Dimanche 27 et lundi 28 juin 1875

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Wattwiller et Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1875-06-27 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-06-27 pages 2-3.jpg


Ma chère Marie[1]

J’ai dû quitter la maison avant l’arrivée du courrier je ne sais donc pas si une de vos bonnes lettres viendra à ma rencontre demain Matin.

Il me semble qu’il y a bien longtemps que je ne vous ai pas écrit. A mon dernier séjour ici[2], j’ai écrit à tante Zaepffel[3] et aux Paul, il y avait trop longtemps que je n’avais plus donné signe de vie.

Je n’avais plus le temps d’être encore avec vous.

J’avoue qu’il me tarde d’avoir de vos nouvelles votre dernière lettre laissait tantine[4] un peu souffrante. Je sais bien que ma grosse Mimi aime bien se rappeler le : pas de nouvelles, bonnes nouvelles c’est plus facile, n’est-ce pas ma grosse. J’espère donc que ta prochaine me confirmera ce proverbe & que tu me diras que votre bonne tante va de nouveau avec vous aux douches ou bains froids quoique le temps ne soit pas chaud comme il devrait être ; terne, menaçant toujours de la pluie sans pour cela que nous ayons une goutte d’Eau de plus dans la rivière.

Pour se promener c’est excellent, c’est ce que je viens de faire ici, il faisait nuit & j’errais encore dans les champs (tout seul).

Bonne-Maman[5] est rentrée à Morschwiller hier au soir & elle voulait de suite venir à Vieux-Thann pour me raconter sa petite visite à Besançon.

Nous avons passé la journée ensemble elle a fait assez bon voyage, cependant son indisposition continue & aujourd’hui il est rare qu’elle ait une journée tout à fait bonne ; pour cela elle ne devrait ni se fatiguer ni s’agiter & ce n’est pas facile avec son caractère & sa Justine[6] toujours malade.

A Besançon elle a trouvé tante Adèle[7] tout à fait bien. Je passe tous les adjectifs qualificatifs que tu sais deviner.

Mais c’est surtout de la petite Louise[8] qu’elle m’a beaucoup parlé. Un petit ange n’est rien à côté de cette charmante enfant. Si bonne-maman n’a pas dit qu’elle ressemblait à sa marraine[9] elle le pensait bien sûr.

& cependant il y a pour sûr beaucoup de vrai dans les dire de bonne-Maman car elle m’a remis trois portraits de la petite Louise, l’un pour bonne-maman de Paris[10], l’autre pour tante & enfin le 3e pour Emilie[11]. Quant à toi la maman te l’aura déjà adressé ou adressera.

Je pense vous en adresser un dans cette lettre.

M. Soleil[12] espère avoir son avancement pour le commencement de l’année prochaine

Il paraît du reste qu’Adèle a réellement tout à fait bonne mine & qu’elle sait très bien élever sa marmaille[13], ce qui n’est pas un mince travail.

Enfin tu connais Bonne-Maman qui est contente d’avoir fait son devoir en allant faire visite à sa sœur[14] & sa nièce elle était contente, & elle m’a nourri la journée toute entière de Besançon. & comme mon intention n’a jamais été de garder toutes ces bonnes choses pour moi tout seul, tu en as un faible morceau.

Bon-papa[15] va bien ; mais c’est l’Oncle Georges[16] qui à l’heure qu’il est est le plus valide de nous tous ; aussi n’est-il plus question de Vichy hélas ! J’attribue son bon état & cet entrain à sa petite Jeanne[17], ces petits & Grands moutards sont souvent, sans s’en douter, de merveilleux Médecins, il va, vient comme un jeune homme. Hier, malgré sa paye qu’il voulait à toute force faire tout seul, il est allé [au] moulin vérifier si la faucheuse a fait bonne besogne & si les autres instruments agricoles fonctionnent bien. il est rentré tout content & sans l’ombre de fatigue, ce qu’il n’aurait pas fait il y a un mois. M. Jaeglé[18] est à Strasbourg consulter un médecin.

Ce pauvre Pétrus a un enfant bien malade, il craignait le perdre hier.

M. Hans me donne de nouvelles inquiétudes pour son état mental. M. Tschirret est toujours très malade se traînant avec peine & ne pouvant plus faire sa besogne.

Tu vois que pour le moment nous ne sommes pas très heureux au bureau. Aussi il ne ressemble pas mal à vos cigognes du Jardin long, maigre et ne battant que d’une Aile.

En fait de Cigognes, celles de Vieux-Thann vont bien l’on m’assure qu’il y a 5 jeunes dans le nid, ce qui est incroyable. Aussi l’Oncle Georges fait-il mettre des barres de fer au-dessus de toutes les cheminées pour qu’elles n’y tombent pas comme c’est assez leur habitude.

Un grand malheur accable la famille Delaroche du Havre. leur fille Julie Kablé[19] vient de mourir, laissant trois petits enfants[20]. Son mari venait de perdre toute sa fortune & une partie de celle de son beau père[21] !

Le pauvre malheureux ! & il est encore si jeune, que d’années encore à souffrir !

Les maçons travaillent dans la rivière avec force locomobiles & pompes pour creuser dans le lit même les fondations pour une chaudière à vapeur. Cette rivière presque à sec, au côté de ces affreuses inondations dans le Midi[22]. Dans la vie ces contrastes ne sont pas rares & se voient journellement, l’on organise des souscriptions en Alsace.

Aujourd’hui Dimanche, il y avait grande foule ici, mais tout était presque calme à 6h lorsque je suis arrivé. Me voilà à mon 20e bain je pense finir ma saison cette semaine, & n’en serai pas fâché ; peut-être que Vogt[23] n’en dira pas autant.

Je pensais encore ajouter quelques lignes avant midi[24] ; mais je suis resté trop longtemps à la fabrique & la rivière & voilà midi passé ! il ne me reste que ce petit coin pour vous embrasser tous. Reçu lettre d’Emilie[25] qui ne me dit rien de la santé de tante[26] bon signe.


Notes

  1. Papier à en-tête professionnel.
  2. A Wattwiller.
  3. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel et sœur de Charles.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  6. Justine, domestique chez les Duméril.
  7. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil.
  8. Louise Soleil.
  9. Marie Mertzdorff est la marraine de Louise Soleil.
  10. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  11. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  12. Félix Soleil.
  13. Marie, Léon, Pierre, Louise et Auguste Soleil.
  14. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril et mère d’Adèle.
  15. Louis Daniel Constant Duméril.
  16. Georges Heuchel.
  17. Jeanne Heuchel.
  18. Frédéric Eugène Jaeglé, fondé de pouvoir.
  19. Julie Delaroche, épouse de Charles Kablé.
  20. Dont Margueritte Kablé.
  21. Henri Delaroche, époux de Céline Oberkampf.
  22. La crue de la Garonne à Toulouse atteint son maximum le 23 juin ; plus de 200 personnes périssent et des centaines de maisons sont détruites. Les crues touchent aussi Agen et Marmande.
  23. Ignace Vogt, cocher de Charles Mertzdorff.
  24. Post-scriptum ajouté lundi 28 à Vieux-Thann.
  25. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  26. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 27 et lundi 28 juin 1875. Lettre de Charles Mertzdorff (Wattwiller et Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_27_et_lundi_28_juin_1875&oldid=52409 (accédée le 8 août 2022).

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