Jeudi 14 décembre 1876

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1876-12-14 pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-12-14 pages 2-3.jpg


Paris le 14 10bre 76.

Quel malheur que le rêve que je viens de faire, mon petit Père chéri, ne se soit pas réalisé à mon réveil : tu arrivais nous[1] surprendre mais de peur de nous éveiller tu restais dans la chambre à côté alors nous t’entendions et bien vite nous allions t’embrasser ; nous étions si contentes ! Juge de mon désappointement en ne voyant pas de papa ce matin et même en ne pouvant pas me dire pour me consoler : il arrivera tel jour. Nous avons reçu Dimanche ta bonne lettre qui je t’assure nous a fait bien plaisir, merci mille fois pour les détails que tu nous donnes ; tu ne te doutes pas combien tout cela nous intéresse ; c’est pour nous un vrai bonheur que d’entendre parler de tout ce qui se fait là-bas. Mardi nous avons été toute la journée avec vous ; le 1er mot que m’ait dit Emilie en ouvrant les yeux ça été : Ah ! c’est aujourd’hui le grand dîner ! moi qui étais un peu plus endormie qu’elle je lui réponds : quel dîner donc. Comment tu ne sais plus ? et bien vite la lumière s’est faite dans mon esprit. A 10h : tiens, on arrive. à 12h on se met à table, à 2h où crois-tu tante[2], que l’on soit maintenant ; on doit avoir fini et on se promène dans la maison, et ainsi de suite toute la journée. J’aurais bien donné quelque chose pour me trouver derrière l’un des buffets de la salle à manger et voir de la sorte tout ton monde. Y a-t-il eu des anicroches ? Bonne-maman[3] a-t-elle été satisfaite ?
J’espère que ta prochaine lettre nous racontera tout ce qui s’est fait et nous dira si Mlle Stackler[4] a paru satisfaite de sa visite.

Emilie t’a sans doute raconté dans sa dernière lettre la manière dont s’est passé notre après-midi de Dimanche ; nous avons été ravies, depuis nous n’avons rien fait de bien intéressant ; Lundi nous ne sommes sorties que pour aller avec Mme Pavet[5] au cours d’anglais[6] car je ne sais si je t’ai dit que nous le suivions décidément et que cela nous amuse beaucoup. Le M soir après le dîner nous avons été avec oncle et tante[7] faire visite aux Lafisse[8] il y avait quelques personnes (Allain[9]). Mardi Hortense[10] est venue passer l’après-midi avec nous, elle a couché ici et ne nous a quittés qu’hier nous avons été la reconduire chez Mme Aimé Buffet[11] où nous avions un rendez-vous avec sa tante ; nous avons vu Jeanne Buffet qui est toujours très gentille elle suit cette année les cours de M. Flandrin[12] ce qui paraît lui plaire beaucoup. De là j’ai été avec tante chez Mme Boussingault[13] qui par bonheur était sortie pendant qu’Emilie rentrait avec bonne-maman Desnoyers[14].

Nous allons dans un instant partir au cours et je suis désespérée car mon devoir d’histoire n’est pas fini, je suis toujours en retard et n’arrive jamais à faire tout ce que je voudrais aussi je te demanderai de vouloir bien demander pardon de ma part à bonne-maman[15] ; c’est indigne de ne pas lui avoir écrit encore, et la lettre de Mme Trézel[16] que j’ai toujours dans mon buvard ! j’espère qu’elle n’était pas pressée.
Nous n’avons pas encore repris nos leçons d’allemand je suis sûre que Mme Lima[17] nous croit fâchées.
Tante vient d’écrire à Mlle Bosvy[18] en lui envoyant M. Guizot et je suis sûre qu’elle sera ravie car elle ne l’a jamais lu.

Au revoir, mon petit Père chéri, tu sais, c’est au revoir seulement que je te dis car il faut absolument que tu arrives bientôt ; sais-tu que Noël va être de Lundi en huit ? Il me semble qu’il y a un an que je ne t’ai vu.

Je t’embrasse de toutes mes forces comme je t’aime,
Ta fille
Marie


Notes

  1. Marie et sa sœur Emilie Mertzdorff.
  2. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  3. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  4. Marie Stackler, fiancée à Léon Duméril.
  5. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  6. Professeur d’anglais : Céline Silvestre de Sacy, épouse de Frédéric Foussé.
  7. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers.
  8. Claude Louis Lafisse et son épouse Constance Prévost.
  9. Emile Allain et son épouse Alice Lebreton.
  10. Hortense Duval.
  11. Marie Anne Philippine Fliche, épouse de Louis Aimé Buffet.
  12. Paul Flandrin.
  13. Adèle Lebel, épouse de Jean Baptiste Boussingault.
  14. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  15. Félicité Duméril.
  16. Probablement Auguste Maxence Lemire, veuve de Camille Alphonse Trézel.
  17. Mme Lima, professeur d’allemand.
  18. Marguerite Geneviève Bosvy, professeur à qui on offre un livre de François Guizot.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 14 décembre 1876. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_14_d%C3%A9cembre_1876&oldid=39832 (accédée le 7 août 2022).

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