Jeudi 17 décembre 1914

De Une correspondance familiale

Lettre de Damas Froissart (Vierzon) à son fils Louis Froissart (Terrasson Lavilledieu en Dordogne)

original de la lettre 1914-12-17 pages 1-4.jpg original de la lettre 1914-12-17 pages 2-3.jpg


Buffet de Vierzon le 17 Xbre 14

Mon cher Louis,

Tu as reçu sans doute ma dépêche et mon mandat télégraphique de 200F de Limoges : j’ai dû renoncer à aller te revoir dans cette garnison de Terrasson[1] où il me paraît peu probable que tu fasses un long séjour mais comme j’avais le sentiment que tu pouvais n’être pas très pourvu de fonds, pour un monsieur qui a un déménagement compliqué à faire, je t’ai envoyé 200 F par la voie rapide.

A [Baidemon],je n’ai plus trouvé l’ex directeur de l’artillerie (Général Mengin[2]) que je tutoie, mais j’ai trouvé notre ancien chef commun, quand j’étais avec lui dans le service des Forges en 86 et 87, le général Gaudin[3] qui a, pour ainsi dire, la délégation du Ministre[4] pour les innombrables décisions à prendre concernant le matériel. Il m’a mis en rapport avec le Colonel Margot[5] directeur de l’infanterie et ayant dans sa coupe le service du recrutementen général. Cet aimable homme, (que je n’ai pu voir qu’hier Mercredi) m’a très bien reçu mais, tout en étant plein de considération pour le motif (opération d’appendicite récente), il m’a dit qu’il aurait quelque scrupule, (quoique grand chef) à se substituer au Général Commandant la 12e Région à Limoges et quand il nous apprit que c’est le Général Davignon, ancien Commandant du 1er corps au moment de ma libération, qui m’a connu alors tout particulièrement, j’eus le sentiment que les choses s’arrangeraient.

J’ai passé hier 3h avec Michel[6], de 5 à 8h ½, suis venu coucher à Limoges.

A 9h ½  j’étais [ce matin] chez le Général qui m’a paru tout de suite très bien disposé, sans que je sache s’il a été plus sensible à l’idée de te mettre dans le régiment de ta [ ], ou de te [mettre] dans une arme pour laquelle, vu ta récente opération et ton aptitude, préalablement obtenue, à monter à cheval, tu parais plus désigné. Je serais étonné que la solution traîne.

Il est possible que, tant que Michel ne sera pas de retour au 41e, tu t’y trouves plus isolé que dans le voisinage de Fontaine.

Il est possible aussi qu’il se passe quelque temps avant qu’on te fasse faire des classes régulières : Je présume qu’on réunira ensemble, dans l’un des régiments, tous les jeunes soldats de la classe 1915. Peut-être te soudera-t-on aux candidats malheureux à Polytechnique et Centrale. En attendant que tout cela se fasse, sois philosophe, endurcis-toi à la vie des camps, écris-nous souvent et ne crains pas de me soumettre des demandes à faire à qui de droit, notamment au Commandant Levesque qui commande le dépôt du 41e à la Braconne et que je connais. Michel m’a dit que vous aurez des locaux assez habitables et non pas la tente.

Donne-nous ton adresse. Je t’embrasse tendrement, après avoir attendu là quelques heures un express pour Angers et Brissac[7] (où je serai demain) Je pense rentrer samedi à Paris et mardi à Brunehautpré.

Une dépêche de ta mère[8] m’a dit qu’elle a eu la visite des 2 cuirassiers Vandame[9] et Maurice Dupont qui sont au repos dans notre région.

Amitié, D. Froissart

J’oubliais de te dire que j’ai offert mes services à Bordeaux pour remplir un emploi de mon grade entre le Pas-de-Calais et Paris (y compris la banlieue de Paris).

Peut-être l’idée de convaincre, hier à ton sujet, une autre autorité que celles désignées ci-dessus m’a-t-elle poussé à donner au gouvernement cette nouvelle preuve de dévouement au pays.


Notes

  1. Actuellement Terrasson Lavilledieu en Dordogne.
  2. Probablement le général de division Justin Mengin (1855-1932), polytechnicien (X 1874), artilleur.
  3. Sébastien Auguste André Gaudin, né en 1850, polytechnicien (X 70), général de division.
  4. Alexandre Millerand, ministre de la Guerre du 26 août 1914 au 29 octobre 1915.
  5. Henri Margot (1868-1946), colonel d'infanterie (frère de Maurice Margot, polytechnicien X 1883).
  6. Michel Froissart, frère de Louis.
  7. Brissac Quincé (Maine-et-Loire).
  8. Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart.
  9. Maurice Vandame.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 17 décembre 1914. Lettre de Damas Froissart (Vierzon) à son fils Louis Froissart (Terrasson Lavilledieu en Dordogne) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_17_d%C3%A9cembre_1914&oldid=53732 (accédée le 2 juillet 2022).

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