Vendredi 18 décembre 1914

De Une correspondance familiale

Lettre d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Campagne-lès-Hesdin) à son fils Louis Froissart (mobilisé à Terrasson Lavilledieu en Dordogne)

original de la lettre 1914-12-18.jpg


BRUNEHAUTPRE       
CAMPAGNE-LES-HESDIN          
BRIMEUX                
PAS-DE-CALAIS[1]              

18 Xbre

Mon cher enfant,

J'espérais que ton papa[2] pourrait passer par Terrasson[3] et en rapporter les premières impressions du nouveau soldat, mais (et c'est à cause de toi) il a été de Bordeaux à Limoges puis de là à Quincé[4] sans repasser par la Dordogne. Si son voyage reste, comme cela paraît probable, sans résultat pour l'objet qu'il poursuivait, il aura eu du moins ceci d'heureux, tu en seras content, qu'il a été amené au cours de ses démarches à renouveler son offre de reprendre du service. Il l'a fait d'une manière qui sera beaucoup plus susceptible d'être acceptée. Voici en quels termes il me l'écrit : « J'ai offert mes restes pour un service à Paris ou dans sa banlieue ou pour un service au Nord de Paris jusqu'au Pas-de-Calais. » C'est peut-être encore un peu trop circonscrit...

J'ai hâte de savoir comment s'est achevé ton voyage. Tu as dû brûler Périgueux. C'est ma faute, si j'étais restée à Paris, tu aurais pu partir Dimanche soir. As-tu pensé à donner à ton père les doigts de gants préparés pour Michel[5] ? je n'ose y compter et je n'ai pu encore lui en envoyer d'autres faute de cordon noir, impossible d'en trouver à Campagne. Enfin j'irai demain à Montreuil.

Je n'ai pas encore osé t'envoyer ton cache-nez, j'attends quelques jours pour être fixée sur ton sort.

A peine étais-tu parti que j'ai eu des regrets de ne pas t'avoir dit tant de choses qui me gonflaient le cœur, mais pour rester brave il vaut mieux ne rien se dire d'attendrissant et le chandail a eu cela de bon qu'il était très absorbant jusqu'au dernier moment ! Mais tu as deviné ce que je ne t'ai pas dit, je n'en doute pas et tu n'as pas pensé que ton départ me laissait tout à fait indifférente.

J'ai eu le plaisir de voir Mardi Maurice[6], Madame et Monsieur Dupont, le général et le 4e cuirassier étant au repos près d'Hesdin. Vraiment le métier leur réussit, ils sont gras et frais ; il est vrai qu'ils ne font rien depuis 2 mois environ. C'est la pauvre Infanterie qui marche toujours ! et c'est bien pour cela que l'on n'en a jamais assez.

Il y a des Dragons du 21e à [  ] où je me suis arrêtée en passant.

J'ai eu hier une bonne lettre de Pierre[7] du 8. Sa maison est si complètement démolie qu'ils ont dû l'évacuer et s'établir dans une carrière. J'aime mieux cela.

Je t'embrasse très tendrement, mon cher soldat et je pense beaucoup à toi ; oui, beaucoup.

Emy


Notes

  1. En-tête imprimé.
  2. Damas Froissart.
  3. Actuellement Terrasson Lavilledieu en Dordogne.
  4. Actuellement Brissac-Quincé (Maine-et-Loire).
  5. Michel Froissart, frère de Louis.
  6. Probablement Maurice Vandame.
  7. Pierre Froissart, frère de Louis.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 18 décembre 1914. Lettre d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Campagne-lès-Hesdin) à son fils Louis Froissart (mobilisé à Terrasson Lavilledieu en Dordogne) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_18_d%C3%A9cembre_1914&oldid=55451 (accédée le 7 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.