Samedi 16 décembre 1876

De Une correspondance familiale


Lettre de Félicité, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards) (Paris)


original de la lettre 1876-12-16 pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-12-16 pages 2-3.jpg


Vieux-Thann 16 Xbre 1876.

Chère et bonne Aglaé,

Plus nous voyons Marie Stackler et plus nous la trouvons charmante de simplicité, d’intelligence et de douceur ; hier nous avons été faire visite à Madame Stackler[1] nous avons passé chez elle une heure ½ et ne l’avons quittée que pour prendre le chemin de fer où la mère et la fille ont voulu absolument nous conduire malgré la pluie. Le temps passé chez Madame Stackler nous a paru bien court, à notre arrivée nous avons trouvé Madame Steinbach[2] une de ses amies dont elle m’avait déjà parlé avec le désir de me faire faire sa connaissance. Cette dame m’a dit les choses les plus gracieuses tout en ayant le cœur gros de voir Marie quitter Mulhouse.

Comme c’était convenu, toutes les personnes invitées sont venus Mardi dîner chez Charles[3]. Tout le monde a été fort aimable et paraissait content. Les plats étaient bons et bien dressés par le cuisinier, voici le menu : Turbot à la sauce blanche, ris de veau sur de la chicorée, poulets au blanc, filet de chevreuil, salade, petits pois, pâté de foie gras, charlotte russe ; mais le service pour lequel j’avais fait cependant bien des recommandations n’a pas marché comme je l’aurais désiré. Thérèse[4] tout en ayant parfaitement travaillé, était troublée et agitée et les choses ne se sont pas faites avec cet ordre que j’aime tant à trouver dans un dîner. Rosalie[5] a bien fait ce qu’elle a pu mais elle était subordonnée à Thérèse. Tu comprends que je me suis bien gardée d’en parler, ceci est entre nous, n’en dis rien à Charles. Avant le dîner on avait fait une longue station dans l’appartement destiné au futur ménage[6] examinant le plan que Georges[7] a fait avec tant d’entrain et de plaisir ; chacun donnait son avis sur les changements à apporter, puis après le dîner on a été dans le jardin et dans la serre et enfin on est allé visiter la fabrique où on est resté un certain temps et en rentrant dans le salon on voyait sur les visages tout le contentement que laissait cette visite. Madame Stackler m’en a encore parlé hier, elle ne se doutait pas que le blanchiment fût si grand. Mardi, Léon était radieux et le soir il voulut reconduire ces dames à Mulhouse.

Charles a la complaisance de se charger d’une boîte renfermant des mosaïques anciennes que je destine à Marie Stackler. Je crois que le collier pourra rester comme il est, mais c’est à toi à en juger : pourrait-on des mosaïques qui ne sont pas montées en faire des boucles d’oreilles et une broche ? je crains que ce soit un peu lourd comme poids pour les oreilles, qu’en penses-tu ? il faudrait que le tout fût renfermé dans un écrin. Mille remerciements d’avance ma bonne Aglaé. Je destine cette parure à une personne qui nous est déjà bien chère. Embrasse bien pour moi tes bonnes sœurs[8], dis-leur que j’ai compté sur toi pour leur donner tous les détails concernant l’heureuse nouvelle du mariage de Léon, et je les prie de m’excuser de ne leur avoir pas écrit personnellement.

Adieu ma bien chère Aglaé je te serre dans mes bras ainsi que nos chères petites filles[9] que Marie Stackler connaît déjà bien d’après tout ce que je lui en ai dit. fais à tes chers parents[10] nos meilleures amitiés, la lettre de ta bonne mère nous est bien précieuse et nous l’en remercions mille fois. Que Monsieur Alphonse[11] reçoive sa bonne part des amitiés que nous envoyons à Paris.

Félicité Duméril

Je suis souvent par la pensée avec la famille Arnould et Mlle Mathilde[12].


Notes

  1. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  2. Caroline Mattern, veuve de Jean Steinbach.
  3. Charles Mertzdorff.
  4. Thérèse Neeff, bonne chez Charles Mertzdorff.
  5. Rosalie, employée par Félicité Duméril.
  6. Léon Duméril et Marie Stackler.
  7. Georges Duméril.
  8. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille et Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  9. Marie et Emilie Mertzdorff.
  10. Jules Desnoyers et son épouse Jeanne Target.
  11. Alphonse Milne-Edwards.
  12. Mathilde Arnould.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 16 décembre 1876. Lettre de Félicité, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards) (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_16_d%C3%A9cembre_1876&oldid=35368 (accédée le 9 août 2022).

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