Jeudi 12 septembre 1844

De Une correspondance familiale

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Le Havre) à sa femme Alphonsine Delaroche (Paris)

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Havre 12 7bre 1844.

Décidément, Ma chère amie, nous Partons ce soir à 9 heures pour Southampton, par le paquebot Le grand turc ; le même que nous devions prendre et qui est déjà de retour, il parait que la traversée est de dix à 12 heures et que quatre à cinq heures après, au moyen du chemin de fer, on est rendu à Londres. je t’ai écrit hier à huit heures passées et Dix minutes avant, mon retour à Paris était tellement décidé, que ma malle était toute préparée pour être fermée, lorsqu’à la fin du dîner j’ai été tellement pressé par M. Mme DelaRoche[1] et M. Gastambide que malgré ma décision bien arrêtée et ma place payée par le courrier, tout a changé. M. DelaRoche m’a demandé d’abord de retarder mon départ d’un jour, en me disant qu’il t’avait annoncé que peut-être je ne partirais pas ; j’ai cédé et il a été convenu que la chose serait définitivement arrêtée d’après l’état d’Emilie[2] et comme la nuit a été bonne, qu’elle-même se sent bien et qu’elle l’avoue, M. DelaRoche part sans inquiétude. il a pris nos places à bord et fait tous les préparatifs, d’échange d’argent, Enfin tout ce qui pouvait faciliter notre départ de la côte ce soir à huit heures.

j’ai arrangé ma malle en conséquence laissant le linge sale qui sera blanchi en mon absence et tout ce qu’il était inutile de trimbaler à Londres. mes effets se sont ainsi fort allégés. je pars seulement avec ma malle.

Comme je t’ai mis au courant de mes faits et gestes depuis mon arrivée ici, je te dirai qu’hier nous sommes allés, après le dîner, passer la soirée chez Madame Pochet[3] où se trouvait toute la famille à l’exception de Madame DelaRoche et de M. Gastambide et de M. Latham[4] et de Henry[5] qui étaient partis le soir pour la chasse.

Mme DelaRoche est, comme je te l’ai mandé je crois, un peu courbaturée. elle est prise d’un léger mal de gorge ; mais nous ne craignons pas pour elle la scarlatine ; car elle la déjà eue, comme l’a déclaré madame DuRoveray[6], et puis elle n’a pas de fièvre. Le fait est qu’elle a éprouvé beaucoup de fatigue auprès de sa fille et se relevant plusieurs fois les nuits. hier j’ai fait avec Mme Latham, M. Gastambide, Cécilia, Robert, Frédéric[7] et M. Pesle[8] une très belle Promenade sur la terrasse d’Orcher[9] que je ne connaissais pas et dont la vue est admirable. partis à 1 h. nous étions de retour à 6.

Ce matin, après le déjeuner, je suis allé à Sanvic reporter un paquet de lettres qui m’avait été adressé par les Dames Geoffroy[10] pour les mettre à la petite poste de Paris. j’y ai trouvé M. Isidore qui était arrivé hier soir avec sa mère qui m’a reçu aussi et il est à peu près convenu que mon confrère reviendra avec moi à Paris. nous croyons être de retour ici jeudi ou vendredi de manière à être au moins le Samedi à Paris. J’aurai devant moi le Dimanche pour préparer un peu la première leçon de mon cours au jardin, qui commencera le lundi 23 à 11 h ½ comme il a été convenu.

je présume que nous logerons à Londres Hôtel de la Sablonnière Leicester Square comme c’était la 1ere intention de M. DelaRoche. c’est là aussi que devait descendre M. Orfila.

Adieu, Ma chère amie, ma première sera datée de Londres.

Ton affectionné C.D.


Notes

  1. Michel Delaroche, frère d’Alphonsine, son épouse Cécile Delessert et leur gendre Adrien Joseph Gastambide.
  2. Emilie Delaroche, épouse d’Adrien Joseph Gastambide.
  3. Mathilde Delaroche, épouse de Louis François Pochet.
  4. Charles Latham, époux de Pauline Elise Delaroche.
  5. Henri Delaroche.
  6. Elisabeth Delessert (épouse de François Etienne Duroveray), sœur de Cécile.
  7. Cécilia, Robert et Frédéric : 3 des 4 enfants Latham.
  8. Le précepteur.
  9. Orcher, au sud d’Harfleur, est connu pour son château dont la terrasse domine la vallée de la Seine et pour ses sources pétrifiantes.
  10. Les deux filles jumelles d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire et Pauline Brière de Mondétour ; leur frère Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril à sa femme, p. 56-59)

Annexe

Madame

Madame Duméril

Au jardin du Roi

7 rue Cuvier

Paris

Pour citer cette page

« Jeudi 12 septembre 1844. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Le Havre) à sa femme Alphonsine Delaroche (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_12_septembre_1844&oldid=39810 (accédée le 17 août 2022).

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