Eté 1878

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre été 1878 pages 1-4.jpg original de la lettre été 1878 pages 2-3.jpg


Ah ! mon Père chéri[1], que je suis fâchée après moi, comment pourrais-je me punir ? C’est bien la peine de penser toute la matinée à t’écrire pour m’y mettre 10 minutes avant notre départ ! C’est vraiment stupide et cela a l’air d’une mauvaise plaisanterie aussi je m’impose comme pénitence pour expier ma faute de commencer ma journée demain en venant tranquillement causer avec toi. Quand je suis ahurie comme tu me vois en ce moment je ne trouve plus rien à dire et je suis sûre mon pauvre père que tu n’aimes guère ces lettres-là. Nous avons été ce matin à la messe de l’an de Mme Pavet mère[2], nous y avons vu Henriette[3]i est bien tourmentée de la santé de son grand-père M. de Sacy[4]. De Saint-Germain des Prés j’ai été avec tante[5] chez M. Dumas[6] (Emilie[7] était restée ici pour prendre sa leçon de Mlle Bosvy[8]) j’y ai rangé du linge pendant que tante aidait la pauvre cuisinière qui est fort empruntée à choisir les affaires que M. D. doit emporter demain matin à Arcachon.

En rentrant j’ai dessiné pour toi mais chut ! c’est une surprise ! Je peux te dire d’avance que si j’y ai passé beaucoup de temps ce n’est guère bien ; mais je me trahis en ce moment. C’est toi, mon Père chéri qui deviens un artiste de 1er ordre, je t’assure que ta lettre nous a vivement intriguées, nous ne savions pas quelle personne d’Alsace dont l’écriture nous était inconnue pouvait écrire à Mlle Mersdorf ; vraiment ces beaux paysages auraient pu être pris pour les œuvres de M. de Niederhäusern.

Hier nous avons eu une journée bien amusante mais je te raconterai tout cela demain, pour aujourd’hui tu sais que nous allons bien et que je suis étourdie ce sont là 2 nouvelles intéressantes qui te feront prendre patience.

Adieu mon Père chéri, je t’embrasse de toutes mes forces, heureusement que l’affection ne se mesure ni à l’écriture ni à la longueur des lignes !
ta fille qui t’aime de tout son cœur.
Marie


Notes

  1. Cette lettre non datée est à situer pendant l’été 1878, un an après le décès de « Mme Pavet mère » (15 août 1877) et avant le décès de « M. de Sacy » (février 1879).
  2. Sophie Silvestre de Sacy, veuve de Charles Pavet de Courteille.
  3. Henriette Baudrillart.
  4. Samuel Ustazade Silvestre de Sacy.
  5. Aglaé Desnoyers épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  6. Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  7. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  8. Marguerite Geneviève Bosvy.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Eté 1878. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Et%C3%A9_1878&oldid=39733 (accédée le 29 septembre 2022).

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