Vendredi 25 juillet 1879

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie et Emilie Mertzdorff (Paris) à leur père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1879-07-25 pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-07-25 pages 2-3.jpg


[25 Juillet 79]

Mon cher Papa,

Mon dégoûtant petit mot d’hier griffonné sur mes genoux aux principales stations a dû t’arriver ce matin et en ce moment tu sais déjà que notre voyage s’est parfaitement bien passé et que nous sommes arrivées à bon port et très exactement à Paris ; oncle[1], oncle Alfred[2], Mme Dumas et Jean[3] nous attendaient à la gare, nous avons eu rapidement nos bagages et…. mais mon Papa chéri Emilie[4] entre dans la chambre et a un tel désespoir de voir que je t’écris et que je vais te raconter tout ce qu’elle se réjouissait tant de te dire, que je lui cède les armes, elle saura mieux que moi te parler de la manière si aimable dont nous avons été reçues et des surprises sans nombre que notre cher oncle nous avait préparées ; adieu papa chéri je t’embrasse de tout mon cœur comme tu sais que je t’aime et je donne la plume à celle qui la réclame.

ta petite ou plutôt ta grande Marie car il faut que je te dise que tout le monde m’a trouvée grandie cela a été l’impression générale de tous ceux qui nous attendaient à la gare puis ici M. Edwards[5] après m’avoir regardée m’a dit que très sérieusement j’avais grandi ; au fond je le crois car je te dirai qu’avant de partir je m’amusais à me mesurer moi-même à ta porte et j’avais trouvé de la différence avec la dernière mesure ; seulement cela me paraissait si impossible que j’ai attribué cette différence à mes bottines ; c’est gentil de grandir à plus de 20 ans ! j’aurai probablement eu une fièvre de croissance comme les petits enfants !!

Mon père chéri, je veux absolument venir moi-même te dire bonjour et t’embrasser, aussi je viens de me faire céder la plume. Ce matin en me réveillant, je ne pouvais pas croire que hier à cette même heure j’étais encore à Mulhouse ; il me semble qu’il y a déjà si longtemps que je t’ai quitté. J’espère que ton voyage s’est passé aussi bien que le nôtre et que tu es arrivé à bon port à Vieux-Thann. Je ne te parle pas du trajet de MulhouseParis] on t’a noté tous les détails sur le fait. Oncle était bien content de nous voir toutes rentrer et il a changé la maison en un véritable bouquet de fleurs. Toutes les jardinières et tous les vases sont [ ] de plantes nouvelles, notre petit salon en est tout garni et, ô joie ! j’ai retrouvé mon fuchsia, mon vieux petit ami il a gelé cet hiver, mais il est reparti du pied et maintenant quoique très bas il est plein de vigueur et plus fort qu’avant l’accident.
Notre chambre a des rideaux tout blancs et a pris un air de fête, décidément nous sommes des enfants trop gâtées partout où nous allons on nous reçoit comme des princesses et nous trouvons nos chambres fleuries et ornées. Ma foi si nous nous croyons quelque jour des personnages très importants, ce ne sera pas notre faute.

Tante Louise et Marthe[6] sont venues pendant le dîner et ne sont parties qu’à 8h1/2. Marthe est toujours grande grosse et gentille comme tu la connais. Nous avons été réciproquement très contentes de nous revoir ; nous avions bien des choses à nous raconter aussi tu peux penser que les langues ne se sont pas reposées ; et elles vont recommencer aujourd’hui une gymnastique encore plus effrénée, car nous irons à la réunion de Mlle Viollet où nous devons retrouver Henriette[7], Marie Flandrin et Marthe bien entendu. Dimanche nous irons à Montmorency ; nous avons vu bon-papa[8] ce matin ; il paraît que bonne-maman[9] ne va pas mal. Tante Eugénie[10] est à Paris, elle est revenue de Moulins[11] il y a 2 jours, part très prochainement et est venue ici avant-hier ; mais n’ayant naturellement trouvé personne elle a dit qu’elle reviendrait demain.

On a parlé ce matin des vacances : nous pensons aller quelques jours à Launay de manière à allonger les congés d’oncle et ensuite aller en Suisse ainsi que c’était convenu vers le 18 ou le 20 mais l’époque n’est pas encore fixée, tout cela dépend du temps. En somme tu vois qu’il n’y a rien de nouveau et que les projets ne sont pas encore fixés. Que peut-on fixer avec un temps semblable ; cependant il ne faut pas [  ] car hier il a fait beau et aujourd’hui il n’a pas encore plu.

J’embrasse bien bon-papa et bonne-maman[12].
Emilie   

Nous devons passer aujourd’hui au Borysthène[13] pour tâcher de la voir, mais j’ai bien peur que nous ne la rencontrions pas.  
Adieu mon père chéri, je t’embrasse de tout mon cœur. Je t’aime tant, mon petit père.


Notes

  1. Alphonse Milne-Edwards.
  2. Alfred Desnoyers.
  3. Cécile Milne-Edwards, épouse de Ernest Charles Jean Baptiste Dumas, et mère de Jean Dumas.
  4. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  5. Henri Milne-Edwards.
  6. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille et mère de Marthe Pavet de Courteille.
  7. Henriette Baudrillart.
  8. Jules Desnoyers.
  9. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  10. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  11. Moulins où vit son neveu Paul Duméril.
  12. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  13. Eugénie Duméril loge à Paris à l’hôtel du Borysthène, rue de Vaugirard.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 25 juillet 1879. Lettre de Marie et Emilie Mertzdorff (Paris) à leur père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_25_juillet_1879&oldid=35943 (accédée le 14 août 2022).

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