Fin décembre 1877

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1877-12-fin pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-12-fin pages 2-3.jpg


Paris 7 Janvier 1878[1].

Il n’y a plus que 5 jours, mon Père chéri, quel bonheur, quel bonheur ! Je t’assure que ta lettre de Dimanche a été la bienvenue et quoique Emilie[2] et oncle[3] aient cherché à m’attraper quand je suis entrée dans la chambre j’ai bien vu tout de suite qu’il s’agissait d’une bonne nouvelle, car leurs figures démentaient leurs paroles. J’espère que tu n’auras pas trop froid pour ton voyage et j’approuve bien ta décision de voyager de jour quoique ce soit plus ennuyeux et, à mon avis, plus fatigant.

Quel vilain temps il fait aujourd’hui ! on dirait qu’il dégèle et cependant le ciel est si noir que nous nous attendons à voir tomber de la neige ; quel gâchis cela va faire, les rues sont déjà dans un si triste état car, au lieu d’enlever la neige comme les autres années, on la laisse se changer en une boue noire qui encombre les rues, qui salit tout le monde et qui mouille beaucoup.

Pendant que j’y pense, mon Père chéri, si tu as de la place dans ton sac et si ta provision te le permet tu ferais bien plaisir à tante[4] en lui apportant un pot de confiture de myrtilles (je ne sais pas comment cela s’écrit[5]) cela t’a si bien réussi que c’est un remède vraiment précieux à avoir. Je profite de cette commission pour te rappeler les livres d’Emilie.

Nous venons d’avoir notre leçon de Mlle Magdelaine[6], nous avons étudié l’église Sainte-Sophie de Constantinople ses leçons sont vraiment bien intéressantes. Avant le déjeuner nous avions eu Mlle Duponchel[7], je vais commencer un nouveau dessin que je voudrais faire pour bonne-maman[8] mais j’ai un peu peur qu’il ne soit pas fini pour le jour de l’an. Ce soir nous avons la famille qui ne se compose plus que des 2 dames Trézel[9], de tante Louise et de Marthe[10]. La réunion a lieu le Mardi parce que demain oncle dîne chez M. Marey[11] et nous sommes invitées à aller passer la soirée chez Mme [P.] Target[12] où toute la famille doit se trouver ; tu vois que c’est un événement très extraordinaire et qui marque dans notre vie tranquille ; mais rassure-toi ce n’est pas un grand excès ; les vraies débauches ne commenceront qu’en 79[13] et peut-être encore n’y en aura-t-il pas beaucoup ; cependant Mme Gaudry[14] nous a déjà annoncé qu’elle ferait danser le dernier Samedi de Janvier.

Pauvre tante est en ce moment au magasin du Louvre pour varier avec le Bon Marché, c’est effrayant ce qu’elle a à faire pour les uns et les autres car elle achète non seulement ce qu’elle donne ; mais tous les cadeaux de M. Edwards[15], de bonne-maman Desnoyers[16], et tante Cécile[17] et de nous ! Je ne comprends pas comment elle y arrive passant presque tout son temps à sortir avec nous pour des cours & aussi j’ai peur que tu ne la trouves un peu fatiguée.

Adieu mon Père chéri, chéri, je t’embrasse comme je t’aime et je pense avec joie que nous pourrons bientôt le faire en réalité.
Ta fille qui t’aime énormément.
Marie


Notes

  1. Cette date, possiblement ajoutée ultérieurement, est erronée car la lettre est écrite fin décembre, et avant le bal donné par Mme Gaudry en janvier 1878.
  2. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  3. Alphonse Milne-Edwards.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Marie écrit : mirtiles.
  6. Mlle Magdelaine donne des leçons de beaux-arts.
  7. Marie Louise Duponchel donne des leçons de dessin.
  8. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  9. Auguste Maxence Lemire, veuve de Camille Alphonse Trézel et Louise Ida Martineau, épouse d’Antoine Camille Trézel.
  10. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille, et sa fille Marthe Pavet de Courteille.
  11. Étienne Jules Marey.
  12. Victorine Duvergier de Hauranne, épouse de Paul Louis Target.
  13. Lire 1878 ?
  14. Isabelle Hittorff, épouse d’Albert Gaudry.
  15. Henri Milne-Edwards.
  16. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  17. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Fin décembre 1877. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Fin_d%C3%A9cembre_1877&oldid=43085 (accédée le 15 août 2022).

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