Dimanche 27 juin 1858

De Une correspondance familiale


Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa cousine Adèle Duméril (Paris)


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Vieux-Thann

27 Juin 1858

Déjà depuis plusieurs jours, je voulais t'écrire, ma chère Adèle, mais le temps a passé si vite que je ne l'ai réellement pas pu ; puis, ici, le courrier part de si bonne heure qu'on peut à peine prendre sa plume avant que le moment d'envoyer ses lettres ne soit arrivé, et une fois la poste passée, on pense qu'on a bien des choses à faire et on remet la correspondance au lendemain. Tu as su de mes nouvelles et des détails sur mon arrivée par les lettres que j'ai écrites à la maison ; tu sais comme je m'acclimate facilement dans ce beau pays, près de mon cher mari et de ma bonne belle-mère[1], je m'habitue très bien à cette vie d'Alsace quoique assez différente de la nôtre sous certains rapports, et je jouis avec délices du grand air des montagnes et des admirables points de vue.

La nature est magnifique <    > je suis sortie presque tous les jours ; Charles m'emmène après dîner (à 1 heure), nous sommes allés deux fois à son jardin sur la montagne d'où l'on a une vue magnifique admirable sur les Vosges, le Jura, les glaciers des Alpes dans le lointain, à gauche la vallée du Rhin et au pied la magnifique vallée que nous habitons. Mardi nous avons passé l'après-midi à la ferme[2] de Charles ; maman[3] serait bien contente là, au milieu de la culture, des bestiaux, des volailles, <etc.>. Le plus grand événement de ma semaine c'est que je suis sortie seule ; pour la première fois de ma vie ; il est vrai que j'étais dans le coupé et par conséquent sous la protection de Tom, le cocher ; Charles avait passé la journée à Colmar et je suis allée à sa rencontre, au chemin de fer à Thann ; je t'assure que le cœur me battait et que j'étais très intimidée d'autant plus que je ne puis traverser le village sans exciter la curiosité générale et la voiture de M. Mertzdorff ne passe pas sans que chacun aille voir qui est dedans ; l'autre jour, Charles était allé tout seul à Thann, quand il est descendu, il a trouvé autour de lui un grand cercle, dont l'attente n'a pas été satisfaite. Je t'assure que cette surveillance est peu agréable et j'espère qu'ils ne tarderont pas à être fatigués de leur examen.

Moi, je vous croyais déjà partis pour Trouville et j'ai été très étonnée d'apprendre que vous ne quittiez Paris qu'après-demain ; j'espère, ma chère enfant que les bains de mer vont te faire du bien et te débarrasseront complètement de tes ennuyeuses douleurs, j'aime à croire qu'ils seront salutaires aussi à ta mère[4] et que toutes deux vous reviendrez comme autrefois avec de bonnes provisions de santé. Vous avez eu mon oncle[5] assez longtemps, je vous en félicite ; moi je ne l'ai pour ainsi dire pas vu, je suis pourtant bien heureuse qu'il ait pu assister au plus grand jour de ma vie[6]. J'ai peine à me figurer que je suis si loin de vous tous et dans le fond de l'Alsace ; pourtant je sens bien que je suis en pays étranger car je n'entends que l'Allemand autour de moi et lorsque j'entends dans le pays quelques mots français je suis toute contente. Ce matin je suis allée à 7 heures à la messe de Thann avec ma belle-mère ; après dîner nous irons à St Amarin voir la tante Mertzdorff[7] de Paris, Charles ne nous accompagnera pas, il est obligé d'aller à Cernay.

Voilà mes amies[8] de retour à Paris pour la 1ère communion ; si tu les vois embrasse-les de ma part comme tu sais que je les aime. Sois, je te prie l'interprète de mes sentiments de respect et d'affection à mon mari et à moi, auprès de nos grands-parents[9] et de tes parents[10] et reçois pour toi-même, ma chère petite Adèle, avec mes meilleurs baisers, l'assurance de la tendre amitié de ta cousine et amie

Caroline Mertzdorff.


Notes

  1. Marie Anne Heuchel, veuve de Pierre Mertzdorff.
  2. Propriété de Charles Mertzdorff, à Cernay.
  3. Félicité Duméril.
  4. Eugénie Duméril, sœur de Félicité.
  5. Charles Auguste Duméril, frère des précédentes, ingénieur à Alençon, est venu à Paris le 14 juin pour assister au mariage de Caroline. Il est reparti le 26 juin.
  6. Caroline Duméril a épousé Charles Mertzdorff à Paris le 14 juin 1858.
  7. Cette tante Mertzdorff de Paris est Caroline Gasser, épouse de Frédéric, oncle de Charles Mertzdorff et qui s’est installé à Paris quand il a quitté Vieux-Thann en 1836. Elle séjourne souvent à Saint-Amarin.
  8. Les amies de Caroline, Eugénie et Aglaé Desnoyers, passent leurs vacances à Montmorency, dans la propriété familiale.
  9. André Marie Constant Duméril et sa belle-sœur Alexandrine Cumont, veuve d’Auguste Duméril l’aîné.
  10. Auguste et Eugénie Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Dimanche 27 juin 1858. Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa cousine Adèle Duméril (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_27_juin_1858&oldid=41204 (accédée le 14 août 2022).

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