Jeudi 7 août 1879

De Une correspondance familiale

Lettre d’Emilie Mertzdorff (Launay près de Nogent-le-Rotrou) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann), avec un ajout de Marie Mertzdorff

original de la lettre 1879-08-07 pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-08-07 pages 2-3.jpg


Launay 7 Août 1879

Mon père chéri,

Nous voilà bien bien loin de toi, encore plus loin que lorsque nous étions à Paris, heureusement que la pensée est aussi infatigable que rapide et quelques lieues de plus ne l’effraient pas de sorte qu’elle voyage sans cesse de Nogent à Vieux-Thann et elle se trouve aussi souvent à ce dernier endroit qu’au premier. Nous sommes arrivés hier à 2 heures à Nogent après être partis de Paris à 11 heures. Nous étions en nombre respectable, bonne-maman[1], tante[2] et les 4 enfants[3], Jean et Amélie[4] sont venus aussi par le même train ; le trajet n’a pas été désagréable, beaucoup de poussière mais pas trop de chaleur et surtout ni ennui, ni tristesse ; il était un certain petit coin du wagon où l’on riait et parlait beaucoup. À peine arrivé à la maison Jean est parti pour pêcher avant même de monter à sa chambre ; mais les jeunes demoiselles plus raisonnables ont défait tous leurs paquets et ont ensuite aidé tante à ranger les affaires de bonne-maman. Comme il s’est mis à pleuvoir nous n’avons pu aller au jardin et on a passé la soirée dans la bibliothèque.

Nous nous sommes tous couchés avant 9 heures. Voici comment nous sommes installés : bonne-maman a la grande chambre rouge où nous couchions autrefois et qu’elle habite toujours ; tante a la chambre de Mme Boulez[5], Marthe et moi celle à côté, Marie la dernière au bout du corridor et Jean celle qui est en face. Seulement comme tante ne veut pas laisser bonne-maman coucher seule elle a partagé sa chambre cette nuit mais oncle[6] arrive ce soir et jusqu’à l’arrivée de bon-papa[7] c’est à dire aujourd’hui et demain c’est moi qui coucherai auprès d’elle. Ce matin Marthe et moi nous nous sommes levées à 5h1/2 et Marie à 6 heures : nous avons fait nos lits puis nous avons tous déjeuné et sommes partis nous promener avec tante sur la butte. Il faisait délicieux mais tout était humide en sorte qu’on ne pouvait sortir des chemins frayés. Nous avons déjà rapporté un bouquet tout rose et blanc qui est fort joli. Bonne-maman ne s’est levée qu’à 9h1/2 lorsque nous sommes rentrées.
Jean a pêché avec tant de persévérance depuis 6h du matin jusqu’à présent qu’il a déjà pris 6 poissons : juge de sa joie et du bon déjeuner que nous ferons demain Vendredi ; malheureusement, ce ne sont que des carpillons et j’ai bien peur qu’il n y ait plus d’arêtes que d’autres choses.
Oncle arrivera ce soir à 8 heures ce qui va mettre le comble à la joie générale. Il a passé toute sa journée d’hier à sa ferme ce qui n’est jamais un bien grand plaisir pour lui, ni peut-être pour le fermier.

Mardi nous avons été chez le dentiste[8] qui a arrangé la dent de Marie puis faire différentes courses, chapeaux, manteaux & et enfin nous sommes allées voir Paulette[9]. Elle est arrivée à Paris Lundi soir et en est repartie ce matin, aussi ne fallait-il pas perdre de temps pour la saisir à son passage. Pendant que nous étions avec elle, sa mère[10] et Mathilde[11] sont rentrées de la distribution des prix, suivies des deux jeunes lauréats et chargées elles-mêmes de livres et de couronnes, toute la table en était couverte. Edmond, Louis et Marcel[12] ont eu ensemble 33 prix, c’est assez joli.

Adieu mon papa chéri, quel malheur de ne pas pouvoir t’embrasser pour de bon et t’avoir ici avec nous, ce serait [très] amusant ! enfin maintenant nous ne tarderons plus beaucoup à nous revoir, c’est ce qui console.
Je t’embrasse de tout mon cœur comme je t’aime, mon père chéri.
Ta fille Emilie

Ayant entre les main la lettre d’Émilie, mon Papa chéri, je ne résiste pas à y fourrer un petit baiser de contrebande, je suis sûre que malgré les voies détournées qu’il prend il arrivera à destination.


Notes

  1. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  2. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  3. Marie Mertzdorff, sa sœur Emilie, Marthe Pavet de Courteille et Jean Dumas.
  4. Amélie, employée par les Desnoyers ? les Dumas ?
  5. Louise Elisabeth Morizot (†), veuve de Léonard Boulez.
  6. Alphonse Milne-Edwards.
  7. Jules Desnoyers.
  8. Simon Goldenstein.
  9. Paule Arnould.
  10. Paule Baltard, épouse d’Edmond Arnould.
  11. Mathilde Arnould.
  12. Edmond (fils), Louis et Marcel Arnould.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 7 août 1879. Lettre d’Emilie Mertzdorff (Launay près de Nogent-le-Rotrou) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann), avec un ajout de Marie Mertzdorff », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_7_ao%C3%BBt_1879&oldid=40145 (accédée le 8 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.