Dimanche 29 novembre 1896

De Une correspondance familiale




Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Douai), à sa sœur Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris)


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Douai, 29 Novembre

Nos lettres se sont croisées, ma bonne chérie, ce qui nous prouve une fois de plus que nous pensons souvent en même temps l’une à l’autre. Vous êtes étonnantes, Mesdames les parisiennes, d’arriver à faire tant de choses ! moi qui me crois quelquefois une personne occupée, il me sied mal d’en parler quand je compare mes journées aux vôtres. Comment arrives-tu à faire face à tant de choses, ma chérie ? deux retraites différentes pour tes petites[1], des occupations nouvelles et bien intéressantes pour ta grande[2], du monde à dîner, des questions de toilette qui doivent aussi avoir leur place et avec tout cela et tout ce que je ne sais pas, tu trouves encore le temps de m’écrire une longue lettre !

Tu as bien raison de mettre Jeanne à même de se rendre utile en toute circonstance, elle est d’une trempe à savoir toujours tirer profit de ses connaissances, et avec sa nature active et entreprenante elle fera beaucoup de bonnes choses dans sa vie. Tout ce que tu nous dis de ses nouvelles études nous a vivement intéressés et Damas[3] trouve, comme moi, que cela doit entrer dans l’éducation des mères de famille. Je me reproche de n’avoir pas assez profité des occasions que j’aurais eues ici de suivre des cours théoriques et pratiques qui ont été donnés soit par les Femmes de France (pour lesquelles je me suis toujours montrée très réservée tout en faisant partie) soit, plus rarement, par la Croix Rouge. Je me promets bien d’en profiter cette année. Tu vois comme le bon exemple profite.

Voilà de nouveau notre pauvre tante Cécile[4] dans les ouvriers pour des travaux bien désagréables, elle en paraît tout ennuyée et je la comprends.

Nous aurons Jacques[5] Dimanche de très bonne heure, il arrivera ici à 8h et partira à 4h1/2, c’est une bonne journée qui nous semblera bien agréable à tous, c’est si bon d’être au complet !

Nous avons été hier soir voir Lakmé[6] qui n’était pas trop mal donné (je parle pour Douai), c’est un événement qui ne se produit pas souvent pour nous quoique nous en parlions assez fréquemment ; Damas était cependant rentré hier soir de Campagne et moi j’avais dîné chez nos bons amis Pépin[7] avec le jeune ménage Desticker[8] de passage ici ; Damas était venu m’y chercher en arrivant à 10h.

Notre catéchisme de persévérance[9] est organisé : ce sera un prêtre très bien de Saint-Jean qui le fera et le couvent [ ] local seulement le bon abbé se déclare incapable de parler devant les mamans et demande à ce que les jeunes filles soient seules : c’est un petit ennui sur lequel il nous faudra passer pour commencer, j’imagine qu’il se familiarisera à la longue avec son auditoire féminin. On commence Jeudi prochain.

Adieu ma bonne chérie, je t’embrasse bien fort et te dis encore merci de ta bonne lettre.

Emy

Tu me dis rencontrer quelquefois les du Roure[10], sais-tu que Madeleine vient de passer son examen ?


Notes

  1. Marie Thérèse (et Françoise, 4 ans?) de Fréville.
  2. Jeanne de Fréville, 15 ans.
  3. Damas Froissart, son époux.
  4. Cécile Milne-Edwards, veuve d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  5. Jacques Froissart, son fils aîné.
  6. Lakmé, opéra en trois actes de Léo Delibes d'après un roman de Pierre Loti, créé en 1883 à Paris.
  7. Jean François Pépin, son épouse Louise Lamarche et probablement leur fille Jeanne Pépin.
  8. Pierre Henri Desticker et son épouse Antoinette Le Guay.
  9. Catéchisme de persévérance : catéchisme plus développé, dont les enfants suivent l’enseignement après la communion solennelle.
  10. Édouard Du Roure et son épouse Marie Jeanne Clémentine Hamelin. Leur fille Madeleine Du Roure a 11 ans.

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer cette page

« Dimanche 29 novembre 1896. Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Douai), à sa sœur Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_29_novembre_1896&oldid=53633 (accédée le 20 août 2022).

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