Marie Stackler et plus nous nous y attachons, elle possède les qualités si précieuses de la bonté et de l’intelligence, a tant de naturel et une aimable gaîté, sa tournure est charmante, mais elle a la voix un peu forte, sa mère te plaira beaucoup aussi, j’en suis sûre ; le jour du départ pour Paris n’est pas encore fixé à cause de la santé de Madame Stackler qui demande des ménagements dans ce moment. Tu comprends, le bonheur de Léon[5] de pouvoir accompagner sa chère fiancée et de la présenter chez toi. J’ai reçu la semaine dernière une bonne et aimable lettre de Madame Gastambide[6] qui m’a envoyé sa photographie et m’a annoncé le mariage de son fils Jules[7] avec la fille d’un pasteur de Paris[8] qui a fait l’instruction religieuse d’Adrienne[9]. Elle me dit que sa future belle-fille est une jeune personne aimable, intelligente et douée de sérieuses qualités qui, autant que sa bonne grâce ont captivé Jules. La célébration du mariage ne pourra avoir lieu qu’après Pâques. Ma cousine termine en disant : nous avons l’une et l’autre la satisfaction de voir nos fils s’établir avec toutes les espérances de bonheur qu’on peut souhaiter.

J’espère ne pas tarder à recevoir des nouvelles de Flers[10], il y a quelques temps qu’on ne nous a écrit, la dernière lettre datée du commencement de Janvier donnait de bons détails sur la santé de chacun. Je suis heureuse de savoir ta bonne mère[11] en état de santé satisfaisant, embrasse-la bien pour moi, je te prie, ainsi que tes chères sœurs[12], nos bonnes petites filles, et ce cher M. Alphonse[13] à qui nous pensons souvent.
Adieu bien chère Aglaé, mon mari[14] et moi t’envoyons mille choses affectueuses

Félicité Duméril

Je remercie mille fois mes chères petites-filles des bonnes lettres qu’elles m’ont écrites, mais je ne veux pas prendre sur leur temps me contentant de lettres à leur bon père[15].


Notes

  1. Marie Stackler, fiancée de son fils Léon Duméril.
  2. Marie et Emilie Mertzdorff (« nos bonnes petites filles »).
  3. Marie Françoise Aglaé Louyer de Villermay, épouse de Félix Ravaisson.
  4. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  5. Léon Duméril.
  6. Emilie Delaroche, épouse de Adrien Joseph Gastambide.
  7. Jules Gastambide.
  8. Élisabeth Dhombres, fille d'Ernest Dhombres.
  9. Adrienne Gastambide.
  10. Flers où vit la famille Soleil.
  11. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  12. Ses belles-sœurs Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas et Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  13. Alphonse Milne-Edwards.
  14. Louis Daniel Constant Duméril.
  15. Charles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 5 février 1877. Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_5_f%C3%A9vrier_1877&oldid=40569 (accédée le 17 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.