Samedi 7 février 1835

De Une correspondance familiale


Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à Mme de Fleischmann (Stuttgart)


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Madame,

Je suis heureux de pouvoir vous tranquilliser à peu près sur tous les points qui vous intéressent si vivement. Monsieur votre père, il est vrai, a été assez ébranlé au moral par les fausses attaques nerveuses plutôt que sanguines, qu’il a éprouvées et qui lui ont donné beaucoup d’inquiétudes ; d’autant plus qu’il avait eu auparavant des indices de gravelle qu’il a rendue à deux reprises éloignées ; ensuite en gonflement oedémateux du cou de pied. quoique ses traits soient un peu <affaissés>, il est réellement passablement bien.

Madame votre mère, comme vous le savez, ne se plaint guère. J’avais appris par M. Lacroix qu’elle avait souffert de la goutte. J’y suis allé, il y a cinq à six jours. Elle m’a assuré qu’elle n’avait rien ressenti et Mademoiselle Anna m’a dit qu’en effet sa bonne-maman n’avait eu rien ; que c’était elle qui avait éprouvé des coliques violentes, il est vrai, mais auxquelles elle est assez sujette et dont elle connaît la cause qui cède couramment dans certaines circonstances.

Madame Lacroix a été assez malade ; mais il me serait difficile de dire ce qu’elle a eu. D’abord un rhume violent ; puis une faiblesse extrême, une sorte de suffocation de poitrine et le tout s’est terminé au moyen de toniques, de petites doses de sulfate de quinine et enfin de la nourriture. Maintenant elle a repris toutes ses habitudes et réellement il n’y paraît plus.

Il me reste à vous parler de votre amie Madame de Pourtalès[1]. Justement j’ai eu occasion de la voir chez Madame Alfred de Rougemont[2], il y a sept à huit jours. Je l’ai trouvée changée je l’avoue et maigrie ; mais non d’une manière à inquiéter. Depuis j’en ai parlé à sa nièce. Elle m’a dit que sa tante avait une toux nerveuse ; qu’elle avait consulté M. Andral fils[3] qui l’avait examinée attentivement, que très certainement son moral était pour le moment vivement ébranlé par le mariage que M. Adolphe[4] allait contracter ; parce qu’elle est très attachée à son ancien gendre et que cette union nouvelle l’affectait beaucoup. J’ai vu hier M. Andral fils qui m’a assuré qu’il n’avait rien trouvé de mal dans la poitrine et qu’il croyait en effet le spasme tout à fait nerveux d’après son exploration.

Vous voyez, Madame, que sur les quatre sujets de votre sollicitude je puis vous donner de bien bons renseignements. Je vous remercie beaucoup de l’intérêt que vous voulez bien prendre à ma famille. Je vous dirai à ce sujet que mon fils aîné[5], aidé des fonds de mon beau-frère[6], riche négociant du Havre, est ici à Paris associé avec l’un de ses cousins[7] et à la tête d’une grande industrie de raffinerie de sucre, depuis près d’un an et qu’il va se marier avec une de ses cousines fille de l’un de mes frères qui demeure à Lille. Que ce mariage le rend fort heureux et que nous sommes extrêmement satisfaits, ma femme[8] portant un véritable intérêt et un grand attachement à cette nièce, que nous avons eu quelquefois à la maison il y a environ deux ans, époque à laquelle nous ne songions guère à cette union et que dès lors ma femme l’a désirée.

Veuillez croire Madame, que je n’oublierai pas la promesse que je vous ai faite de vous instruire de tout ce qui pourrait vous intéresser vivement dans votre famille et agréer l’hommage réitéré de mon respectueux dévouement.

C. Duméril

Paris le 7 février 1835


Notes

  1. Anne Henriette de Palaisieux-Falconnet (1792-1836) a épousé en 1809 James Alexandre de Pourtalès (1776-1855).
  2. Sophie de Pourtalès (1807-1882), nièce de Mme de Pourtalès, a épousé en 1826 Alfred de Rougemont (1802-1868).
  3. Gabriel Andral (1797-1876), fils d'un médecin distingué et gendre de Royer-Collard, devient professeur à l'École de médecine, où il succède à Broussais et enseigne dans un tout autre esprit (1828). Membre de l'Académie des sciences (1843), il se fait surtout un nom en pathologie, en publiant : Clinique  médicale (1823), Précis élémentaire de pathologie (1829), Traité de l'auscultation (1836), Cours de pathologie interne (1836), Hématologie pathologique (1843).
  4. Adolphe de Rougemont (1805-1844) a épousé en 1830 Cécile de Pourtalès (1812-1833), fille de Mme de Pourtalès. Chambellan du roi de Prusse, attaché d’ambassade à Vienne, Adolphe se remarie en 1835 avec Adélaïde Sophie Marguerite de Bonstetten.
  5. Louis Daniel Constant Duméril se marie en 1835 avec sa cousine Félicité, fille d’Auguste Duméril l’aîné.
  6. Michel Delaroche.
  7. La raffinerie de la Jamaïque, installée à Ivry, est d’abord gérée par les frères Say, seul Constant Say poursuit l’entreprise en association avec Louis Daniel Constant Duméril.
  8. Alphonsine Delaroche.

Notice bibliographique

D’après l’original au Muséum national d’histoire naturelle (Ms 1986, n°478)

Annexe

Madame de Fleischmann

A Stuttgart

Allemagne

Pour citer cette page

« Samedi 7 février 1835. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à Mme de Fleischmann (Stuttgart) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_7_f%C3%A9vrier_1835&oldid=42663 (accédée le 17 août 2022).

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