Lundi 25 février 1878 (B)

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1878-02-25B pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-02-25B pages 2-3.jpg


Lundi 25 février 78.

Ma chère Marie

Ta lettre est venu me dire hier au soir que vous allez bien, vous disposant de vous amuser le soir même chez M. Bureau[1]. Comme j’étais informé que samedi soir vous deviez danser toutes les deux[2] j’étais bien avec vous toute la soirée. Il était minuit & je vous suivais encore.

Hier matin j’ai préparé des livres pour la reliure & j’ai si bien fait qu’il était midi & je n’avais pas terminé de ranger les livraisons les unes à la suite des autres. Aussi n’avez-vous pas de lettre de moi par ce seul motif. l’après dîner j’ai reçu la visite de M. Stoecklin qui est venu au mariage d’un de ses neveux & j’ai passé la soirée avec lui chez Oncle Georges[3] & la journée du Dimanche se trouvait mangée sans que j’en aie profité comme je comptais le faire.
Je n’ai pas à vous raconter de fêtes comme vous avez occasion de le faire, ce qui me fait plaisir, car il est bon que la jeunesse s’amuse aussi lorsqu’elle travaille, la vie est bien calme à Vieux-Thann.

Marie[4] ne va pas mal & son bébé[5] qui pesait 5 200 grammes ayant 48 centimètres de long prospère & fait son possible d’ajouter quelques grammes chaque jour à sa petite personne. Les dîners sont fréquents & qui plus est elle est moins criarde.
Jeudi elle a été baptisée, pour cela M. & Mme Miquey[6] sont venus de Mulhouse, bonne-Maman[7] a mis son beau chapeau, c’est tout ce que j’ai vu de la cérémonie. la voiture a conduit ce monde à l’église & comme au village l’on ne savait qu’il y aurait baptême, il paraît que les enfants n’étaient pas trop nombreux. la salle à manger touche la chambre de Marie l’on n’a pas voulu donner de dîner pour ne pas fatiguer la petite Maman & tout s’est passé le plus tranquillement possible.

Mon intention est de quitter Samedi soir pour être chez vous Dimanche matin. Il ne fait pas froid & je préfère voyager la nuit c’est un peu de temps de gagné & cependant que de journées perdues dans la vie. Jour où l’on ne fait absolument rien.

En ce moment l’on ne travaille pas mal à la fabrique, mais pour la faciliter il y a toujours à perfectionner & c’est long à trouver ce qu’il [faut] c’est toujours à quoi je m’occupe, occupation que j’aime & que j’aime d’avantage si je savais encore dessiner mais ce dernier travail me fatigue par trop, non seulement je n’ai plus les yeux, mais ne sais plus me courber sur la planche sans de grandes fatigues & je m’en abstiens.

Les dames Berger sont de retour leur séjour à Neufchâtel. mais je n’ai pas encore eu occasion de voir [ces dames].
Au moulin l’on va bien, bonne-Maman est à peu près débarrassée de son rhume tout en ne le soignant pas. bon-papa[8] continue ses promenades journalières il s’en trouve bien ; Mais aussi [  ] beau temps pour la saison.

Voici le Jardin des sœurs tout à fait en état & fini, cela était assez long ; mais il est charmant, aussi ont-elles du plaisir.
En ce moment quelques ouvriers sont à préparer le grand potager vis-à-vis de l’Eglise qui sera très grand, mais impossible de le planter cette année.

L’idée que fin de la semaine je vais pouvoir être auprès de vous, vous voir, vous coucher, vous embrasser me fait du bien & la semaine quoique très occupée, se passera longuement mais je préfère ainsi arriver juste pour l’examen[9] & comme nous sommes tous dans la certitude que notre petite chérie réussira, je serai au moins plus de temps avec elle lorsqu’elle n’aura plus ses préoccupations intolérables. Je ne sais pas du tout combien de temps je resterai avec vous, mais je prolongerai autant que possible, car vous me manquez bien, je t’assure & tous les jours je me trouve un peu plus seul, malgré le voisinage. Embrasse bien tante oncle[10] & petite sœurette
tout à toi
ton père [ ]
ChsMff


Notes

  1. Édouard Bureau.
  2. Marie et sa sœur Emilie Mertzdorff (« petite chérie », « petite sœurette »).
  3. Georges Heuchel.
  4. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  5. Hélène Duméril.
  6. Étienne Miquey et son épouse Joséphine Fillat.
  7. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  8. Louis Daniel Constant Duméril.
  9. Emilie Mertzdorff va passer le brevet de capacité à l’enseignement primaire.
  10. Aglaé Desnoyers et son époux Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 25 février 1878 (B). Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_25_f%C3%A9vrier_1878_(B)&oldid=40434 (accédée le 17 août 2022).

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