Jeudi 25 juillet 1878

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1878-07-25 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-07-25 pages 2-3.jpg


Jeudi soir 25 Juillet 78

Ma chère Marie

Il est bien vrai que j’ai encore beaucoup à voir à Paris, car j’ai encore si peu vu l’exposition qui cependant est si intéressante, surtout pour nous ;
Mais 3 ou 4 jours ne me suffisent pas & serai plus exigeant lorsque je m’y mettrai, elle n’est pas prête à se fermer & j’ai le temps, tandis que j’ai toujours pas mal à faire à Vieux-Thann, car j’aime que ce que l’on fait soit à mon idée & généralement cela n’arrive pas lorsque je ne suis pas ici. Le nouveau pont ne me donnera plus de soucis, pour peu que l’on continue comme commencé. il sera suffisamment solide & peut être terminé en temps. Mais il y aurait encore tant à faire à la fabrique même & surtout au Moulin où nous voulons établir une nouvelle roue d’Eau & pour cela [échanger] partie du Canal. ce seront encore des travaux longs & pas mal difficiles.

Léon[1] est rentré hier d’Albisbrunn, il me dit que Marie[2] va bien, qu’elle est à peu près toute la journée à l’air, qu’elle suit régulièrement son traitement qui consiste en une douche d’Eau froide le matin à 7 h, l’appétit est bon, cependant elle n’a pas encore les [joues] & la mine que l’on voudrait lui voir. Elle s’y plait maintenant il y a suffisamment de monde pour qu’elle n’ait plus le temps long comme au commencement. Quant à la grand-Mère Stackler[3] elle a Hélène[4] & cela lui suffit grandement. Si seulement la petite maman progressait comme la nourrice !

Bonne-Maman[5] est venue m’apporter un petit paquet pour toi & Léon de la part de sa femme deux petits souvenirs de la Suisse. Tous objets que je vous porterai. L’on va bien au Moulin. Georges[6] vient de quitter pour aller chercher sa femme qui est à Sélestat depuis Dimanche ; ils reviennent ensemble demain pour aller habiter le Moulin en attendant leur logement prêt ; ce qui ne tardera plus tant. J’espère que pour l’automne ils pourront l’occuper.

Je ne pense pas que l’époque du mariage de M. Paul Duméril[7] soit fixée au moins personne ne m’en parle & j’espère que vous pourrez rester jusque mi-Septembre à la Mer, n’importe où vous irez. Mais il ne faut pas que cela soit au préjudice de votre séjour à Vieux-Thann.
M. Jaeglé[8] doit s’absenter demain & après ne rentrera que Dimanche soir, Léon fera sans doute encore samedi son expédition d’Albisbrunn. Je ne puis me décider à quitter Dimanche matin comme j’en avais le projet. Ce ne sera que Lundi prochain si rien d’autre ne vient encore à se mettre au travers ; de sorte que je vous embrasserais un peu avant votre dîner de Lundi.
Tu sais bien que je n’ai aucune préférence pour l’endroit que vous choisirez à la mer. Je me réjouis d’être de nouveau avec vous tous, s’il vous plaît j’y serai certainement heureux. Port-en-Bessin me va tout aussi bien que la Bretagne ou n’importe quel autre endroit.

Nous avons eu hier un accident de fabrique, qui pouvait être bien grave, Mais j’espère que nous en sommes quittes pour la peur. Toujours parce que l’ouvrier ne suit pas les recommandations qu’on lui a faites & que j’ai moi-même répétées deux fois. Ce sont toujours de terribles émotions qui me font du mal.

Lundi dernier nous avions le beau spectacle d’un bel orage. La foudre me dit-on est tombée dans un champ non loin de mon chantier de houille ; mais toujours bien peu de pluie, nous sommes pauvres en Eau. La chaleur était excessive mais ce soir il fait délicieux ; malheureusement les jours baissent bien & nous allons vers l’hiver qui n’est jamais une saison agréable à Vieux-Thann surtout pour les vieux, qui ont toujours à s’inquiéter plus ou moins de leurs rhumatismes.

Je ne sais si je vous écrirai encore avant d’avoir le plaisir de vous embrasser, ce sera espérons dans 4 jours.

Je crois que tante Zaepffel[9] est à Colmar, mais n’en ai pas de nouvelles. N’oublie pas d’embrasser tante[10] & Émilie[11] pour moi ton père qui t’aime  ChsMff


Notes

  1. Léon Duméril.
  2. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril ; elle fait une saison à Albisbrunn, station thermale près de Zurich.
  3. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  4. Hélène Duméril.
  5. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  6. Georges Duméril, époux de Maria Lomüller.
  7. Paul Duméril épouse Marie Mesnard le 9 septembre 1878.
  8. Frédéric Eugène Jaeglé.
  9. Émilie Mertzdorff, sœur de Charles, épouse d’Edgar Zaepffel.
  10. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  11. Émilie Mertzdorff, fille de Charles.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 25 juillet 1878. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_25_juillet_1878&oldid=56941 (accédée le 16 août 2022).

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