Jeudi 11 juin 1835

De Une correspondance familiale


Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son ami Pierre Bretonneau (Tours)


Paris, 11 juin 1835.

J’ai le plaisir, mon cher ami, comme vous l’avez pu voir par la suscription de cette lettre, de vous annoncer que vous avez été élu hier, à la majorité de trente voix sur trente-six, correspondant de l’Académie des sciences[1]. Cette nomination aurait dû se faire il y a longtemps, car il y avait deux places vacantes ; malheureusement je n’étais pas membre de la section de médecine et de chirurgie, et je n’ai pu provoquer la présentation. Ensuite il a fallu composer avec quelques-uns des membres de cette section, qui voulaient absolument faire passer d’abord Prunelle, maire de Lyon, député, qui était fortement protégé. Enfin, sans aucune sollicitation, vous avez été proposé à l’unanimité par la section et nommé, quoique le nombre des membres présents n’ait pas été des deux tiers, comme le veut le règlement, qui a prévu le cas où cela arrivant, on renvoie de droit à l’une des séances suivantes convoquée à cet effet. Beaucoup de personnes qui ont eu avec vous quelques rapports, dont elles se rappellent avec plaisir, manquaient à cette séance. Le jeune Leclerc[2] a pu vous dire que je regardais votre nomination comme certaine. Ce jeune homme a fait une thèse intéressante, et il s’en est tiré avec une notre excellente : extrêmement satisfait. Je crois qu’il aurait encore pu faire mieux, mais il a eu occasion de faire preuve de connaissances variées et il s’en est fait verbalement beaucoup d’honneur.

Le sujet qu’il a choisi est très intéressant ; mais il exigeait beaucoup de recherches d’érudition, des faits recueillis et de nouvelles expérimentations. Je regrette qu’il ne m’ait présenté son travail que lorsqu’il était terminé.

Notre jeune ménage[3] demeure près de nous, au jardin du Roi, et nous jouissons bien de ce voisinage, surtout ma femme[4], et les omnibus qui côtoient la maison des nouveaux mariés nous les amèneront cet hiver, au faubourg Poissonnière, d’une manière bien commode.

La fabrique de sucre est dans une grande activité, telle qu’au moyen d’une demi-sphère, dans laquelle on fait bouillir le sirop à 60° R. dans le vide, on obtient quarante pains de douze à quinze livres raffinés en quarante minutes, c’est-à-dire un pain par minute. Le malheur qu’ils ont, c’est la nécessité de perdre une énorme quantité d’eau, qui, une fois réchauffée, doit être écoulée. Ils n’en manquent pas, mais ils craignent de n’en plus avoir quand la Seine sera moins haute. Ils sont maintenant à la recherche d’un procédé pour refroidir cette eau, afin qu’elle puisse servir de nouveau.

Adieu, mon cher ami ; veuillez me rappeler au souvenir de tout ce qui vous est cher.

Tout à vous.


Notes

  1. Bretonneau, Pierre (1778-1862) et ses prochesBretonneau]] est nommé à la place de Blanc (de Londres). Les autres candidats étaient : Abercrombie (Edimbourg), Fleury (Toulon), Bellingeri (Turin).
  2. Probablement Leclerc (L. J. Frédéric), qui a soutenu en mai à Paris un Essai sur les épispastiques.
  3. Louis Daniel Constant, fils aîné d’André Marie Constant Duméril, vient d’épouser sa cousine Félicité Duméril.
  4. Alphonsine Delaroche.

Notice bibliographique

D’après Triaire, Paul, Bretonneau et ses correspondants, Paris, Félix Alcan, 1892, volume II, p. 331-333. Cet ouvrage est numérisé par la Bibliothèque inter-universitaire de médecine (Paris)

Pour citer cette page

« Jeudi 11 juin 1835. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son ami Pierre Bretonneau (Tours) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_11_juin_1835&oldid=43164 (accédée le 19 août 2022).

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