Dimanche 28 juin 1874 (C)

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)

original de la lettre 1874-06-28C pages 1-4.jpg original de la lettre 1874-06-28C pages 2-3.jpg


Dimanche 28 Juin 1874.[1]

Ma bien chère Aglaé,

Me voilà revenue à Morschwiller le cœur et l’esprit tout remplis des souvenirs que me laisse mon séjour à Paris. J’ai trouvé ici mon bon mari[2] et Léon[3] en parfaite santé et écoutant tous deux avec le plus grand intérêt les détails que je donnais sur chacun des membres de notre chère famille car tu sais que j’y fais rentrer les excellents amis de Paris.

Par une lettre de ma bonne petite Marie[4] que Charles[5] m’a envoyée hier, j’apprends d’heureuses nouvelles au sujet de Madame Trézel[6] et de Mademoiselle Amélie Masterson[7], sois, je te prie, mon interprète auprès de ces deux dames en leur exprimant la vive part que je prends au rétablissement de leur santé. Je suis heureuse d’avoir pu voir de près à ce voyage tes bonnes sœurs Mesdames Dumas et Pavet[8], nous n’avons plus besoin de nous parler pour nous comprendre, un regard nous suffit. Me voilà vieille à présent[9] et au déclin de la vie, mais si Dieu permettait que je pusse leur être de quelque utilité, combien mon cœur s’en réjouirait. J’embrasse Marthe, Jeanne[10] et Jean[11] que je me plais à voir en pensée auprès de mes chères petites-filles[12].

Hier matin j’ai  reçu de notre amie Madame Paul Nicolas une lettre qui m’a bien touchée par les expressions de tendre amitié qu’elle contient. Cette bonne amie m’apprend qu’elle vient d’être sous le coup d’une terrible émotion causée par l’état de santé de l’aîné de ses petits-fils. Ce jeune garçon a été ramené chez ses parents par le médecin de son lycée qui le jugeait beaucoup trop souffrant pour être seul à le soigner. Une consultation fut demandée et après l’auscultation il fut constaté que le pauvre enfant avait quelque chose de grave près du foie. Une ponction déclarée urgente amena un demi litre d’eau de cette fatale poche. Juge de la douleur et de l’inquiétude des pauvres parents qui, heureusement sont rassurés aujourd’hui tout en comprenant de combien de soins devra être entourée cette santé si atteinte. De quelque côté qu’on tourne les yeux, on peut dire que les moments de tranquillité sont courts dans cette vie. A mon arrivée ici, mon mari m’a remis une lettre de ma sœur[13] qui nous apprend qu’Adèle[14] a pu se rendre dans le petit jardin loué par sa mère, mais en revenant à la Banque c’est bien péniblement qu’elle remonte les deux étages : une fois arrivée à son appartement elle ne sent pas trop de fatigue.

Ma sœur a eu l’heureuse chance de trouver à Besançon, comme femme de chambre, une jeune personne très bien élevée, ayant passé, je crois, des examens, ce qui lui permet de remplacer ma nièce Adèle auprès des enfants[15]. Ma sœur en parlant de cette jeune personne dit que c’est un trésor. Inutile de te répéter, ma bien chère Aglaé, combien mes pensées aiment à se porter vers vous tous, vers ces chères petites si tendrement aimées. Tu as bien raison de prolonger les vacances de notre petite Emilie qui a besoin de se refaire, puis je suis heureuse que toi et Marie vous persistiez dans l’emploi des douches dont l’efficacité est bien reconnue.

Aujourd’hui Dimanche nous sommes restés à Morschwiller parce que Charles nous a fait savoir qu’il passait cette journée à Wattwiller.

Présente je te prie, mes affectueux respects à Monsieur Milne-Edwards[16] et exprime-lui mes regrets de ne l’avoir pas vu avant mon départ. Fais, je te prie, nos bonnes amitiés à tes chers parents[17] dis-leur que je ne prenais pas mon parti de quitter Paris sans avoir pu encore une fois leur serrer la main chez eux où je comptais aller quand j’ai appris leur départ pour Montmorency.

Adieu chère, bien chère Aglaé reçois avec ton bon mari[18] et nos chéries[19] nos meilleurs embrassements.

Félicité Duméril.


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Léon Duméril.
  4. Marie Mertzdorff.
  5. Charles Mertzdorff.
  6. Auguste Maxence Lemire, veuve de Camille Alphonse Trézel.
  7. Amélie Masterson, cousine anglaise.
  8. Les belles-sœurs d’Aglaé Desnoyers : Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas et Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  9. Félicité Duméril a 64 ans.
  10. Marthe et Jeanne Pavet de Courteille.
  11. Jean Dumas.
  12. Marie et Emilie Mertzdorff.
  13. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  14. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil (caissier à la banque de Besançon) et fille d’Eugénie Duméril ; elle est enceinte.
  15. Marie, Léon, Pierre et Louise Soleil.
  16. Henri Milne-Edwards.
  17. Jules Desnoyers et son épouse Jeanne Target.
  18. Alphonse Milne-Edwards.
  19. Marie et Emilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 28 juin 1874 (C). Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_28_juin_1874_(C)&oldid=52362 (accédée le 14 août 2022).

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