Lundi 28 juin 1858

De Une correspondance familiale

Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa cousine Isabelle Latham (Le Havre)

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Vieux-Thann

28 Juin 1858

Je ne sais vraiment comment venir commencer cette lettre, ma chère petite Isabelle ; j'ai tant, tant d'excuses à te faire pour avoir été si longtemps sans t'écrire et d'un autre côté il s'est passé tant de choses pour moi depuis ma dernière causerie que c'est à peine si j’ose venir prendre ma plume. D'abord pour m'excuser de mon silence, je te dirai que quelques jours avant mon mariage j'avais commencé pour toi une assez longue lettre et que faute d'un quart d'heure pour la finir elle est restée dans mon buvard comme pour me rappeler à chaque instant que je devais paraître bien froide à une petite cousine que j'aime pourtant bien fort et à qui je pense bien souvent. Si tu savais, ma chère amie, que de choses j'ai eu à faire avant ce 15 Juin[1]. visites, courses, emplettes pour moi et pour les autres, détails de tous genres dont il fallait m'occuper puisque je quittais Paris sans savoir quand j'y reviendrais, puis la famille de M. Mertzdorff qui est arrivée huit jours avant le mariage et avec laquelle nous sommes allés le plus possible ; puis le 14, le mariage à la mairie, dîner à la maison, et le 15 !... ma toilette de mariée, et la messe et tous les amis, et le soir le dîner de 40 personnes puis enfin mon départ pour Fontainebleau, les deux jours que j'ai passés là, et mon retour à Paris et mes emballages et mes adieux à la famille, à mes parents, à mes amies[2], et le départ définitif pour l'Alsace, et notre arrivée ici au milieu des fêtes et des réjouissances pour le mariage et le retour chez Charles ; tout cela je t'assure m'a occupée et émotionnée ! Tu ne saurais croire la réception qu'on nous a faite ici ; tous les ouvriers (environ 600) nous attendaient avec des acclamations, on nous a fait des discours, on nous a jeté et offert des fleurs ; dans la cour on avait dressé de longues tables et chacun avait sa place à un excellent souper qui était servi par les contremaîtres et les employés du bureau ; le soir tout était illuminé au milieu des guirlandes et des arcs de triomphe, de nos chiffres en fleurs, enfin dans l'un des ateliers, il y a eu un grand bal que nous avons ouvert Charles et moi et où on a dansé jusqu'à 3 h. du matin. Le lendemain il y a eu un grand dîner de 38 couverts pour les contremaîtres et les employés, celui-là nous le présidions, il y a eu maints toasts portés à notre santé, à celle de nos parents et à celle de notre postérité. Maintenant me voilà bien installée chez ma belle-mère[3] qui est excellente et dont la société est bien agréable, nous y resterons assez longtemps, je crois, jusqu'à ce que notre maison soit finie. Je suis vraiment aussi heureuse que possible, ma chère Isabelle et je suis sûre que cela te fera plaisir car je compte sur ton amitié, chaque jour je connais davantage mon mari et le connaître de plus en plus, c'est l'aimer en proportion. Il est si bon, si charmant avec moi, j'ai en outre tant de confiance en lui et en tout ce qu'il fait que je prévois une vie toute de bonheur de ce côté ; c'est ce que Dieu peut accorder de meilleur à ses enfants et c'est ce dont je lui rends des actions de grâces bien sincères.

Tu auras reçu, je pense, de Paris une petite caisse contenant les livres dont je te remercie mille fois ; tu y trouveras aussi un petit souvenir ; une mèche de cheveux et une date ; c'est peu de chose mais ce sera toujours assez pour te rappeler, n'est-ce pas, cette cousine et cette amie qui sait t'apprécier et t'aimer. Tu voudras bien remettre aussi à Mathilde[4] la petite bague qui lui est destinée ; tu l'embrasseras bien tendrement de ma part, par la même occasion. Maintenant j'espère que nous allons reprendre notre correspondance accoutumée, j'y compte et tu me l'as <promis>.

Sois je te prie mon interprète auprès de tous ceux qui t'entourent et distribue sentiments de respect et d'affection à qui de droit. Pour toi je t'envoie de bons baisers et suis toujours ta cousine bien attachée quoique

Caroline Mertzdorff

Par hasard, j'ai vu Georges[5] l'autre jour ; il en a été je crois fort étonné, il était à l'hôtel du Louvre et moi aussi.

Aujourd'hui nous commençons nos visites de noces ; veux-tu la description de ma toilette ? robe de soie gris clair, à double jupe, châle de dentelles noires, chapeau de paille de riz avec boutons de roses et tout à l'avenant, qu'en dis-tu ?

Tu ne m'en veux pas, n'est-ce pas ? je t'en prie ; tu vas m'écrire bien vite et je continuerai, maintenant que je suis tranquille.

Voici mon adresse : Madame Charles Mertzdorff

au Vieux-Thann

Haut Rhin

au-dessus du cachet, mets particulier ou on l'ouvrira au bureau.


Notes

  1. Jour du mariage de Caroline Duméril avec Charles Mertzdorff, à Paris.
  2. En particulier, Eugénie et Aglaé Desnoyers.
  3. Marie Anne Heuchel, veuve de Pierre Mertzdorff.
  4. Louise Mathilde Pochet, cousine de Caroline et d’Isabelle Latham.
  5. Georges Pochet, né en 1834, frère de Louise Mathilde.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Lundi 28 juin 1858. Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa cousine Isabelle Latham (Le Havre) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_28_juin_1858&oldid=40489 (accédée le 14 août 2022).

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