Vendredi 4 février 1876 (B)

De Une correspondance familiale


Lettre d’Emilie Mertzdorff (épouse d’Edgar Zaepffel) (Nancy) à Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1876-02-04 B pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-02-04 B pages 2-3.jpg


Nancy le 4 Février 76.

Mon cher Charles,

J’avais bien l’intention de te répondre de suite te sachant encore souffrant ; mais voici quelques jours que je n’ai un moment de libre ; d’abord parce que j’avais à aller au ménage Louise[1], tante et jeune nièce[2] étant fortement grippées ainsi que Laure[3]. Ensuite Henri[4] m’a écrit pour me prier de me charger des achats de sa corbeille de noce, laquelle sera fort simple et toutefois j’ai été obligée d’écrire à ma belle-sœur Anna[5] pour me venir en aide, ici tout est plus cher et inférieur en qualité.

J’espère mon ami qu’à cette heure tu es remis de ton vilain mal de gorge, ce n’est pas étonnant que tu t’enrhumes ainsi à Paris, car les Parisiens ne sont pas frileux du tout aussi l’hiver ne trouve-t-on chez eux qu’un misérable petit feu de cheminée, de sorte que l’on a chaud à la figure et froid au dos.

Le 14 ou le 15 de ce mois (je ne sais au juste) ton Emilie[6] atteindra ses quinze ans et Marie[7] au mois d’Avril aura 17 ans hélas ! elle marche vite vers l’âge où il faudra songer à la marier et tu n’auras eu aucune jouissance de leur âge de jeune fille, c’est alors qu’elles sont le plus agréables aux parents.

Le cache-désordre que tes enfants m’ont envoyé au nouvel an fait un effet charmant dans ma chambre, il est posé au-dessous du portrait de leur pauvre petite mère[8] que je regrette tous les jours hélas ! mon pauvre ami quel intérieur agréable et heureux tu aurais maintenant à la place de ton affreux isolement !

Tante Georges[9] m’a écrit : que décidément Nanette[10] partira en Avril pour l’Algérie.

J’avoue que je ne puis que te féliciter si M. et Mme Duméril[11] se décident d’aller habiter Paris, où ils seront du reste mieux qu’au moulin.

Edgar[12] la semaine dernière a encore gardé la chambre pendant 4 jours ayant d’affreux maux de reins, que la chasse de Mercredi dernier a fait disparaître complètement aussi y est-il retourné ce matin avec son frère Eugène[13], ce sera leur dernier jour, à moins de faire encore partie des battues aux sangliers, c’est une chasse qui m’effraye et dont j’ai horreur. Eugène, Mercredi a tué un chevreuil.

Le mariage de Marie[14] aura lieu le 19 ou 22 Avril, le jour n’est pas encore tout à fait fixé, d’ici là il y aura encore bien des choses à faire, Louise ayant été souffrante n’a pas encore pu s’occuper de son trousseau. Ce mariage et celui de Henri vont bien réduire nos pauvres rentes, il faudra bien que nous attaquions nos petites économies, car nous sommes obligés d’avancer à Henri de quoi acheter sa corbeille (n’en écris rien).

Depuis quelque temps j’ai tous les soirs le frisson, je grelotte un peu la fièvre et par moments j’ai le nez rouge [ou] toute la figure, la frayeur d’un érésipèle me prend ; mais j’en suis quitte pour la peur et vais bien sans cela.

Je suis ennuyée que tes affaires ne te réclament plus à Senones parce que je suis de cette manière privée du plaisir de te voir à Nancy.

Le jour des élections (Dimanche dernier) notre ville a été dans une grande agitation par les élections enfin à la satisfaction générale Le Maire[15] et M. Varroy[16] Ingénieur distingué et Député ont été élus Sénateurs.

L’heure du courrier me menace, je te quitte à la hâte mon frère chéri, [  ] t’envoyer ma plus tendre affection pour toi et les chères filles. Toute à toi de cœur, Emilie.

Prière de dire mille choses affectueuses à l’oncle et tante Georges à qui j’écrirai prochainement.
Soigne-toi mon cher Charles, évite les courants d’air et l’humidité à cause de tes maux de gorge qui viennent beaucoup trop souvent, cela rend si mal à l’aise.
Quand je te sais souffrant je voudrais être près de toi mon bon pour te soigner. C’est si triste alors surtout que de n’être entouré que de bonnes[17].


Notes

  1. Louise Zaepffel, veuve de Camille Charles Auguste de Rheinwald (« tante »).
  2. Marie Zaepffel ?
  3. Laure Zaepffel ?
  4. Henry Zaepffel.
  5. Marie Anne Victoire Bastard, épouse d’Alphonse Etienne Zaepffel, qui vit à Paris.
  6. Emilie Mertzdorff.
  7. Marie Mertzdorff.
  8. L’une des deux épouses de Charles Mertzdorff : Caroline Duméril, mère de Marie et Emilie, ou bien (plutôt) Eugénie Desnoyers qui a élevé les fillettes.
  9. Elisabeth Schirmer épouse de Georges Heuchel.
  10. Annette, employée par Charles Mertzdorff ; son fils est à Dellys.
  11. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  12. Edgar Zaepffel, époux d’Emilie Mertzdorff.
  13. Eugène Zaepffel.
  14. Marie Zaepffel.
  15. Le maire de Nancy est alors Auguste Bernard.
  16. Henri Varroy.
  17. En particulier : Thérèse Neeff et Annette.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 4 février 1876 (B). Lettre d’Emilie Mertzdorff (épouse d’Edgar Zaepffel) (Nancy) à Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_4_f%C3%A9vrier_1876_(B)&oldid=51665 (accédée le 18 août 2022).

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