Jeudi 11 mai 1871

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alfred Desnoyers (Nogent-le-Rotrou-Launay) à son beau-frère Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

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Launay 11 Mai 1871[1]

(Nogent-le-Rotrou)

Mon cher Charles

C'est de Launay que je vous écris. Je suis venu constater de visu l'état dans lequel les choses sont restées à la suite de la guerre et de l'envahissement. L'espoir que nous avons de vous voir bientôt et la possibilité d'une course probable à Launay, en famille, m'ont excité à faire ce petit voyage pour m'assurer, en détail, des réparations urgentes que pourrait exiger la maison pour vous recevoir. Voici par ordre le résultat de mon examen.

La toiture paraît en bon état, aucune gouttière n'est signalée à l'intérieur et s'il y a des travaux à faire ce serait <que> des travaux d'entretien <  > de décider sur place. Le gros œuvre et les fermetures extérieures sont sans avaries ; quelques serrures, forcées par les gens que vous savez, ont été remises en état par les soins de maître Michel[2]. Les serrures intérieures seront à réviser lorsque nous y serons.

Comme ensemble les boiseries intérieures sont complètes et 2 journées de menuisier suffiront (pendant votre séjour) pour réparer une porte et quelques lambris – peu nombreux – qui ont été arrachés. Toutes les armoires et leurs tablettes son intactes ( !) (extraordinaire !)

Vous voyez d'après cela qu'à Launay on peut être encore aujourd'hui à l'abri et clos.

J'entre dans la maison :

Les meubles du salon sont complets, sales mais nettoyés et pouvant servir. Les petits objets des étagères existent encore mais... rares, il a dû en disparaître beaucoup ; le piano est encore à sa place.

Il n'y a pas de pendule sur la cheminée mais je crois qu'il n'y en avait déjà pas au mois de Septembre dernier.

Dans le Billard : la pièce principale est restée, fort tachée, il est vrai ; mais j'espère que la mère Michel[3] va nous le remettre à neuf, d'après les indications que je lui ai laissées.

Salle à Manger & Cuisine

Pas de dégâts dans la pièce (sauf un rideau coupé en deux). Le meuble sculpté est intact. Les 2 tableaux de fruits sont en parfait état.

la vaisselle a été un peu ébréchée et quelques pièces ont disparu ; cependant, grâce à la fameuse cachette, dont je vous parlerai tout à l'heure, il reste encore assez de porcelaine pour nous recevoir.

Couverts et Couteaux. Totalement absents : il reste les gaines, mais absolument vides... heureusement que...

Il ne manque que quelques casseroles ; ce qui reste est suffisant

Chambres à coucher. Tous les lits et tous les matelas sont encore là ; j'ai donné ordre à la mère Michel de les nettoyer et d'en faire réparer un qui a été déchiré. Les Prussiens ont emporté juste la moitié des couvertures ; il en reste 3 de coton et 2 de Laine ; il ne manque pas d'oreiller.

Lingerie Il reste 12 paires de draps bons et 12 à 15 pièces assez vieilles

Serviettes et nappes les mauvaises seules ont été enlevées. Il faudrait apporter des torchons.

J'ai retrouvé une robe grise en bon état. Votre redingote a fui ; les confitures l'ont accompagnée.

Quant aux tableaux, il m'a paru en manquer fort peu 5 à 6 tout au plus ; mais il n'en est pas de même de la bibliothèque. Il doit avoir été volé un assez grand nombre de volumes ; vous comprenez qu'il ne m'a guère été facile de constater lesquels car ceux qui garnissent <même> le rayon sont nombreux, mais en grand désordre <  > Le Parc <  > a peu souffert ; les grands arbres, les arbustes ont été respectés ; il a été abattu quelques sapins sur la butte ; mais les sacrifiés ont été désignés par Michel, et l'on ne s'en aperçoit pas. Le poisson n'a pas été détruit.

J'ai vu Ménager[4] ; Il a été assez vivement éprouvé, se plaint bien un peu, mais paraît cependant ne pas perdre courage ; il ne m'a rien réclamé d'argent à vous transmettre.

Voilà, mon cher ami, le résultat de ma visite. J'ai <même> à me féliciter l'accueil que m'a fait Charles Dugué, qui s'est employé auprès des Allemands pour protéger Launay ; et qui en définitive a réussi dans la mesure du possible.

On se réjouit fort à Montmorency de la perspective de votre venue, et les réparations y ont marché assez pour que nous puissions dans quelques jours vous y trouver place suffisante. Que de choses se sont passées depuis que nous nous sommes séparés en Septembre dernier, et combien nous aurons besoin de nous retrouver réunis ici[5].

Les fréquentes lettres d'Eugénie[6] et des fillettes[7] sont reçues avec grande reconnaissance à Montmorency, et lues par tous avec grand intérêt. Amitiés vives à leurs intentions ; et à vous, cher ami, la nouvelle assurance de mon sincère attachement

A  Desnoyers

J'ai été obligé malgré mon désir de suspendre la fabrication des briques. Fabriquer sans vendre devenait épuisant.

AD.


Notes

  1. Lettre écrite sur papier deuil.
  2. Louis Michel Pieaux, jardinier à Launay.
  3. Louise Jeanne Françoise Peltier, épouse de Louis Michel Pieaux.
  4. Michel Victor Ménager, fermier à Launay.
  5. Après la mort de Julien Desnoyers, en janvier 1871.
  6. Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff.
  7. Marie et Emilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 11 mai 1871. Lettre d’Alfred Desnoyers (Nogent-le-Rotrou-Launay) à son beau-frère Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_11_mai_1871&oldid=39788 (accédée le 19 août 2022).

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