Jeudi 17 avril 1879

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1879-04-17 pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-04-17 pages 2-3.jpg


[Paris, 17 Avril 79]

Que c’est mal à moi, mon Père chéri, de n’être pas venue dès hier te remercier de ta gentille lettre de Mardi[1] et de tous tes bons souhaits de fête qui m’ont fait tant de plaisir, je savais bien que tu pensais à moi et je te l’ai bien rendu va ; du reste tu as été le 1er à me souhaiter mes vingt ans ce n’est qu’après le déjeuner que les fleurs et les gentils petits souvenirs de tante[2] et d’Emilie[3] sont arrivés. J’ai été comme toujours infiniment gâtée.

Quoique nous ayons manqué hier à notre journal régulier, la somme des événements à t’annoncer n’est pas plus considérable pour cela ce matin ; Mardi dans l’après-midi nous avons eu une grande partie de la famille, Mmes Lafisse[4], Clavery[5], Allain[6] et Bonnard[7] avec ses enfants[8].
Cousine Elise est sans nouvelles de ses enfants sa mère[9] mais elle pense que c’est bon signe ; elle compte partir au commencement de Mai pour le Grand-lemps où elle laissera sa fille au couvent pendant 6 semaines. Je n’ai pas été voir Jeanne[10] ce jour-là parce que mon pied n’était guère d’humeur voyageuse, le nitrate d’argent a été très énergique et j’espère bien qu’il m’a enlevé mon cor à tout jamais mais il m’a amené un petit abcès qu’on n’a percé qu’hier de sorte que toute la semaine je me suis promené avec une pantoufle au pied gauche ce qui était assez bizarre. Aujourd’hui cela va bien et je pense que demain j’abandonnerai cet attelage bigarré pour reprendre mes 2 bottes. Emilie prétend que j’ai l’air d’une charrue traînée par un bœuf et un cheval. Mais je t’en supplie, mon Père chéri, ne me plains pas, je n’ai nullement souffert (et tu sais que je sens facilement ce qui fait mal) et je ne te parle de ce bobo insignifiant que pour t’avertir afin que tu n’abuses pas sur toi-même du remède.

Hier nous avons été avec Mlle Magdelaine au musée de Cluny et à Saint-Germain-des-Prés puis au Louvre mais ce n’était plus une course archéologique c’est au Louvre moderne[11], le plus connu des dames que nous avons été acheter des rideaux pour la chambre de Marthe[12] ; Mlle M. nous avait naturellement abandonnées. Le soir la famille a dîné ici tous les enfants Pavet y étaient ils ont été fort sages. Marthe qui cédait pour les 3 jours de vacances son lit à sa sœur[13] a couché avec nous.

Je crois que le beau temps revient ce matin il fait un soleil splendide et le thermomètre marquait à 8h 9°.

Jeanne Brongniart continue tout doucement à mieux aller ; elle ne se lève pas encore et est très faible mais elle mange un peu et reprend peu à peu sa gaieté ; j’ai peur qu’elle ne soit bien longue à se remettre.

Adieu, mon Papa chéri, je t’embrasse de toutes mes forces de 20 ans.
Ta fille qui t’aime de tout son cœur.
Marie

Les demoiselles Berger[14] doivent être ravies de venir à Paris ; tu vois que j’avais raison en t’annonçant leur voyage. Viendront-elles chez M. Flandrin[15] avec leur cousine[16] ? Cela me semble bien drôle que Jeanne Scheurer[17] ait un enfant[18] ; pauvre petite, comment sera-t-elle élevée ?


Notes

  1. Lettre du lundi 14 avril ?
  2. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  3. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  4. Constance Prévost, épouse de Claude Louis Lafisse.
  5. Amica Le Roy de Lisa, veuve d’Amédée Clavery.
  6. Alice Lebreton, épouse d’Émile Allain.
  7. Elisabeth (Elise) Mertzdorff, épouse d’Eugène Bonnard.
  8. Charles, Pierre et Andrée Bonnard.
  9. Caroline Gasser épouse de Frédéric Mertzdorff.
  10. Jeanne Brongniart.
  11. Les Grands Magasins du Louvre, grand magasin parisien fondé en 1855.
  12. Marthe Pavet de Courteille.
  13. Jeanne Pavet de Courteille.
  14. Marie et Hélène Berger.
  15. L’atelier du peintre Paul Flandrin.
  16. MlleBerger, fille de Léonce Berger et Julie André.
  17. Jeanne Scheurer-Kestner, épouse de Marcellin Pellet.
  18. Marcelle Pellet.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 17 avril 1879. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_17_avril_1879&oldid=42462 (accédée le 14 août 2022).

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