Vendredi 4 juin 1869

De Une correspondance familiale

Lettre d’Eugénie Desnoyers (Nogent-le-Rotrou-Launay) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


Launay

Vendredi soir

Deux mots seulement, mon cher Charles, pour te dire un petit bonsoir. Je n'ai eu que ce matin ta bonne lettre de Mardi soir dans laquelle tu me parles avec détail de la santé de ce pauvre oncle Georges[1]. Je comprends que tu ne puisses quitter et que tu sois embarrassé pour revenir. Aussi, si tu trouves trop difficile de t'absenter en ce moment, écris-le moi, je vais vite faire à Paris les quelques courses utiles pour les enfants et les commissions et je rentre parfaitement avec Cécile[2] et les enfants[3] ; je ne crains rien et me trouve bien assez de cheveux blancs pour oser servir de mentor aux trois demoiselles car si tu fais la voyage de Paris, il faut que tu puisses rester quelques jours.

Ce que tu me dis des jambes d'oncle Georges est inquiétant : cette faiblesse et ce tremblement, ce sont de mauvais symptômes.

Je vois que les travaux marchent à la maison, je te remercie bien de pousser les ouvriers ; seulement je suis ennuyée de te savoir dans tout ce désordre.

Aglaé[4] est partie avec Jean[5] et Estelle[6] à Midi 37. Le petit allait mieux, mais après les craintes que nous avions eues, hier soir, d'une dysenterie, nous préférions tous les voir rentrer à Paris avec leur médecin et les parents[7], mais, je te le répète, le petit était gai et n'avait plus été, et hier soir c'est moi qui avais sonné l'alarme ; aussi Alphonse n'est-il parti que ce matin. Pour Aglaé c'est une grande fatigue, et rude responsabilité que d'avoir cet enfant qui a été remarquable par sa sagesse et sa gentillesse et son affection pour tante-maman.

Nos petites filles continuent à très bien aller elles m'ont aidée à faire les paquets, ce soir nous sommes montées à l’ajoupa, mais elles ont le temps long après toi, et comme leur maman, ne jouissent plus si bien de leurs vacances. Maman[8] continue à ne pas mal aller, elle a de l'entrain, pourvu que cela dure.

Ecris-moi si tu désires que je fasse quelque chose à Paris en fait de commissions ? si tu veux que j'écrive à Elise[9] pour prendre rendez-vous avec elle ? ou si je dois t'attendre pour aller à Fontenay ?

Dis un petit mot à Thérèse et à Victoire[10] de ma part, en recommandant à la première de se bien soigner.

Pour le jardinier[11] c'est ennuyeux qu'il n'ait pas plus de cœur à son ouvrage. C'est vrai que les potagers ici sont magnifiques, aujourd'hui nous avions des pommes de terre nouvelles. Les rhododendrons sont encore superbes. Je ne vois rien de particulier à te marquer. Nous partons demain par le train express midi 37 ; toi tu seras occupé de ta paye.

Adieu, chéri, Mille bons baisers pour toi de la part de tes trois choux, je vais faire dodo il est tard

Eugénie M


Notes

  1. Georges Heuchel.
  2. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
  3. Marie et Emilie Mertzdorff.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Le petit Jean Dumas.
  6. Estelle, domestique chez les Milne-Edwards.
  7. Ernest Charles Jean Baptiste Dumas et Cécile Milne-Edwards.
  8. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  9. Probablement Elisabeth Mertzdorff, dite Elise, épouse d’Eugène Bonnard.
  10. Thérèse et Victoire, domestiques chez les Mertzdorff.
  11. Gustave, jardinier chez les Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 4 juin 1869. Lettre d’Eugénie Desnoyers (Nogent-le-Rotrou-Launay) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_4_juin_1869&oldid=36039 (accédée le 14 août 2022).

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