Dimanche 31 mars, lundi 1er et mardi 2 avril 1872

De Une correspondance familiale


Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa sœur Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)


original de la lettre 1872-03-31 pages 1-4.jpg original de la lettre 1872-03-31 pages 2-3.jpg


Vieux-Thann

Dimanche soir 10h

Ma chère petite Gla,

J'ai toujours l'intention de t'écrire, je cause avec toi par la pensée, je te raconte mes occupations, même voire j'augmente ma liste de commissions &... mais cela ne suffit pas.
….
Lundi 4h Hier soir j'ai laissé ma plume tout en causant avec Charles[1], puis il a été l'heure d'aller faire dodo. Aujourd'hui je suis tout à fait seule, c'est à dire sans mes deux chéries[2], et alors la maison est si calme, si silencieuse qu'il me semble que je n'ai plus rien à faire ; cependant depuis ce matin je n'arrête pas, je m'étais donné toutes sortes de besogne de Lundi de Pâques, rangements de papier, inspection par-ci par-là... puis ajoute à cela que nous avons demain toute la famille André[3] et Duméril[4] à dîner (16 personnes) et chez nous c'est un évènement ; il a fallu remettre des rideaux dans le grand salon (il n'a pas resservi depuis le jour où notre Julien[5] et Alphonse[6] ont fait jouer le petit théâtre pour les enfants, et ça m'impressionne toujours, je n'ai pas encore redonné le petit théâtre à Marie et à Emilie, c'est Julien qui a tout rangé et ça me coûte d'ôter les choses des places où il les a mises, tu comprends cela ; on aime tant tout ce qui vient de lui, le cher enfant ; mais c'est sur nous que nous pleurons, en le pleurant, il doit être dans une vie bien meilleure que celle que notre affection aurait pu lui donner, car que d'épreuves et de préoccupations pour les plus heureux de ce monde.) Où donc en étais-je ? ah ! je te racontais que Cécile[7] et Thérèse mettent le couvert dans la grande salle à manger, que Nanette prépare les viandes, que je viens de cueillir de l'oseille et des épinards (notre jardinier est allé à Mulhouse) et demain matin il serait trop tard pour préparer cette délicatesse qui doit figurer sous un fricandeau) & et tout cela pour un dîner en l'honneur des enfants, mais ma politesse sera rendue et j'aurai fait plaisir aux 4 fillettes, si d'un autre côté j'ai un peu fatigué mon monde pour les jours de Pâques qui sont ici des jours de promenades pour tout le monde ; les fabriques ne travaillent pas ; aujourd'hui la cour est propre, superbe, pas un chat, deux hochequeues ou bergeronnettes près du canal, voilà toute l'animation. Je te disais que les fillettes étaient hors du logis ; à 8h ½ au sortir de la messe, je les ai confiées à MmeBerger[8] et elles ont dû aller au devant de leurs amies[9] en voiture, et rentrer à 11h au Vieux-Thann, dîner chez MmeBerger, et depuis chercher les œufs de Pâques, bavarder et rire. Elles vont à merveille et deviennent de plus en plus mignonnes, Marie[10] est presque aussi grande que moi, Emilie reste toujours petite ; on combine déjà ce qu'on fera avec tante Aglaé, on demande combien de temps elle restera.

Le moment de la première communion va arriver bien vite[11] aussi je veux te redonner ma liste de commissions afin que tu ne sois pas dans la presse aux derniers jours, les prix de douane sont peu de chose, seulement il faut déclarer, ne pas essayer de rien passer en fraude. Pour mon joli bénitier, on n'a rien pris à la douane. Je te prierais de m'acheter pour Cécile une chaîne de montre en or longue je pense, mince et à chaînons simples dans les 140 F pas comme les nôtres, ce n'est pas solide ; tu y ajouteras un petit médaillon simple que je ferai donner par Marie ainsi que le livre de Mme de Flavigny[12] (La chaîne c'est au lieu d'argent que je la lui donnerai, comme je lui aurais donné une montre si elle ne se l'était pas achetée) Tu auras également le livre de Mme de Flavigny comme je te l'ai demandé. (7e) Je voudrais également ce qu'on appelle une médaille de première communion (les petites Berger en ont eu comme cela, c'est Emilie veut la lui donner) ça se trouve en argent, grand comme une pièce de 2 F et on fait inscrire ce qu'on désire dessus, chez Bouasse-Lebel[13] rue Saint-Sulpice.(Je lisais hier soir dans le journal que un nommé Marc Gueyton (fabricant de bijoux artistiques à la mode[14]) faisait de charmantes médailles de 1reCommunion, mais probablement qu'elles ne rempliraient pas mon but, et que ce serait un objet de luxe et non pas quelque chose à pouvoir porter toujours.

Marie me demande aussi toujours 17 images de 1reCommunion représentant une petite fille le jour de sa première communion (en gravure noire pour donner à ses compagnes pour mettre dans leur livre). Si quelqu'un (comme Jean[15]) veut lui donner une Imitation de la SteVierge, ça lui fera plaisir il n'y en a pas dans la maison.
MmeZaepffel[16] doit lui donner un médaillon à pendre extérieurement.

Maintenant il me faut encore quelque chose pour la sœur[17] dont nous sommes enchantées pour les écoles, c'est une personne très distinguée et qui fait la retraite. Marie sera avec elle les 4 derniers jours. Je ne sais pas ce que coûte mon bénitier cela ne contrariait par maman[18], vous pourriez m’en avoir un analogue avec St Joseph, il serait un peu plus petit cela ne ferait rien, seulement il ne faut pas que cela ressemble à la pendule de M. le Curé[19]. Il me faut aussi un objet mais plus modeste pour l’abbé quelque chose dans les <20> F, donne-moi un conseil. Un ouvrage me paraîtrait bien, les œuvres d’un Père quelconque. Il me vient une idée pour la sœur si tu voyais le prix d’une statue peinte en plâtre je crois ou composition à poser sur une commode, St Joseph et l’Enfant ou quelque chose dans ce genre, ce serait peut-être bien ? Je te donne bien du mal mais que veux-tu voilà ce que c’est que d’être trop bonne, et puis j’ai confiance en toi plus qu’en moi-même.

Enfin 11°- Les chapeaux pour tes deux chéries[20] à toi, coiffe-les comme tu veux qu’elles soient pour sortir avec toi.

Les voilà qui rentrent.

Mardi 9h ½ soir

Hier en rentrant ma petite jeunesse était si animée, bavardant tant, en avait tant à raconter que j’ai laissé la plume et ce matin je n’ai pas eu le temps de la reprendre, j’ai eu tout mon monde et par-dessus la recherche des œufs de Pâques, petit Jean aurait bien joué son rôle ; dis-lui qu’on pense bien à lui et qu’on a parlé de lui à Charles Berger[21] qui travaille aussi très bien et qui était bien heureux que le lièvre de Mme Mertzdorff[22] soit un lièvre patriote (les œufs étaient tricolores avec des petits drapeaux français) toutes ces petites < > sont enragée contre la Prusse, c’est Cécile si < > te prier < > la souscription.’instinct>

Voilà je ne sais combien de pages de griffonnages et je ne t’ai pas encore parlé de toi, de vous. Ne conclus pas que je ne lis pas tes lettres, tout ce que toi et maman me dites m’intéresse beaucoup, mais je pense plus agréable pour chacune de t’entretenir de ce qui se passe ailleurs. Maman doit être à Montmorency et toi toujours bien occupée, j’admire tout ce que tu parviens à faire. J’espère que cette année nous pourrons nous voir souvent, c’est toi qui vas venir, après j’espère que nous irons vous trouver pendant l’été et qu’on pourra aller ensemble à Launay et <à la mer> aux bords de la mer.

Rien de plus pour la question affaire[23], les choses dorment un peu.

Je ne sais plus ce que je t’ai écrit au commencement de cette lettre, aussi je la ferme sans la relire en y enfermant je ne sais combien d’amitiés de la part de Charles des enfants et de moi pour vous tous et pour toi et Alphonse en particulier, puisque c’est à votre adresse que je l’envoie.

Embrasse bien Maman

Eugénie M.

R.S.V.P.

Mercredi 1h. Nous allons bien, Charles est à Mulhouse, nous vous embrassons de tout cœur. Marie et Emilie embrassent < > Jean l’ami d’Emilie.


Notes

  1. Charles Mertzdorff.
  2. Marie et Emilie Mertzdorff.
  3. Probablement : Marie Barbe Bontemps veuve de Jacques André et certains de ses enfants, dont Joséphine André, son époux Louis Berger et leurs enfants.
  4. Louis Daniel Constant Duméril, son épouse Félicité Duméril et leur fils Léon.
  5. Julien Desnoyers (†).
  6. Alphonse Milne-Edwards.
  7. Cécile, bonne des petites Mertzdorff ; Thérèse Neeff et Annette, domestiques.
  8. Joséphine André, épouse de Louis Berger.
  9. Marie et Hélène Berger.
  10. Marie Mertzdorff.
  11. Le 5 mai.
  12. Louise Mathilde de Flavigny (1811-1883), Recueil de prières et de méditations tirées des oeuvres des SS. Pères, des écrivains et orateurs sacrés (1864).
  13. Henri Bouasse-Lebel (1828-1912), éditeur, imprimeur et auteur, au 29 rue St Sulpice.
  14. Marc Gueyton a repris la maison de son oncle Alexandre Gueyton, bijoutier et orfèvre, 8 place de la Madeleine.
  15. Le petit Jean Dumas.
  16. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel.
  17. Possiblement Emilie Halfermeyer.
  18. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  19. François Xavier Hun.
  20. Marie et Emilie Mertzdorff.
  21. Charles Berger, 7 ans.
  22. Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff.
  23. L’avenir de l’entreprise de Charles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 31 mars, lundi 1er et mardi 2 avril 1872. Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa sœur Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_31_mars,_lundi_1er_et_mardi_2_avril_1872&oldid=43048 (accédée le 20 août 2022).

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