Vendredi 21 décembre 1877

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1877-12-21 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-12-21 pages 2-3.jpg


Paris 21 Xbre 77.

Voilà bien longtemps mon Père chéri, que tu ne m’as vue et tu dois te demander pourquoi. Je te dirai que le jour de l’an approche, et que j’ai beaucoup à faire pour mes devoirs. En ce moment-ci tu me trouves chez Mlle Bosvy[1], quoiqu’il soit très tard mais elle est tellement grippée qu’on lui défend de sortir et elle avait demandé à Emilie[2] de venir pour une fois chez elle ; je ne suis donc pas occupée moi et j’avais trouvé ce matin comme une idée merveilleuse de t’écrire pendant ce temps-là. Mais ce n’était pas du tout une inspiration heureuse car je m’aperçois que quand nous sortirons l’heure de la poste sera certainement passée. Je te demande donc bien pardon décidément je suis trop étourdie et tu devrais bien m’apporter comme présent de jour de l’an une poudre quelconque guérissant de cette maladie-là ; je n’aime pas les médicaments en général mais celui-là je le prendrais volontiers.

Puisque je parle de choses à apporter je vais en profiter pour te dire en même temps que je te serais bien reconnaissante si tu pouvais sans trop de peine trouver et mettre dans ton sac l’histoire ancienne de F. Lenormant[3] ; je ne doute pas que tu ne fasses la dernière des 2 choses que je te demande mais la 1ère sera peut-être plus difficile. J’ai eu certainement cette histoire elle se compose de trois volumes et résidait dans notre armoire vitrée de la chambre d’étude car je la lisais il y a [5] ans. Je ne sais où sont maintenant les livres qui se trouvaient là mais tu le sais probablement. Dans cette même armoire au fond étaient plusieurs livres anglais à mère[4] ou à petite mère[5], parmi eux se trouvait Wide, wide world[6] ; c’est autant que je m’en souviens un assez gros volume cartonné dur (pas bien relié) d’une couleur vague un peu passée et ayant le dos défait. Je ne suis pas parfaitement sûre des indications que je te donne car il y a longtemps que je ne l’ai vu ; ce dont je suis sûre c’est qu’il existe et qu’il était dans la bibliothèque. Je vais bientôt avoir fini Home Influence[7] et je serais bien aise de le remplacer par un autre livre amusant.
Cependant, mon Père chéri, je serais désolée si tu passais un long temps à chercher ce que je te demande ce ne serait que dans le cas où tu saurais exactement où tous les livres de cette bibliothèque ont été transportés. Sinon ne les cherche pas ; d’autant plus que je viens de parler en écrivant de Lenormant à Mlle Bosvy et elle m’a offert de me le prêter ; aussi tu vois si tu ne trouves pas de suite regarde ma lettre comme non avenue.

C’est bien heureux, mon Père chéri, que je n’aie rien eu d’intéressant à te narrer car pour te demander 2 livres j’ai écrit 2 pages ; puisque je suis maintenant un cours de littérature j’espère que je vais apprendre à devenir plus concise. En effet le cours de littérature a commencé hier et m’a paru très bien fait ; je crois autant qu’on peut en juger par une leçon d’ouverture que cela m’intéressera beaucoup ; c’est un M. Talbot[8] professeur à Fontanes[9] homme déjà sur lequel nous avons eu de très bons renseignements.

Tante[10] lève la séance il faut partir je t’embrasse de toutes mes forces.
M.


Notes

  1. Marguerite Geneviève Bosvy, professeur de français.
  2. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  3. François Lenormant.
  4. Caroline Duméril (†), première épouse de Charles Mertzdorff et mère de Marie.
  5. Eugénie Desnoyers (†), seconde épouse de Charles Mertzdorff.
  6. The Wide, Wide World est un roman de Susan Warner publié en 1850 sous le pseudonyme Elizabeth Wetherell.
  7. Home Influence (Influence familiale) est un roman publié en 1847 par Grace Aguilar (1816-1847), romancière anglaise et écrivaine sur l'histoire et la religion juives.
  8. Eugène Talbot.
  9. L’actuel lycée Condorcet porte le nom de lycée Fontanes de 1874 à 1883.
  10. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 21 décembre 1877. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_21_d%C3%A9cembre_1877&oldid=35868 (accédée le 19 août 2022).

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